‹ ArthurChapitre 67 sur 89 · DES BRUITS DU MOXDE ET DE LA COQUETTERIE · texte numérisé non relu

DES BRUITS DU MOXDE ET DE LA COQUETTERIE

Il n'est souvent rien de plus difficile, pour ne pas dire impossible , que de défendre avec quelques succès dans le monde une pauvre jeune femme qui a le malheur de se trouver, non -seulement très-haut placée et par son nom et par sa fortune, mais encore d'avoir une figure charmante, un esprit remarquablement distingué , des talents et une instruction trèsétendue.

Dès que finsolente réunion de ces rares avantages a déchaîné le monde contre elle, ses actions les meilleures comme les plus indifférentes, ses qualités, sa grâce, tout lui est opposé avec un art d'une incroyable perlidic, et on ne se montre un peu bienveillant que pour ses défauts.

Rien de plus triste à observer que les effets contradictoires de ce dénigrement acharné ; car si cette femme, contre laquelle on s'élève avec une haine si unanime, a une maison hautement

DES BRIITS Dr MOXDE, r.ti

rocliercliée , on s'y presse, aucune avance ne coûte pour y être admis ; lui re])i'oclie-t-on des légèretés? qu'importe, toutes les femmes la reçoivent et lui amènent leurs filles, sans doute pour leur enseigner de bonne heure cet édifiant oubli des outrages... qu'on a prodigués, et des calomnies.... qu'on a répandues soi-même.

Ces réflexions me viennent à propos de ma^ dame dePënâfiel; car peu à peu je m'étais habitué à la voir souvent, et bientôt presque chaque jour.

Ainsi que cela arrive d'ordinaire , je l'avais trouvée absolument autre qu'on ne la jugeait. — On la disait hautaine et impérieuse, je ne l'avais trouvée que digne; — ironique et méprisante, je ne l'avais jamais entendue adresser ses railleries ou ses dédains qu'à des sujets bas et méprisables ; — méchante et haineuse , elle m'avait paru bonne et pitoyable ; — fantasque, bizarre et morose ; quelquefois seulement je l'avais vue triste.

Maintenant, cette différence si marquée entre ce que je voyais et ce que j'avais entendu dire devait-elle être attribuée ù la profonde dissimulation qu'on reprochait à madame de Pënàfiel"? Je ne le sais.

J'ignore si j'étais fort épris de madame de

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Pcnàriol, mais jo rossciitais pour ollo, à mesure que jf" l<i connaissais plus intinionieul , un très-vif intérêt, causé autant par son cliarinc, par son esprit, par ses qualités, par la naïveté même de certains défauts qu elle ne contrariait pas , que par racharnement avec lequel le monde l'attaquait sans cesse; acharnement contre lequel je m'étais souvent et très-durement élevé.

Ce n'est pas sans quelque Oerté que je me rappelle cette circonstance, rien n'étant plus ordinaire que la lâcheté moutonnière avec laquelle on se joint aux médisants pour déchirer ses amis ahsenls.

D'ailleurs, j'avais peu à peu découvert la fausseté de mille hruils absurdes auxquels , du reste, j'avais ajouté loi tout des premiers.

Ainsi, lorsque je pus causer un peu confidemment avec madame de Pënàiiel, je lui avouai très-franchement que sa présence à celte course fatale où AI. de Alerteuil avait été tué m'avait semblé au moins étrange.

D'un air fort étonné elle me demanda pourquoi.

Je lui dis que AI. de Alerteuil et AI. de Sennelerre étant fort de ses amis, en un mot, extrêmement de ses adorateurs...

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-Mais, sans me laisser le temps d'acheier, elle s'était écriée que c'était une insigne fausseté; qu'elle recevait M. de Alerteuil et M. de Senneterre ses jours habituels; qu elle ne les voyait presque jamais le matin ; qu'ignorant le danger de ce déii, elle était allée à cette course comme à toute autre, et que, si elle n'était pas restée jusqu'à la fin, c'est qu'elle avait eu froid.

A cela je lui opposai le bruit, etconséquemment la conviction publique que voici : •• Elle savait être aimée par MAI. de Merteuil et de Sennelerre, ayant, par une coquetterie inexcusable, encouragé leurs soins rivaux; T elle se trouvait ainsi la première et seule !5 cause de ce défi meurtrier ; aussi, son départ :; insouciant avant la fin de la lutte avait-il au " moins autant scandalisé que sa présence à ;: cette course; enfin, le soir, son apparition :; en grande loge à l'Opéra avait semblé le :: comble de la sécheresse de cœur et du dédain. -^ Madame de Pënàfiel ne pouvait croire d'aussi misérables médisances; quand je l'en eus convaincue, elle me parut douloureusement peinée, et me demanda comment il se faisait que des gens du monde et sachant le monde fussent assez sots ou assez aveuglés pour penser qu'une femme comme elle jouerait un tel rôle.

A cola jo lui répondis que la bonne compagnie, avec une humilité toute chrétienne , se résignait toujours à oublier sa haute et rare expérience du monde pour descendre jusqu'à la crédulité la plus stupide et la plus bourgeoise, dès qu'il s'agissait d'ajouter foi à une calomnie.

Puis je lui citai l'histoire d'Ismaël. — Elle me dit qu'elle avait en effet remarque et assez admiré en artiste son costume rempli de caractère, et qu'un moment elle avait eu peur de voir ce malheureux homme renversé sous son cheval. — Mais quand j'en vins à ces autres propos , et conséquemment à cette autre conviction publique, a qu'elle avait voulu se faire 5) présenter Ismaël, » elle éclata d'un rire fou, et me raconta qu'elle avait dit à l'Opéra à M. de Cernay, qui en fut d'ailleurs fort piqué : (; Rien !) n'est maintenant plus vulgaire que les Chas- » seurs et les Heiduques ; quand vous vous !) serez bien montré avec votre Liox , et que ?) vous en aurez tiré tout le contraste possible , » vous devriez me l'envoyer, je le ferais monr ter derrière ma voilure avec un valet de pied ; 5) ce serait fort original. ;)

— Eh bien, madame, lui dis-je en riant , voici ces autres médisances , ou plutôt cette autre conviction : u Pendant que MAI. de Mer-

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