‹ ArthurChapitre 66 sur 89 · ART H LU · texte numérisé non relu

ART H LU

bien bas , avec une yràcc indicible dans le regard et dans Taccent, les principes amoureux de celle logicjue banale : ^ — (^e qui plait est ?' bien. — La vertu est la discrétion. — On n'a '^ pas consulté votre cœur quand on vous a y> donné votre tijran. — // est des sentiments » que la sympathie rend inévitables. — Votre » ànie cherche sa sœur... son autre moitié... ^^ prenez mon âme (ce morceau d'àme dépa- ■) reillée a des moustaches ou des fai oris énorn mes). — Arrivé à un certain deqré, r amour r. coupable devient un devoir sacré, etc., etc. — " (^ar, je vous tais grâce, madame, d'une foule d'autres excellents raisonnements qui généralement ne trompent pas plus celles qui les admettent que ceux qui les font. — Mais le lendemain de notre terrible loi, mais lorsqu'il s'agirait (V amende, quelle différence! Comme, après tout, ces jolis paradoxes de la \eille pourraient bien Unir par une forte somme à débourser, et que cette somme réduirait d'autant ce luxe et ce bien-être, qui sont le nécessaire d'une vie essentiellement positive dont l'amour n'est que le dernier superflu; — vous verriez les hommes, tout à coup devenus sérieux, gourmés, dignes, s'elïarouciianl du moindre enti'etien avec une femme, s'ils se trouvent un peu

trop écartés du cercle; ennn , prudes et sauvages comme des pensionuaires devant leur supérieure, vous les entendriez s'écrier tout à coup, pour quon les entende bien, et de leur voix la plus solennelle , de cette voix rogue qu'ils réservent pour parler politique, refuser des services, et, plus tard, gronder leurs femmes et leurs enfants : — u Après tout, la société ne » vit (fie par les mœurs. — Il faut lien s'ar- )) rèter à quehpte chose. — // est des devoirs » qnvn cjctlant homme sait et doit respecter. » — J'ai eu luie mère! — Je serai père ini ^) jour. — // nij a de véritables joies que dans » la satisfaction de la conscience, etc., etc. y — Car je vous fais encore grâce, madame, d'une foule d'autres formules plus ou moins morales, qui, dès qu'il s'agirait d'amende, pourraient très-fidèlement et très-brutalement se traduire par ceci : — u Mesdames, vous êtes sans doute M on ne peut pas plus charmantes ; mais j'aime » heaucotip aussi ma loge à l'Opéra, mon hô- » tel, ma tahle , mon écurie, mon jeu , mon » voyage aux eaux ou en. Italie tous les ans , » mes tableaux, mes objets d'art ; or, risquer » un peu de tout cela pour cpielques moments » d'^me félicité... aussi rare... quelle est eni- » vrante... \o\ ! •/)

5* ARTHIR.

— C'est inAîmo, — dit la niarquiso; — sur cent hommes il n'y en a pas un qui penserait ainsi !

— Permettez-moi, madame, d'être d'un avis absolument opposé : je crois, de nos jours , les hommes impitoyablement attachés au bien-être confortable et matériel, et pouvant, et sachant, et voulant lui sacrifier tout, et, bien plus que tout le reste, ce qu'on appelle une passion de cœur.

— \'ous pensez cela ? — me dit madame de Pënàfiel avec un étonnement profond. — Vous pensez cela? Et quel âge avez-vous donc, monsieur ? n

Cette question me parut si étrange, si peu convenable, et il était d'ailleurs si difficile d'y répondre sans être extrêmement ridicule, que, m'inclinant respectueusement, je dis à tout hasard :

u Mon étoile m'a assez favorisé, madame la marquise, pour me faire naître la veille du jour de votre naissance... »

Madame de Pënâfiel fit un mouvement de hauteur impatiente, et me dit d'un très-grand air : «Je vous parle sérieusement, monsieur!

— Et c'est aussi très-sérieusement, madame, que j'ai l'honneur de vous répondre; la ques-

PRIAIA-SERA. ÔD

lion que vous avez daigné m'adresser m'est une preuve" d'intérêt trop hautement flatteur pour que je n'y réponde pas comme je dois.

— Mais comment savez-vous mon âge ? — me demanda madame de Pënâfiel avec une sorte de curiosité très-étonnée.

— D'ici à bien des années , madame , — lui dis-je en souriant, — ce secret ne devra pas vous inquiéter, et j'ose espérer vivre assez longtemps dans vos bonnes grâces pour l'avoir ouh\ïè lorsqu'il devra l'être... »

A ce moment, un éternument d'autant plus sonore qu'il avait été puissamment comprimé, éclata dans la région du jeune étranger, qui, selon la prédiction de lord Falmoutb, n'avait pas cessé de feuilleter depuis une heure le même album dans le plus profond silence. Ce bruit fit faire un bond de surprise à madame de Pënâfiel, qui détourna vivement la tête, et fut toute confuse d'apercevoir là M. de Stroll.

Mais elle lui fit des excuses si gracieuses sur 'oubli où elle avait paru le laisser, que le jeune baron trouva sa conduite toute naturelle , et parut même se savoir assez bon gré d'avoir éternué aussi fort.

Il était tard, je me retirai.

•l'attendais ma voiture dans un des premiers

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salons, quand lord Falmoulh et M. de Stroll vinrent aussi demander leurs gens.

a Eh bien? — me dit lord Falmoulh, — que pensez-vous de madame de Pënàfiel? >>

Soit fausse honte de sembler être déjà sous le charme, soit dissimulation, je lui répondis en souriant : u Mais madame de Pënàfiel me semble avoir une extrême simplicité de manières, un esprit candide et dénué de toute prétention , un naturel enchanteur , et dire enfin tout naïvement ce qu elle pense,

— Eh bien! sur ma parole, — me répondit lord Falmouth avec son ironie grave, — vous avez bien jugé, aussi vrai que nous sommes en plein midi, au milieu d'une épaisse foret, à entendre le ramage des oiseaux. — Puis il ajouta sérieusement : — Ce qu il y a d'infernal chez elle, c'est la fausseté... Je suis sûr qu elle ne pense pas un mot de tout ce qu'elle nous a dit à propos de Byron et de Scott... car elle a du cœur... comme cela, — ajoula-t-il en frappant du bout de sa canne la base d'un colossal vase du Japon plein de fleurs situé près de lui, — ou bien encore, tenez, — dit-il en prenant dans le vase un beau camélia pourpre qu'il me montra , — elle ressemble encore à ceci : couleur et éclat, rien de plus; pas plus d'àme que

celte fleur n'a de parfum. Après tout, quand elle veut, elle cause à ravir. Mais où il faut T entendre, dit-on, c'est quand quelqu'un sort de chez elle... comme elle le met en pièces! L'n de ces jours nous ferons cette partie-là; vous sortirez, je resterai, et je vous dirai ce qu'elle aura dit de vous, à charge de revanche... ?;

A ce moment nos voitures avancèrent, lord Falmouth allait commencer sa nuit au salon ; — après avoir hésité un instant à l'y accompagner, je rentrai chez moi.

Malgré le jugement de lord Falmouth et ce que je lui avais dit moi-même sur madame de Pënàfiel, je l'avais trouvée fort naturelle, et sa façon de voir sur Byron m'avait surtout beaucoup et profondément frappé; car il m'avait semblé pénétrer sous ce langage de sourds élans du cœur, quelques cris de douleur morale comprimés, qui me firent beaucoup réfléchir, parce qu'ils me parurent vrais, et absolument opposés au caractère qu'on prétait à madame de Pènàfiel.

ô.s ARTHUR.

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