‹ ArthurChapitre 75 sur 89 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

AIARGIERITK.

Lorsque j'entrai chez madame de Pënàliel une chose me frappa du plus profond étonne-

iKi .AU 1 m n.

iiienl : ce fui de la rclrouvcr presque dans la même allitiide où je Tavais laissée.

Sou visage était dune pâleur mate et unie, oITrayantc à voir; ou eut dit uu uias(pie de juaibre.

Cette blancheur maladive si vite répandue sus ses traits, celte expression de douleur, à la l'ois vive et résignée, m'énmrent alors si profoudénient, que tous mes calculs, tous mes raisonnenienls, tous mes soupçons misérables s'évanouiienl ; il me sembla l'aimer pour la première fois du plus confiant et du plus sincère amour. Je ne pensai pas même à lui demander giàce pour tout ce qu'il y avait eu d'odieuv dans ma conduite.

A cette heure, je ne croyais pas à ce funeste passé; par je ne sais quel prestige, oubliant la triste scène du malin, il me sembla que je la devais consoler d'un affreux chagrin auquel j'étais étranger ; j'allais enfin me mettre à ses genoux, lorsqu'elle me dit d'une voix qui me lit mal, tant elle me parut douloureusement altérée, malgré l'accent de fermeté qu'elle tâcha de lui donner : — J'ai voulu vous voir une dernière fois... j'ai voulu, si vous pouvez vous les e\pli([uer à vous-même , vous demander le sens des étranges paroles que vous m'avez dites ce

MAnGlF.RITK. 11"

matin ; j'ai enfin voulu vous apprendre... — Ici, ses pauvres lèvres, en se contractant, Iremblèrent agitées par ce léger mouvement involontaire, presque convulsif, qu'elles éprouvent lorsque les larmes venant aux yeux on veut comprimer ses sanglots. — J'ai voulu.... — répéta donc madame de Pënàfiel d'une voix éteinte. Puis, ne pouvant continuer, interrompue par ses pleurs, elle cacha sa tète dans ses mains, et je n'entendis que ces mots prononcés d'un accent déchirant et étouffé' : — Ah !... pauvre maiheureuse femme que je suis !

— Oh, pardon.... pardon, Marguerite! — m'écriai-je en tombant à ses pieds ; — mais vous ne saviez pas que je vous aimais... que je vous aime ! î...

— Vous m'aimez ?

— Avec délire, avec ivresse !

— Il m'aime !! il ose me dire qu'il m'aime î... — reprit-elle d'un air indigné.

— Ce matin ! le secret de mon àme est venu vingt fois sur mes lèvres; mais en vous voyant si malheureuse... en recevant vos conlidcnces si désespérées...

— Eh bien ?...

— Kli bieji !... j'ai cru, nui, j'ai cru (prun

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autre amour méconnu, dédaigni*, oulraj^é peutrire, causait seul ces chagrins que vous disiez sans cause.

- — Vous avez pu croire cela... vous !... — Kl elle leva les yeux au ciel.

— Oui, j'ai cru cela... alors je suis devenu fou de haine, de désespoir ; car chacune de vos confidences m'était une blessure, une insulte... un mépris... à moi î à moi (pii vous aimais tant !

— Vous avez pu croire cela... vous !... — répéta Marguerite en me regardant avec une pénible émotion, tandis que deux larmes coulaient lentement sur ses joues pales.

— Oui... et je le crois encore...

— Vous le croyez encore !... Mais !... vous méprenez donc pour une infâme ? Mais vous ne savez donc pas ?...

— Je sais, — m\''criai-je en Tinterrompant , — je sais que je vous aime comme un insensé... je sais qu'un autre vous fait souffrii- peut-être ce que moi-même je souffre pour vous!... l'ili bien ! cette pensée me désespère, me tue... et je pars...

— \ ous partez ?...

— Ce soir... Je ne voulais plus vous voir.... j'avais besoin de tout mon courage... je l'aurai...

— \ ous partez!,.. Mais, mon Dieu !... mon

M AHin KRITE. 119

Dieu... et moi!! — s'ét-ria Margueiilo. El ollo joignit les mains avec un geste à la t'ois suppliant et désespéré, en tombant à genoux >iir une chaise placée devant elle.

Je ne saurais dire l'ivresse que me causèrent ces derniers mots de Marguerite... et moi !

Je crus entendre, non Taveu de son amour, mais le cri de son àme déchirée qui n'avait plus d'espoir que dans mon affection. Bien que je la crusse toujours sous l'influence d'une passion dédaignée, je n'eus pas le courage de renouveler la scène du matin, pourtant je ne pus m' empêcher de lui dire douloureusement ;

— Et ce portrait '?...

— Le voici... — reprit-elle en me présentant le médaillon sous^ son cristal à moitié brisé.

Lorsque je tins ce portrait entre les mains , j'éprouvai un moment d'angoisse indéfinissable; j'avais peur de jeter les yeuv sur cette figure que sans doute je connaissais; pourtant, surmontant cette crainte puérile, je regardai... Ces traits m'étaient absolument étrangers ; je vis un noble et beau visage, d'une expression douce et grave à la fois; les cheveux étaient bruns, les A eux bleus, la physinnoïni<' icuiplic do line.<Jse

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f't (lo gràco, les vêtements fort simples, et seulement rehaussés par un «rand eordon oranj]e à lisérés blancs, et par une plaque d'or émaillée placée à gauche de T habit.

— Et ce portrait ?... — dis-je tristement à Marguerite.

— C'est celui de Tliomme que j'ai le pins aimé, le plus respecté au monde; c'est enlui celui... de M. de Pënàfiel...

Et elle fondit en larmes en mettant ses deuxmains sur ses yeux.

Je compris tout alors... et je ci'us que j'allais mourir de honte... et de remords...

Ce seul mot me dévoilait le passé et tonte l'alTreuse injustice de mes soupçons : — Ali ! combien vous devez me mépriser, me hair !... — lui dis-je avec un accablement douloureux.

Elle ne me répondit rien, mais me donna sa main que je baisai à genoux, peut-être av( c plus de vénération encore que d'amour î

Marguerite se calma peu à peu. De ma vie je n'oublierai son premier regard lorsqu'elle leva sur moi ses yeux encoie baignés de larmes, ce regard qui peignait à la fois le reproche, le pardon et la pitié.

— \ous avez été bien cnicl, ou plulùl bien

MARIJIEIUTE. \il

insonsc', — nie dit-elle après im loiiji[ silence,

— mais je ne puis vous en vouloir, .l'aurais dû tout vous dire; vingt fois je l'ai voulu, mais , une insurmontable crainte, votre air ironique et froid , votre subite et incompréhensible conversion au\ bonheurs du monde... tout enlin m'a glacée...

— Ah ! je le crois, je le crois ; aussi pourrezvous me pardonner jamais ! allais oui, vous me pardonnerez, n'est-ce pas? vous me pardonnerez quand vous penserez à ce que j'ai dû souffrir des odieux soupçons qui me désolaient. Ah ! si vous saviez comme la douleur rend injuste et haineux ! si vous saviez ce que c'est que de se dire:... Moi, je l'aime avec idoUitrie ; il n'y a pas dans son esprit, dans son àme, dans sa personne un charme, une grâce, une nuance que je n'apprécie, que je n'admire qu'à genoux; elle est pour moi au-dessus de tout et de toutes... et pourtant un autre!!... Ah! tenez, voyezvous, cette idée-là est à mourir... Pensez-y... et vous aurez pitié, et vous comprendrez , vous excuserez mes emportements, dont j'oserais presque ne pas rougir... tant j'ai souffert !

— \e vous ai-je pas pardonné en vous disant : revenez I après cette affreuse matinée ?

— me dil-clle avec une ineflable Ixmlé...

H-' MiTUlR.

— Oh! iiKi \i(', iiKi vie cnlièir expiera co nioincnt de folio, de \er(i<]e. Alarguerile, je le jure, vous aurez en moi l'ami le plus dévoué, le frère le plus tendre; seulement, laissez-moi 40US adorer, laissez-moi venir eontenipler clia- (pie jour en vous ce trésor de noblesse, de candeur et de grâce, qu'un instant j'ai, pu méconnailre... \ohs verrez... si je suis digne de votre conliance...

— Oh! mainlenani je le crois, aussi vous allez tout savoir; oui, je me sens mieux, vous me rassurez sur moi et sur vous ; je vais enfin tout vous dire, vous dire ce que je n'ai osé ni voulu confier à nul autre; et pourtant n'allez pas croire, — ajouta-t-elle avec un triste et douxsourire, — qu'il s'agit d'un secret hien extraordinaire... Rien de plus simple que ce que vous allez entendre, c'est seulement la preuve de cette vérité-: — Que si le monde pénètre presque toujours les sentiments faux et coupables, jamais il ne se doute un instant des sentiments naturels, vrais et généreux.

— Ah ! quelle houle... quels remords pour moi... d'avoir partagé tant de stupides et méchants préjugés ! Pourquoi n'ai-je pas toujours écouté l'instinct de mon cœur qui me disait : crois en elle ! A\<'c quel orgueilleux bonheur.

MARiilKRlTF 1^:3

seul peul-rlro, j'auiais In dans volro ànip si noble el si pure :

— Coîisolez-vous, mon ami, c'est moi qui vais vous y faire lire; n'est-ce pas vous prouver (pie j'ai en vous plus de confiance que vous n'en avez vous-même ? Si je veux: tout vous dire... n'est-ce pas vous montrer entin que vous êtes peut-être la seule personne à l'estime de laquelle je tienne ? Aussi, en vous expliquant l'apparente singularité de ma vie, si dénaturée parla médisance, j'espère, je désire, je veux à l'avenir pouvoir penser tout haut devant vous. Mais cet îiveu cxijjc quelques mois sur le passé ; écoutezmoi d()nc, je serai brève parce que je serai vraie. Très-riche héritière, libre de mon choix, gtîtée par les hommages qui s'adressaient autant à ma fortune qu'à ma personne, à dix-huit ans je u' avais rien aimé. Dans un voyage que je ils en Italie avec monsieur et madame de lUémur, M. de Pënàfiel me fut présenté. Quoique fort jeune encore, il était ambassadeur d'Espagne à \apl( s dans des circonstances politiques fort difliciles; c'est vous dire assez la supériorité de son esprit : joignez à cela cc<: traits, — et elle me montra le médaillon, — un charme d'entretien extraordinaire, une rare solidité de principes, une e\frêiu<» no])lesse de e.iractèrc , nu

l->i A UT m».

«{OUI parfait, (1rs connaissanrrs nonibnnisrs, iiii tact oxqiiis dans Ions 1rs ails, un nom illustro, une grande forlune, et vous le connailiez. .le le vis, je l'appréeiai, je l'aimai. Rien de plus simple que les incidents de notre mariage; car toutes les convenances se trouvaient réunies. Seulement, quelque temps après notre première entrevue, il me supplia de lui dire si je l'autorisais à demander ma main, désirant, hien que je lusse absolument libre de mon cboi\, de m'évitcr jusqu'à l'ennui d'une démarclie inopportune de la part de mon oncle. Je lui dis naïvement la joie que me causerait sa demande, mais qu'à mon tour j'avais une prière à lui faire, c'était de quitter une carrière qui devait toujours l'éloigner de la France, et de me promettre d'abandonner l'Espagne. Sa réponse fut noble et franche. — Je puis, me dit-il, vous sacrifier avec bonheur mes rêves d'ambition, mais non les intérêts de mon pays. Tne fois ma mission accomplie, je retournerai à Madrid remerciei' le roi de sa coniiance, lui rendre compte, je l'espère, du succès de ma négociation, et puis je serai absolument à vous, à vos moindres désii's. — Il agit ainsi qu'il me l'avait dit : il obtint ce que voulait son gouvernement, alla faire à Madrid ses adieux au roi, revint, et nous fûmes

M.AKGIEHITE. li'.

ijiaiit's. Jr iR' VOUS pnrlt'rai (ju une fois do mou bonlu'ur pour vous dire qu'il fut immense et parlané... Mais, comme aux yeux du monde les eonvenances de celle union étaienl, je vous l'ai dit, aussi parfaites que possible, le monde ne voulut voir là qu'un mariaf^e absolument de convenances.

— Cela esl vrai, c'est du moins ce que j'ai toujours enlendu dire; on ajoutait même que, tout en restant dans les meilleurs termes avec M. de Pënàfiel, voire existence était, ainsi que cela arrive souvent, presque étrangère à la sienne.

— Tel faux, bêlas! tel absurde que fùl ce bruit, il devait avoir créance; car notre bon- Iieur était si simple et si naturel, que le monde, presque toujours étranger aux sentiments vrais, ne pouvait y croire; puis, nous mcUions naturellement, d'ailleurs, une sorte de mystère dans notre félicité : ainsi, comment la société, babiluée à vivre de médisance ou de scandale, pouvait-elle un moment supposer qu'une jeune femme et un mari cbarmant , tous deux d'une position cl d'une naissance égales, iraient s'adorer et vivre absolument l'un pour l'autre? Héhis! rien li'était plus vrai pourtant...

— Vous ne sauriez croire maintenanl coni-

iiiciil loiil s"('\pli(jiio ù ma pctistM? Vous i;ij)pelcz-vous collo ijilorprélation si absurde cl si niéclianle do cellp course où assistait Isniaël?

— Sans doute.

— Eh bien! votre mariage fut interprété avec autant de perfidie, ('onniie rien n'était plus évidemment irréprocliablc que votre conduite, la calomnie vous arrangea une vie mystérieuse, souterraine, profondément dissimulée; c'était, je vous l'assure, incroyable à entendre. îl ne s'agissait rien moins que de déguisements, de petite maison, que sais-je?

— Si je n'étais pas si triste, je sourirais avec vous, mon ami, de tant de folles méchancetés; mais j'arrive à un moment de mes souvenirs si cruel... si affreusement douloureux, — et elle me lendit la main, — que j'ai besoin de tout mon courage... Après trois années de la vie la plus complètement, la plus passionnément heureuse... après...

Mais ne pouvant continuer, Marguerite fondit en larmes, et fut quelques moments sans parler...

— Oui, oui, je sais, — lui dis-je en me mettant à ses genoux, — je sais combien vous vous êtes montrée admirable et dévouée dans cet affreux moment. .Maintenant que je connais

MARULERITE. 12T

V okc àiue, luaiiitcnant que je connais celui qui la remplissait , qui la remplit encore de tout son souvenir, je comprends ce qu'il dut y avoir, ce qu'il y a de terrible pour vous dans cette séparation éternelle ! -^

Après quelques moments de silence, .Marguerite reprit : - Oli ! merci, merci à vous! de me comprendre ainsi!! Afon Dieu ! depuis ce moment épouvantable, voici la première fois que mes larmes iie me sont point amêres, car je puis épancher mon cœur, dire au moins combien j'ai aimé, combien j'ai souffert... Hélas! tant que je fus heureuse de ce bonheur sans riom,je n'avais besoin de le confiera personne, nuiis depuis... oh! depuis!... cette contrainte^ voyez-vous, fut affreuse. Si vous saviez ma vie! Etre obligée de cacher ma douleur, mes regrets désespérés, comme j'avais caché mon bonheur! Car, à qui aurais-je pu dire : Je souffre? qui m'aurait crue? qui m'aurait plainte? qui m'aurait consolée?... Le monde a quelquefois pitié d'un sentiment coupahle,... mais pour un chagrin sacré comme le mien, il n'a que des railleries! car à ses yeux c'est un ridicule ou un mensonge... Pleurer son mari! le regretter avec arfiertume, vivre de souvenirs poignants, n'exister que par la j)ensée d'un être qm vous fut

l:iN A Kl H l U

cluT... (jiii cruiiiiit ("(•lu!'... Et puis |)oui(jU(ji le dire? A qui le dire? Mes parenls ou mes allies étaient trop du iiKJiide pour me comprendre; et puis, je Favoue, j'avais vie d'un ('jjoisme de bonheur tel, que tant qu'il dura je n'avais eherelu"- à m'assurer aucun ami... Lui... lui, n'étaitil pas tout pour moi?... A qui avais-je besoin de répéter combien j'étais heureuse, si ce n'est à lui?... D'ailleurs, avec Timprévoyancc d'une félicité sans bornes, je n'avais jamais pensé (|ue le malheur pouvait m' atteindre...

— Oh! vous avez dà être bien malheureuse! Pauvre femme! les déchirements d'une douleur solitaire sont si affreux!

— Oh! oui! j'ai bien souffert, croyez-moi! Et puis, par je ne sais quelle faiblesse dont maintenant j'ai honte, souvent la solitude m'effrayait; dans l'ombre et le silence, ma douleur grandissait... arandissait, et devenait quelquefois si mena(;ante, que j'avais des terreurs affreuses; aussi, presque éperdue, je me réfufjiais dans ce monde que je détestais pourtant, mais c'est que j'avais alors presque besoin de son bruit, de son éclat, pour me distraire un mojiient de celte concentration de ma pensée qui m'aurait rendue folle... Puis, unv fins rassurée, j<* me prenais à maudire les vaines joies qui

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avaient osé étourdir mes chagrins... je pleurais sur ma lâcheté... et mes jours se passaient dans ces contradictions aussi terribles qu'inexplica- J)les... Ce n'est pas tout, je n'ignorais pas que ma douleur était affreusement calomniée, et je ne pouvais pas, et je ne voulais pas me justilier... Oh! si vous saviez encore combien cela est cruel de n'avoir pour se défendre qu'une vérité... mais si sainte, mais si vénérée, qu'on n'ose la profaner en la disant à des indifférents ou à des incrédules ! !

Marguerite pleura encore, et continua après un silence : — Maintenant vous comprendrez, n'est-ce pas, mon mépris de tout et de tous? Aigrie par le chagrin, mon humeur devint ombrageuse et fantasque; personne n'en pouvant deviner la cause, je passai pour bizarre... Les gens qui m'entouraient me semblaient vulgaires, comparés à celui dont le souvenir sera toujours sacré pour moi; je passai pour dédaigneuse ou dissimulée. Enfin , cette coquetterie sans but apparent qu'on me reprochait, ou plutôt à laquelle on donnait les motifs les plus scandaleux, eh bien ! c'était encore un hommage h son souvenir. Je me parais ainsi, parce qu'il avait aimé à me voir ainsi parée ; coi entourage, cv?, fleurs, eu demi-jour sons lerpiel il

so j)laisait à voiler mes (rails, liélas ! tout cela était pour moi aiilani de souvenirs ehers et précieux. Enlin , jusqu'à cette science que j'affichais comme une prétention, c'était encore un triste reflet du passé ; car, très-savant lui-même, il avait souvent ainu' à s'entretenir avec moi des connaissances les j)lus variées. Que vous dirais-je, mon ami? Vivant seule, l'état de ma maison paraît peut-être trop considérable; aussi je passe pour orgueilleuse et vaine, et pourtant c'est parce que cette maison était la sienne que je l'ai religieusement conservée... Maintenant, vous savez le secret de ma vie; avant de vous avoir connu, il m'importait peu de paraître fantasque, vaniteuse et coquette; les bruits les plus odieux m'étaient indifférents... Mais depuis que j'ai apprécié ce qu'il y avait de généreux et d'élevé dans votre cœur, depuis surtout que j'ai vu combien la médisance du monde, autorisée peut-être par une conduite dont il n'a pas le secret, pouvait avoir d'intluence sur vous... à l'estime, à l'affection de qui je tiens tant... j'ai voulu que vous... au moins ne me jugeassiez pas connue les autres... Et puis, souvent, vous avez généreusement pris ma défense; j'ai voulu vous prouver que l'in.stincl de votre Ame était aussi noble que juste...

\!.AH<;rERHK. iw

Kl pourlanl , il iiio j-osic un aveu... p(''iiii)It' ;'i \oii.«; faire.

— Marguerite, je vous en supplie...

— VÀ\ bien, — ajoiita-t-elle en rougissaul, — j'ai comballu longtemps ce désir; ce matin encore, lorsque vous m'avez surprise si malheureuse, si éplorée, c'est que je demandais à Dieu la force de résister au besoin que j'éprouvais de me réhabiliter à vos yeux.

— Pourquoi?... oh î dites pourquoi cela? ne suis-je pas digne de votre confiance?

— Si... si, vous en êtes... vous en serez digne, je le crois... m.ais... je me reprochais avec amertume de n'être plus assez forte de la pureté de mes actions, de la sincérité de mes regrets pour rester à vos yeux... indifférente aux calomnies du monde... car cela doit peut-être m' effrayer pour l'avenir...

(Ici mcuiqucnt un assez ijvand nnuihre de pa-ijcs du journal d'un inconnu. )

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