CHAPITRE VII
Madame de Pènàfiel resta (pielques niiiiul(\s pensive et les yeux fixes; puis, semblant prendre une résolution subite, elle me dit avec une
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ramiliaiilè que trois mois d'assiduilé pouvaient faire excuser :
« Je vous crois mon ami?...
— Le plus dôroué et \c plus heureux depouvoir vous en assurer, madame... — répondis-je îivec un ton de persiflage auquel madame de Pënàliel ne prit pas garde.
— Je ifcjitends pas par ce mot... un ami banal et indifférent , ainsi que l'entend le monde, — me dit-elle ; — non, vous valez, je crois, mieux que cela : d'abord, vous ne m'avez jamais dit une seule parole de galanterie, et je vous en ai su gré, oh! beaucoup de gré; vous m'avez ainsi épargné cette espèce de cour insultante que, je ne sais pourquoi, quelquesuns se croient le droit, ou peut-être même... l'obligation de me faire, — ajouta-t-elle avec un sourire amer : — vous avez eu assez de tact, d'esprit et de cœur pour comprendre qu'une femme, déjà victime d'odieuses calomnies, ne trouve rien de plus offensant que ces hommages méprisants et méprisables qui lui sont toujours un nouvel affront, parce qu'ils semblent s'autoriser des bruits les plus injurieux,
connne d'un précédent tout naturel Je crois
votre esprit tristement avancé et d'une expérience précoce. Je sais que vous voyez beau-
coup (le uioiulf, mais que vous iiV-lcs pas du nioiidc quant à ses petites haines et à ses jalousies mesquines; je crois que vous n'êtes ni lai ni vain, et que vous êtes de ce bien petit nombre d'hommes qui ne ciierchent jamais à li'ouver dans une cojilidence... autre chose que ce qu'il y a ; je suis sûre que vous ferez la part de l'étrangeté de ma démarche. Et puis d'ailleurs, — ajouta-t-elle avec un air de dignfié à la lois grande et triste, qui malgré moi me Irappa, — comme une preuve d'exirème confiance de la part d'une femme est une des choses qui honorent le plus un honnête homme, je ne crains pas de m'ouvrir à vous; d'ailleurs vous êtes généreux et bon, je sais que bien des fois vous m'avez loyalement, bravement défendue, et je suis, hélas! bien pou accoutumée à cela; je sais enfin qu'un jour à l'Opéra... Oui, je vous avais entendu, — dit madame de Pënàliel en remarquant mon élonnement; — c'est ce qui vous fera comprendre pourquoi j'ai paru aller au-devant de votre admission chez moi, et la réserve que vous avez mise à répondre à cette prévenance m'a donné une haute idée de la dignité de votre caractère ; aussi ai-je besoin d'y croire... ai-je besoin de voir en vous un ;uni sincère ; car enlin il faut bien (jue je dise
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;'i (|ii('l(jiriin... — repi'il-(lle avec un arroiif (It'cliirnnl... — fli"^ j'' vous dise à vous... oh oui, à vous... pouiY|uoi je suis la plus mallieurouso des lemiiios ! m
Et elle ibndit en larmes en caelianl sa ligure dans ses deux mains.
Il y eut dans ces mots, dans le regard désolé qui les accompagna, quelque chose de si navrant, que malgré moi je me sentis ému ; mais réfléchissant aussitôt, qu après fout, cela pouvait être feint pour m' amener à jouer un rôle ridicule, je me hâtai de dire très-sèchement à madame de Pënàiiel que je me croyais digne d'une telle confidence, et que si mon dévouement, mes conseils pouvaient lui être de quelque utilité, je me mettais ahsolument à ses ordres, — et autres hanahtés des plus glaciales.
Comme madame de Pënàfiel ne me parut pas s'apercevoir de la froideur cruelle avec laquelle j'accueillais ses plaintes, je vis dans son inattention, que je crus calculée, une résolution dédaigneuse de jouer sans déconcert son rôle jusqu'au hout, et j'en fus misérahlement irrité.
Mais maintenant, plus instruit par l'expérience, je m'explique cette inadvertance de
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iiiadiUiic (le PiMiàficl, (|iii iiraviiil alors l'Ir une piTuvc si {)(»sitivp cl si l)l('ssunl(' de sa l'aiis-
St'lt'.
C'est que la première révélation d'un chagrin longtemps caché cause à rame, où il se concentrait douloureusement, un soulagement si ineffable, qu'entièrement sous le charme de cette bienfaisante effusion, on ne songe pas à remarquer l'impression qu'on a produite.
(rest seulement ensuite, lorsque le cœur, déjà moins souffrant, se sent un peu ravivé par ce divin épanchement, que, levant les yeuv avec espoir, on cherche dans un regard ami quelques larmes de tendresse et de commisération.
Ainsi quand, après une séparation longue et pénible, deux amis se retrouvent, ce n'est qu'ensuite de l'ivresse des premiers cml)rassements que chacun pense à chercher sur le \ isage de l'autre si l'absence ne l'a pas changé.
(le premier pas fait, madame de Pènàfiel continua donc en passant sa main sur ses yeuxhumides de larmes :
a Vous expliquer pourquoi je me sens une confiance si extraordinaire en vous, me sera, je crois, facile... Je vous le répète, je sais (pie
si VOUS nravoz souvent déroiulue conlro la ralonuiie, jamais vous ne vous èles fait auprès de moi une sorte de droit de cette iiol)le conduite; enfin, Tespècc d'isolement dans lequel vous vivez, bien qu'au milieu du monde, votre réserve, votre esprit supérieur qui n'est pas celui des autres, qui est tout entier à vous, qualités et défauts, tout me porte à voir en vous un ami sincère et généreux à qui je pourrai dire ce que je souffre...
Sans m' émouvoir je répondis à madame de l^ënafiel qu'elle pouvait compter sur ma discrétion, d'ailleurs profonde et à toute épreuve, autant par le sentiment du secret que parce que je n'avais personne à qui confier quelque chose. Car, en un mot, — lui dis-je, — on ne commet guère d'indiscrétion qu'avec ses amis intimes, or je ne crois pas qu'on puisse m'en reprocher un ?
— Et c'est cela, — me dit-elle, — qui m'a donné le courage de vous parler comme je vous parle ; car j'ai supposé que vous aussi, vous viviez seul , chagrin et isolé au milieu de tous, comme j'y vis moi-même enfin ! car moi non plus, je n'ai pas d'amis... î on me hait, on me calomnie affreusement! Et pourquoi, mon Dieu? r«Ti-je donc mérité? pourquoi le monde
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rsl-il iiijiislo cl si rriicl à mon (''fT[ai'(l? ;i t|ni ai-jo fait du mal! Ah! si vous saviez!... si jo pouvais tout vous dire! !
Celte plainte me pai'ut d'un enfantillafie si ridicule, ces rélicences si misérablement calculées pour exciter mon intérêt, que, d'un air très-dégagé, je me mis à faire au contraire Tapologie du monde.
— Puisque vous me permettez de vous parler en ami, madame, laissez-moi vous dire qu'il ne faut pas, non plus, trop déchirer le monde. Demandez-lui ce qu'il peut et doit en conscience vous donner : des fêtes, du bruit, du mouvement, des hommages, des sourires, des ileurs, des salons dorés; avec cela, la morale la plus large et la plus commode qu'on puisse désirer. Or, s'il donne tout cela, et avouez qu'il le donne, ne fait-il pas tout ce qu'il peut... tout ce qu'il doit... ce pauvre monde! qu'on attaque incessamment, et auquel on ne peut reprocher que de trop prodiguer ses trésors ?
— Mais vous savez bien que tout cela ment? Ces sourires, ces hommages, ces prévenances, cet accueil, tout cela est faux... vous le savez bien ! Si vous recevez, quand la dernière visite sort de chez vous, vous dites... Enfin!!! Si
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vous allez chez les autres, dès que vous louchez votre seuil, vous dites encore... Enlin î ! ! — Dieu merci, madame, — répondis-je , sans vouloir comprendre madame de Pënàliel, qui commençait à être surprise de ma subite conversion aux bonheurs du monde; — jf" ut* dis pas, je vous le jure, enfin! d'un air aussi désespéré, ni vous non plus, permettez-moi de le croire. Si je dis enfin ! c'est en rentrant chez moi avec la lassitude du plaisir, dont, je le répète, le monde est seulement trop prodigue. Quant à ce que vous appelez sa fausseté, ses mensonges, mais il me semble qu'il a grandraison de ne pas changer ses dehors toujours riants, gracieux et faciles, pour d'autres dehors qui seraient horriblement ennuyeux. D'ailleurs il ne ment pas; il ne donne ses relations ni pour solides ni pour vraies ; parlez-lui sa langue, il vous répondra. Ce n'est pas lui qui est égoïste et absolu, c'est vous. Pourquoi vouloir substituer à ces apparences toujours charmantes, et qui lui suffisent de reste, vos prétentions à l'amitié romanesque? à ces amours sans fin, qui le rendraient maussade, et dont il n'a que faire ? Confiez-vous à lui , entrez franchement dans sou enivrant tourbillon, et il vous rendra la vie légère, éblouissante et ra-
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])i(k\ S'il vous caloiiiiiic aiijuuid'lnii, qu importe î demain un aulre bruit fera oublier sa nirdisance de la veille. Kt d'ailleurs, voyez s'il croit lui-même au\ calomnies ({uil répand? Vous est-il moins soumis? est-il moins à vos pieds? non. Alors pourquoi donc attacher à SOS folios paroles plus d'importance qu'il n'en attache lui-même ? ./o«/r e( laisser Jouir, c'est sa devise ; elle est assez commode je pense : que lui vonloir de plus ?
Madame de Pënàliel continuait à me re|i[ard( r avec nn profond êtonnement. Pourtant croyant sans doute beaucoup plus aux mille conversations sérieuses que j'avais eues avec elle à ce sujet, qu'à la soudaine légèreté que j'affectais alors, elle ajouta :
— -Mais, quand à l'élourdissement des plaisirs du monde a succédé le calme, la réflexion, cl qu'analysant ses joies on en reconnaît enlin toute la désolante vanité, que faire?
— Je suis désespéré, madame, de ne pouvoir vous le dire; je jouis, et j'espère jouir longtemps et mieux (pie pas un, de ces plaisirs que vous somblez dédaigner ; aussi ne puis-je croire que jamais ils me semblent pesants ; car c'est justement la fragilité, la facilité, la légèreté des liens du monde qui me les r.n-
unil piôcioux ! Pardon -de rouUagcuse bèlis.c de ma comparaison , » comme dirait lord Faln.'oulh, mais si jamais l'image si surannée de vilaines de fleurs a élé justement appliquée, c'est l)i(Mi à propos des relations du monde, aussi fleuries, aussi gaies qu'elles sont peu durables et peu incommodes. Mais c'est surtout l'amour, ainsi que l'entend le monde, qui me ravit, madame! \e trouvez-vous pas que cet amour est l'iiisloire du phénix, qui sans cesse renaît de lui-même, toujours plus doré, plus empourpré, plus azuré ? Tout, dans cet amour, n'êsl-il pas charmant? tout! jusqn'â ses cendres, pauvres débris de lettres amoureuses qui sont encore un parfum? \e trouvez-vous pas eniin délicieux que, dans ce monde adorable, l'amour suive chez chacun la loi d'une divine métempsycose? Car, s'il meurt aujourd'hui d'une vieillesse d'un mois, demain ne revit-il pas plus jeune, plus luxuriant que jamais, sous une autre forme, ou plutôt.... pour une autre for
me
Madame de Pénàiicl ne pouvait encore comprendre pour(}uoi j'alTeclais une pareille légèreté , alors qu'elle venait de me contier si trislenient ses douleurs. Je suivais sur son visage Ifs diverses et péuibh's impressions que lui
loi) \ i( I in II.
aiusaioul mes iiisuuciaiilcs paroles. Kllc cnit d'abord que je raillais; pourtant, je continuai (le parler d'un air si dégagé , si impertinemjnent convaincu, que bientôt, ne sacbant que penser, elle nie dit en me regardant d'un air stupéfait et presque avec un accent de reproche :
— Ainsi, vous êtes heureux !
— I^arfaitemmt heureux, madame, et jamais la vie mondaine ne m'apparut sous un fantôme plus radieux et plus séduisant.
Madame de Pénàfiel attacha quelques moments sur moi ses grands yeux étonnés , et me dit ensuit!^ d'un ton très-ferme et très-décidé: — Cela n'est pas... vous n'êtes pas heureux..*.
il est impossible que vous soyez heureux!
Je le saiSi.. avouez-le... et alors je pourrai vous dire... — Puis elle s'arrêta, baissa les yeux Comme si elle eut encore retenu un secret prèl il lui échapper.
— Si cela peut vous être le moins du monde agréable , madame , — repris-je en souriant , — je m'empresse de me déclarer à l'instant le ))lus infortuné , le plus mélancolique , le plus ténébreux, le plus désillusionné des mortels; et désormais je ne prononcerai plus que ces mots :
aiiathème et fatalité !
Apres m'avoir quelques momenls regarde
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jat'cuii cloiiiienicnt iiK-xpriniable , niadanicMlc Pënàfiel dit , coninic si elle se fût parlé à ellcmènio : — Me serais-je donc trompée?... — Puis elle reprit : — Mais non , non , cela est impossible!... Est-ce que si vous étiez heureux et indifférent comme vous affectez de le paraître, l'insiinct ne m'en aurait pas avertie ? Est-ce que je serais venue exposer ma douleur et peut-être mes confidences à être méconnues , raillées ? Xon, non, mon cœur me Ta bien dit, c'est à un ami que je parle! à un ami qui aura pitié de moi, parce qu'il souffre aussi !
(]eite singulière persistance de madame de l'ënàliel à me vouloir Aure avouer des chagrins ridicules, pour s'en moquer sans doute, m'élonna moins encore qu'elle ne m'irrita ; pourtant, je me contins.
— Mais encore une fois , madame , pourquoi vous opiniàtrer ainsi à me voir, ou plutôt a me croire si malheureux ?
— Pourquoi?... pourquoi?... — me dit-elle avec une sorte d'impatience douloureuse, — parce qu'il est certaines confidences que Tonne lait jamais aux gens heureux; parce que, ponr comprendre f amertume de certaines peines, il faut qu'il y ait une sorte d'harmonie entre fàme de rcini (pii se plaint l't l'ànn' d»» relui ijiii écoule
\0i -AKTHIR.
la pluiiilo ; parce quo si je vous avais cru insouciant, léger, heureux: enfin de celle existence frivole, dont vous vantiez tout à flieure les charmes , jamais je n'aurais songé à vous dire... ce qui me rend si malheureuse, à vous confier un secret qui vous expliquera peut-être une vie qui doit vous avoir paru juscpfici hizarre, fantasque , incompréhensihle ; jamais enfin , je n'aurais songé à vous confier, comme à f ami le plus vrai, le plus dévoué, comme à un frère enfni , la cause de ce chagrin qui m'accahle.
Au point de méfiance où j'étais arrivé, ces mots (ïami^ de frère, me tirent tout à coup venir à l'esprit une autre idée. .Aie rappelant alors les réticences de madame de Pënàtiel et mille incidents qui, jusqu'à ce moment, ne m'avaient pas frappé; pensant que ce chagrin sans nom, ce dégoût de tout et de tous, cet ennui du monde, dont elle se plaignait si amèrement , ressemhlait fort à la désespérante réaction d'un amour malheureux; je crus que matîarae de Pënàliel aimait avec passion, que ses sentiments étaient méconnus ou dédaignés, el qtie je lui paraissais assez sans conséquence pour devenir le discret confident de sa peine el de son délaissement.
('ette dernière hypothèse, en é\eilianl dans
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mon cœur la plus àpio, la j)lus nioilcllr jalousie, me révéla toulc retendue de mon amour pour madame de Pënàfiel , et aussi tout le ridicule du nouveau rôle que je jouerais auprès d'elle, si ce soupçon élait fondé.
J'allais lui répondre lorsqu'elle lit un niouvenu'ntqui, dérangeant les plis de sa robe, dé-, couvrit, à ses pieds, sur le lapis, un médaillon tombé probablement de l'armoire de Boule qu'elle avait si brusquement fermée à mon ari-ivée, pour cacber le ci-ucili\ et san.s doute ce médaillon. C'était un portrait d'bomme ; mais il me fut impossible d'en reconnaître les traits.
Je n'eus plus alors d'incertitude; toutes mes autres arrière - pensées s'évanouirent devant cette preuve si évidente de la fausseté de madame de Pënàfiel; alors aigri, torturé par les mille sentiments de jalousie, de colère, de liaine, d'orgueil blessé, qui me transportèrent, je me levai, et lui dis avec le plus grand sang-froid :
— Vous êtes mon^mie , madame ?
— Oh! la plus dévouée, la plus sincère , — reprit-elle avec une expression de reconnaissance qui échura ses traits, jusqu'alors assombris par ma froideur.
— Je puis donc vous parler avtcla plus entière franchise ?...
lOi A UT fil a.
— Parlez -moi roninio à iino sœur! — mo dit-elle en me teiulaul la main, souriante el lieureuse sans doute de me voir enfin en coiiliance avec elle.
Je pris celte Ix'lle main , que j(^ baisai ; — puis je repris :
— Comme à une sœur?... comme à nno sœur, soit; car, dans toute cette divertissante comédie, vous me destiniez le rôle d'un frère honorablement niai^ qui s'apitoie et se lamente sur les amours méprisés de sa sœur.
Madame de Pënûfiel me regarda slupéfaile ; ses yeux étaient fixes ; ses mains retombèrent sur ses genoux ; elle ne trouva pas une parole. — Je continuai.
— Mais il ne s'agit pas encore de cela ; je vais vous dire d'abord... en ami, les diverses convictions qui , grâce à la connaissance que je ci'ois avoir de la iranchise d<* votre caractère , se sont succédé dans mon esprit, depuis votre délicieuse prosternation au pied du crucifix. Quant à cette charmante pantomime, je dois dire que vous avez posé à ravir et tout à fait en artiste... Vos yeux éplorés et levés au ciel , vos mains jointes, votre accablement, vos larmes retenues , tout cela était feint à merveille ; aussi, ne croyant pas du (ont à vos chagrins, mais
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croyant fort à vulic talent pour la ni^sliiicatioii , talent qui se l'évélail, à moi, si adroit et si complet... je voulus voir , madame , la comédie jusqu'au bout.
— Une comédie ! — répéta madame de Penàfiel, n'ayant pas Tair de comprendiT mes paroles.
— Ine mystification, madame, dont je pensais devoir être l'objet ridicule, si j'avais été assez sDt pourjous offrir des consolations de cœur, ou vous faire de dolentes confidences, sur la mélancolie , la misantbropie , le désillusionnement de toutes clioses, et autres douleurs grotesques qui, selon vous, devaient m'accâbler.
— Tout cela est sans doute odieux, — me dit madame de Pënàiiel , comme étourdie par un coup imprévu; — tout cela m'épouvante... et pourtant je ne comprends pas...
— Je vais donc parler plus clairement , madame ; en un mot , les confidences que vous me demandiez devaient , selon moi , servir à div ertir vos amis, auxquels vous les eussiez racontées avec cette charmante malice qui vous a si bien réussi lorsque vous m'avez raconté à moimême... la déclaration de mariaoe de M. de Cernav.
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— Mais fVsf arCroiiv, ce qiip vous dilos là ! — s'rcria - 1 -elle on joignant les mains avec effroi ; — vous j)ouvoz croirr ?...
— Oui, j'avais d'abord cru cela , mais depuis vos derniers aveux de dégoût du monde, de eliafjrins sans nom, qu'ilm'esl àccllelieure dès-facile de qualifier, j'ai reconnu , madame, que le second rôle que vous me desliniez était encore plus sot que le premier; car après (ont, dans le premier, j'amenais une femme de votre condition à jouer les semblants destinés à me mystifier, et puis tout cria était si amusant, si bien joué, que je me trouvais presque fier de servir au développement et à l'applicati: n de vos rares qualités pour la bouffonnerie sérieuse.
— Monsieur, — s'écria madame de Pënàfiel en se levant droite et fière, — st.nj]ez-vous bien que c'est à moi que vous parlez?
— Mais clian^jeant subitement d'accent et joignant les mains : — C'est à en perdre la raison! Je vous supplie de m'expliquer ce que cela signifie, que voulez-vous dire? Pourquoi aurais-je feint? quel est le rôle que je voulais vous faire jouer? Ab ! par pitié, ne flétrissez pas ainsi le seul moment de confiance, (Yvn-