‹ ArthurChapitre 74 sur 89 · LA VET · texte numérisé non relu

LA VET

Irainrmoiil iiuolontairo qiio j'ai on (lej)iiis hicii longtemps... Si vous saviez !...

- — Je sais, — flis-j;^ nvoo l'oxprossioii la plus dure et la plus insultante, tout en ni'approcliant assez de madame de Fënàfiel pour pouvoir appuyer mon pied sur le médaillon et le briser, — je sais, madame, que si j'étais femme, et que mon amour iVit méprisé par un homme , je mourrais plutôt de honte et de désespoir que de venir conter au premier venu , qui ne s'en soucie guère , des aveux aussi humiliants , aussi burlesques, de la part de celle qui les fait , que révoltants à force de ridicule pour celui qui est obligé de les écoutei".

— Monsieur... quelle audace... qui peut vous faire croire ?,..

— Ceci! — dis-je en lui montrant d'un regard de mépris le portrait toujours à ses pieds; puis, appuyant le bout de ma botte sur le nu'- (laillon , je le pressai assez pour que le verre éclatât.

— Sacrilège ! ! î — s'écria madame de Penàliel en se baissant avec vivacité pour s'emparer du portrait qu'elle serra dans ses deu\ mains jointes, en me regardant avec des yeuv élincclants de courroux et d'indignation.

— Sacrilégo soif, car jo Irailc rt'llc divinih' là absolument comme elle vous Iraile , madame ! Puis, saluant prorondénieul , \o sorlis.

CHAPITUE VI 11.

COMR.A DICTIONS.

Après celle enlrevue, mon dêpil el ma jalousie furent pendant quelques heures d'une si épouvantable violence, que je regrettai de ne ni'ètre pas monlrê plus cruel et plus insolent er.ccrc envers madame de rën;in«d, . . .

Aux transports douloureux qui m'agitaient, je reconnus toute la vivacité de mon amour pour elle, amour dont je n'avais pas jusque-là mesuré la profondeur.

Ce nn''daillon que j'avais découvert était à mes yeux une preuve trop évidente de la probabilité de mes derniers s-upçons, pour que je pusse encore ajouter foi aux défiances qui m'avaient d'abord aigri. Ainsi je ne croyais plus ((ue madame de Pënàfiel eût voulu m'amener à lui faire d<'S conlidences pour s'en nnxjuer.

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Je pensais qu'un autre relusait, méprisait, outrageait peut-être un sentiment qu'à cette heure j'aurais payé du sacrifice de ma vie.

Puis, le calme de la raison succédant au\ émotions tumultueuses de Tàme, je réfléchis bientôt plus froidement à la réalité de ma posifiori envers madame de Pënàliel; jamais je ne lui avais dit un mol de raffection que je ressentais pour elle, pourquoi donc m'étonner de la confidence et du secret que je croyais avoir surpris?

Pourquoi traiter si méchamment une femme qui, souffrant peut-être d'une peine et d'un amour incurables, ignorant d'ailleurs mes sentiments pour elle, et comptant sur la générosité de mon caractère, venait me demander, sinon des consolations , du moins de Fintérèt et de la pitié?

Mais ces réflexions nobles et sages ne rendaient pas mon chagrin moins amer, ma jalousie moins inquiète. Quel était cet homme dont j'avais voulu briser l'image? Depuis longtemps je venais assidûment chez madame de Pënâfiel, et pourtant personne ne m'avait paru devoir être f objet de cette passion méconnue ipic je lui supposais.

Sa douleur , ses regrets dataient donc de

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])liis li»in ? je jnCxpliquais alors niillc siii|]iilarilrs jusque-là incompréhensibles pour moi, et si diversement interprétées par le momie, ses brusques silences, son ennui, son dédain de tous et de tout, et parfois pourtant ses joies vives et soudaines (jui semblaient éclater à un souvenir, puis s'éteindre tout à coup dans le regret ou le désespoir. Sa coquetterie de manièi(>s si gracieuse et si continuelle avait alors un bul; mais quand ce mystérieux personnage j)r)uvait-il jouir de la vue de tant de charmes? En vain je cherchais le mot de celte énigme, en me rappelant les réticences de sa dernière conversation, et son embarras dès qu'elle avait été sur le point sans doute de me dire le secret qui l'oppressait.

Mais quel était, et quel pouvait être l'objet de celte passion si fervente et si malheureuse? de cet amour qui depuis quelques semaines surtout paraissait lui causer une peine plus profonde encore ?

Me sentant aimer madame de Pënàfiel ainsi que je l'aimais, devais-je essayer de lui offrir de tendres consolations? Pouvais-je espérer d'affaiblir un jour dans son cœur le souvenir décliirant de celle affeclion : réussirais- je ! Toserais-je ! — Torturée par des regrets déses-

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])érés, celU- ànic aussi noble que dclicalr (lovait L'Irc d'une siiscrptibilité de douleur si ombia- «jcuse, si larouclie, que, de ciainle de la blesser à jamais, je ne pouvais sans 1rs niénagcinenls les plus e\lrènies lui parler (run meilleur avenir.

El poiirlaiit , en venaiil me demander de m'apitojer sur ses souffrances, n'avail-elle pas compris, avec un tact exquis et rare, qu'en vous frappant, certains malheurs épouvantables vous révèlent pour ainsi dire d'une dignité si Iriste et si majestueuse, qu elle impose aux plus déioués, aux plus aimanls , un respectueux silence... et que les A'ictimes de cette royauté de la douleur sont, comme les autres princes, obligées de parler les premières et de dire : \'enez à moi, car mon infortune est grande?

Mais quelle espérance pouvais-je concevoir, alors même que madame de Pënàiiel aurait cédé à un secret penchant en s' adressant à moi avec tant de confiance ? Mon langage avait été si l)rutal, si étrange, qu'il m'était impossible den prévoir les suites.

dépendant, quelquefois rexeès même de mon insolence me rassurai!, l'ividcmnient mes réponses avaient élé trop iiisuhaiites, trop folles;

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olles tuiiliaslaienl Irop avec mos aiilécédcMits envers madame de Pëiiàfiel, pour ne lui pas sembler iiicomprêliensibles. Ayanl la conscience de^c qu'elle valail, enlourée d'égards et de flatteries, elle devait se trouver plus stupéfaite encore que l)l(>ssée de mes procédés, et cliorclier, sans y parvenir, le mot de cette énigme.

Aussi, je ne sais si les regrets ou l'espoir me firent penser ainsi; mais, bien que j'éprouvasî«e une grande bonté 'de mon impertinence, je finis par me persuader que Tout rageuse dureté de ma conduite, loin de me nuire, pourrai! peut-être me servir, et que je l'aurais calculée, qu'elle n'eut pas été plus babilement résolue.

Dans toute affaire de cœur, l'iniporlant , je crois, est de frapper vivement et d'occuper l'imagination; pour arriver à ce but, rien de plus puissant que les contrastes, aussi est-il surtout nécessaire que l'impression que vous causez diffère essentiellement des impressions jusque-là reçues, lors même qu'il vous faudrait plus tard, à force de cliarme, de dévouement et d'amour, en faire oublier la réaction, si d'abord elle avait été douloureuse.

Tne femme est-elle ordinairement j)eu en-

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loiiroo, peu ilallée; les soins les plus extrêmes, les attentions les plus délicates , les plus recherchées , s'emparent généralement de son esprit, et peu û ])eu de son cœur, sa vanité jouissant avec délices de ces mille prévenances i-espectucuses et tendres auxquelles jusqu'alors elle avait été si peu habituée. — Ainsi s'expliquent souvent les succès merveilleux de quelques hommes d'un âge plus que mùr, mais d'une grande finesse et d'une rare persistance, (jui finissent par dominer absolument quelques jeunes iilles ou de très-jeunes femmes.

lue femme est-elle, au contraire, haut placée, continûment et bassement adulée; des manières dures et dédaigneuses agissent quel- (juefois sur elle avec une singulière puissance. — Peut-être enfin faut-il un peu traiter de toiles femmes , ainsi que les courtisans habiles traitent souvent les princes : avec rudesse et brusquerie. Au moins ce nouveau et hardi langage, s'il ne leur plaît pas d'abord, les frappe, les étonne et quelquefois les domine ; car ce contraste heurté , tranchant avec les fades et banales redites de tous les jours et de tous les hommes, est souvent loin de nuire à celui qui l'a osé.

Alin (r;ippli<(uer ces réflexions à ma {)osi-

lion, je nu' disais: — La (liii-ch', le dédain avec lesquels j'ai accueilli les coniidcnccs de madame de Pënàlîel , ma colère à la vue du portrait qu'elle me cachait, s'expliqueront par la vivacité de mon amour qu'elle a sans doute deviné ; or, après tout , les emportements causés par un tel motif sont toujours excusables , et surtout aux yeux de la femme qui en est l'objet, et puis, comme elle est noble et généreuse, elle comprendra ce que j'ai dû souffrir lorsque j'ai cru qu elle allait m' entretenir de ses chagrins de cœur.

Souvent aussi, par une contradiction bi zarre, pensant que je poiuais m'abuser complètement en croyant madame de Pënâfiel sous l'influence d'un amour dédaigné, mes premiers soupçons me revenaient à l'esprit ;' je me demandais alors ce qui avait pu les détruire. Ce portrait même ne pouvait-il pas être un des accessoires de cette comédie que je l'accusais de jouer?

Puis, je le répète, n'ayant qu'une méchante et triste opinion de mon mérite, encore aggravée par la conscience de mes dernières durelés, je ne pouvais croire avoir inspiré à madame de Pënàiiel ce sentiment d'attraction qui semblait l'entraîner vers moi , et je cherchais

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à [n'e\|)liqiior son apparente coniiancc, en lui pirlaiit les arrière-pensccs les plus misérables.

Aloi'S ma colère revenait plus haineuse, et je m'applaudissais de nouveau de mon insolence.

Au milieu de ces hésitations, de ces anxiétés, de cette lièvre d'inquiétude et d'angoisse, je reçus le billet suivant de madame de Pënàfiel : '

Je vous attends... venez... il le faut... venez à l'instant mêmCi M.

il était neuf heures, je me rendis aussitôt chez elle, presque fou de joie : elle demandait iï me voii', je pouvais encore tout espéren

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