‹ ArthurChapitre 38 sur 89 · ART H L H · texte numérisé non relu

ART H L H

quise de IV-'nàliel, a, dans la foule de ses courtisans, deux adorateurs rivaux; leurs soins pour elle sont connus, ou plutôt devinés; ayant un jour échangé entre cu\ quelques mots très-vifs, au sujet d'une rivalité d'hommages, qui nuisaient à tous deux sans servir à aucun ; de trop bonne compagnie pour se hattre à propos d'une femme qu'ils aiment, et que l'éclat d'un duel aurait gravement compromise; pour éviter cet inconvénient, et arriver au même but, ils ont choisi ce déh meurtrier... dont les chances sont absolument égales, puisque tous deux montent à cheval à merveille, et que leurs chevaux sont excellents ; quant au résultat malheureusement probable, il n'est pas douteux; car s'il est possible qu'un cheval, après une course de deux milles et trois haies franchies, passe encore une barrière fixe de cinq pieds, il est presque matériellement impossible que deux chevaux aient le même et prodigieux bonheur... Aussi, est-il hors de doute que cette course sera terminée par quelque terrible accident... sinon les deux rivaux doivent la recommencer plus tard, ainsi qu'on recommence un duel après avoir en vain échangé deux coups de feu. »

Tout ceci me paraissait si étrange, si peu dans nos mœurs, bien qu'à la rigueur cela ne

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IVil pas absolument invraisemblable ni impos siblc, que j'en étais stupéfait : « Et madame de Pëuàfiel? — demandai-jc à M. de Cernay, — est-elle instruite de cette lutte fatale dont elle est l'objet?

— Sans doute, et, pour vous donner une idée de son caractère, il est fort possible qu'elle vienne y assister.

— Si elle y vient, — dis-je cette fois avec un sourire d'incrédulité très-prononcé, — madame de Pënàliel trouvera cela sans doute aussi simple que d'aller assister aux sanglants combats des torreadors de son pays; car, d'après son nom et son faroucbe mépris de nos usages, il faut que celte sauvage marquise soit quelque amazone espagnole de la vieille roche î une de ces brunes lilles de Xérès ou de Vejer, qui portent encore un couteau à leur jarretière. »

M. de Cernay ne put retenir un éclat de rire et me dit : u Vous n'y êtes pas le moins du monde; madame de Pënàfiel est Française, de Paris, et Parisienne au delà de toute expression; de plus, très-grande dame et alliée aux meilleures maisons de France ; elle est veuve , et son mari, le marquis de Pënàfiel, était Espagnol.

— Allons, — dis-jc au comte en riant à mon

four; — il est bien à vous de jclor un iulcirt aussi romanesque, aussi fantastique sur uuv course dont vous êtes juge; il y aurait de quoi y faire courir tout I\'iris...

— Mais je vous parle fort sêricuscnient, — me dit-il d'un air en effet très-grave.

— Mais sérieusement, si je crois qu'une femme ne puisse empêcher, après tout, deux fous de faire d'aussi dangereuses folies, je ik* concevrai jamais qu'une femme du monde aille assister à un pareil défi, lorsqu'elle sait en être l'objet : c'est s'exposer au blâme, au mépris général.

— D'abord, madame de Pëuàfiel s'inquiète souvent fort peu du Qaen dira-t-on, et puis elle seule sait être la cause de cette espèce de duel.

— Mais, en admettant qu'elle ne'songe pas que ce secret peut être trahi par l'événement, elle fait toujours preuve d'une cruauté froide et abominable.

— Oh ! c'est ])ien aussi le cœur le plus sec et le plus dur qu'on puisse imaginer ; avec Cela vingt-cin([ ans à peine et jolie comme un ange.

— Et pourquoi n'avez-vous pas dissuadé ces deux intrépides jeunes gens de ce dangc-

PORTRAITS, !'j:^

rciix défi ? car, si lo l)ut en est connu, ainsi que vous lo présumez, toute leur délicate générosité sera doublement perdue.

— D'abord, — me dit le comte, — ils ne m'ont pas confié leur secret, c'est un très-singulier hasard qui m'en a rendu maitre ; ainsi je ne pouvais me permettre de leur faire la moindre observation sur une particularité que je n'étais pas sensé connaître; quant à insister beaucoup sur les dangers de la course, c'était presque mettre leur courage en doute, et je ne le pouvais pas ; mais, s'ils m'avaient consulté, je leur aurais dit qu'ils agissaient comme deux fous; car, en voyant une course aussi dangereuse, on ne pourra se l'expliquer par le pari de deux cents louis, qui en est l'objet apparent ; on ne risque pas presque assurément sa vie pour deux cents louis dans la position de fortune où ils sont tous deux ; aussi , en recherchant le motif caché d'un pareil défi, pourra-l-on très-facilement arriver à découvrir La vérité... et cela causera un éclat détestable pour madame de Pènâfiel.

— Et il est bien avéré que ces messieurs s'occupaient d'elle? — demandai-je au comte.

— Très-avéré, tout le monde le dit, et pour moi, qui connais depuis longtemps madame de

l'J'i ARTHIR.

Pciiriricl, ma plus graiidp crrliliido vient, à co sujet, (le riiulilTéi-encc affertée avec hujuelle elle parait les traiter ; car elle est pour certaines choses (ruue rare et profonde dissimulation.

— 11 y avait, je le répète, dans tout ce que me disait M. de Cernay, un ï'i singulier mélange de vraisemblance et d'étrangeté que je ne pouvais me résoudre à le croire ou h ne pas le croire. — Il faut, — lui dis-je, — que vous m'affirmiez aussi sérieusement tout ce que vous venez de me dire là pour que je regarde madame de Pënàfiel comme étant du monde... mais qui voit-elle donc ?

— La meilleure et la plus haute compagnie en hommes et en femmes, car elle a une dos. plus excellentes maisons de Paris, une fortune énorme, et elle reçoit d'une façon vraiment royale ; de plus, son salon fait loi en matière de bel esprit, ce qui n'cmpèehe ()as madame de Pënàiiel d'être généi'alenient détestée selon ses mérites.

— Et quelle femme est-ce, à part cela? elle est donc spirituelle ?

— Infiniment, mais son esprit est très-méchant, très-mordant, et puis avec cela dédaigneuse, capricieuse, impérieuse à l'excès, ha-

biliicc qu'elle est à voir tout fléchir devant elle ; parce qu'après tout, certaines positions sont tellement hautes qu elles s'imposent bon gré mal gré. Il est inutile àe vous dire que madame de Pënàtiel est d'une coquetterie qui passe toutes les bornes du possible... et pour acliever de la peindre, elle a les prétentions les plus incroyablement ridicules... Devinez à quoi ? — aux sciences sérieuses et abstraites ? aux arts ? que sais-je? — Oli ! c'est, je vous assure, une femme à la fois étrange, charmante et ridicule... comme je suis fort de ses amis, je vous proposerais bien de vous présenter à elle, en vous prévenant toutefois qu'elle est aussi curieuse que dangereuse à connaître ; mais elle est si bizarre, si fantasque, que je ne puis vous assurer d'être agréé, car elle refuse aujourd'hui ce qu'elle désirerait demain...

— Mais, — dit le comte en regardant la pendule, — le temps nous presse, voici deux heures : demandons nos voitures.

Et il sonna,

\ous sortîmes, — Le mirobolifique attelage de M, du Pluvier avança le premier, et le petit homme s'y précipita triomphalement en manquant le marche-pietl,

11 me semblait remarquer depuis quelques

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minutes sur le visago do M. do Cornay une soric do cui-iositô sans doulo causôo par son dôsir i]o voir si j'otais digne (par mes oliovaux du moins) de graviter autour de sa l)rillante planète.

Quand mon cabriolet avança, M. de Cei'nay y jeta un coup d'a^l de connaisseur; tout cela était tort simple, fort peu voyant, le harnais tout noir; mais le cheval hai-hrun, de grande taille et d'un modèle parfait, avait des actions presque pareilles à celles du fameux Covcn- Inj K

— Diable ! mais cela est tenu à merveille, et vous avez certainement là le plus beau cheval de cabriolet de tout Paris î — me dit AI. de Cornay d'un ton approbateur où il me parut percer une nuance d'envie.

De ce moment je jugeai que le comte me plaçait décidément très-haut dans son esprit. Son phaéton avança ; il y prit place avec Ismaèl.

Il est impossible de décrire T élégance, la légèreté de cette délicieuse voiture vert-clair, à rechampis blancs ; non plus que l'ensemble el

' (ilieval de harnais acheti- à Londres mille louis , je crois, par lord Chesterfield.

LES GENTLEMEN IliUEUS. l'JT

le bouquet de son charmanl attelage, composé d'un cheval gris et d'un cheval alezan de taille moyenne. Tout était à ravir, jusqu'aux deu\ petits grooms absolument du même corsage et de la même taille, qui montèrent légèrement sur le siège de derrière ; ce fut aussi la première fois que je vis des chevaux à crinière rasée, et cela convenait parfaitement à ceux de M. de Cernay, tant leur encolure, pleine de race, était plate, nerveuse et hardiment sortie.

Xous partîmes pour le bois.

CHAPITPxE XII.

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