‹ ArthurChapitre 77 sur 89 · RS 1)H SOL K IL · texte numérisé non relu

RS 1)H SOL K IL

ft'iilL'incnt nous grise; aussi \o mondr, aior loiilcs SCS joies ri loutos ses splendeurs, nie j)araissait le seul ihéàlre digne de ma félicité.

Avant de me rendre à une ou deux soirées, je suis allé auv bouffes pour entendre le deuxième acte à' 0 kilo. — J'ai vu madame de \ * seule dans sa loge.

Elle était, connne loujours, cliarniante et mise à ravir.

Rien de plus délicieux qu'une jolie figure de femme se détachant, ainsi lumineuse et souliante, sur le fond toujours très-obscur de ces premières loges de face.

Dans rentr'acle, j'ai été faire une visite à madame de V*, — Elle m'a reçu à merveille ; je dirais presque avec une coquetterie très-provoquante, si elle n'était pas, pour ainsi dire, née coquette et provoquante comme d'autres naissent blondes ou brunes. —Rien d'ailleurs de plus brillant , de plus original, de plus fou que son esprit ; disant tout , mais avec une grâce si piquante, une malice en apparence si naïve, qu'elle se fait tout pardonner.

Elle a commencé par m' attaquer très-vivement sur mes assiduités constantes auprès de certaine belle marquise, disant que cette mar- (juise devait s'estimer très-lieureuse d'^lre|)res-

i:,H AKTHIR.

que (le ses ennemies, parce que sans cela, elle, madame de V*, aurait peut-rtie jeté un «rand trouble dans notre amour.

;. Comment? parce que vous êtes son ennemie, vous vous abstenez de cette vengeance?

— Sans doute, on réserve ordinairement ces bonnes perfidies-là pour ses amies intimes, et c'est très-dommage, — a-t-clle ajouté en riant comme une folle ; — car, si je l'avais bien voulu, je vous aurais rendu en vingt-quatre beures amoureux de moi, mais amoureux à lier.

— Mais c'est fait depuis longtemps, et sans que vous vous soyez donné la moindre peine pour cela, ' ai-je dit. Puis, à travers mille galanteries très-empressées, je lui ai vanté le cbarme de ces amours épbémères, de ces lencontres de cœur, autrefois si communes et si ravissantes, mais de nos jours malbeureusement si rares. Rencontres cbarmantes, sans veille ni lendemain, qui ne laissaient dans la vie qu'un souvenir unique, mais divin.

i. Je ne suis pas de votre avis , — a-t-elle ajouté toujours fort gaiement ; — en fait de perles j'aime mieux un collier qu'une bague. —

— Oui, madame; mais toutes les perles d'un collier sont égales, d'une forme monotone, tan-

JOIRS I)E SOLEIL. I.v..

(lis que cerlaines perles inostimablcs par leur singularité mémo ont plus de valeur à elles seules que tout un collier,

— C'est pour cela sans doute, monsieur, que vous m'avez toujours paru si parfaitement précieux et singulier, j'

Grâce à mille autres folies, OtcUo passa, je le dis à ma honte, presque inentendu. On commençait de quitter les loges : .. Allons, — dit madame de V*, — mon mari va encore me laisser seule pour la sortie.

— Votre mari, cela se concevrait presque... car il n'y a guère que les riches qui Ignorent leurs trésors; mais, ce qui m'étonne, c'est que... "

Et, comme j'hésitais, elle me (Ut très-délibérément : " C'est que M. de -•^** ne soit pas là pour me donner le bras, et demander mes gens ; est-ce cela que vous voulez dire ?

— C'est justement cela que, par une féroce envie, une jalousie de tigre, je ne voulais pas dire du tout.

— Je l'ai envoyé à la chasse pendant huit jours pour le remettre en grâce avec moi, — a repris négligemment madame de \ " ; — car il a l'absence délicieuse.

— Délicieuse pour tons, car je lui devrai de

IliO .\HT1II«.

j(niir (l'iin cliarninnt privil(''<]0, si vous iUToplcz mou ])ias pour sorlir.

— Mais ctTlos j'y complais bien.

— El mes privilèges no sr bonioront-ils, hélas ! qu'à celte faveur?

— \'oiis êtes un curieux et un indiscret.

— Soit, pourvu qu'après avoir été curieu>c comme le désir je puisse être indiscret comme le bonheur.

— Mais, — a-t-elle ajouté sans me répondre el me faisant remarquer une femme souverainement ridicule, — voyez donc cette pauvre madame de B. On dit qu'elle a les yeux bêles... Quelle sottise ! je les trouve, moi, les plus spirituels du monde; car ils ont l'air de vouloir sortir de sa vilaine ri;]ur('. ;'

J'oublie une foule d'autres observations pleines de malice, le tout dit en riant très-haut, elle sur une marche de l'escalier, moi sur une autre.

Enfin, au moment de me quitter, elle m'a rappelé qu'il y avait bien longtemps que je n'étais venu voir ses dessins ; qu'elle était fière de ses progrès, et qu'elle tenait à m'en faire

— ^ Mais je serai ravi, madame, d'aller critiquer ou admirer tant de merveilles; seulement.

JOURS DE SOLEIL. Oil

(.'oiniiic je .<uis Irès-sévi're , je me troiueiais j(tMié par la présence d'un tiers pour vous dire fVaîiclienient mon avis; aussi vous devriez bien, pour cela, Taire fermer votre porte au\ importuns.

— Mais c'est un tète-à-tète, un rendez-vous (pie vous me demandez là, monsieur?

— Absolument , madame.

— Et mes gens ?

— \ ous direz que vdus n'y èles que... pour \otre notaire.

— Et vous consentiriez à passer...

— Pour un notaire, pour un procureur, pour tout ce que vous voudrez; je prendrai, s'ii le faut, un paquet de papiers, des lunettes vertes, et nous causerons alors très-impunément et surtout très-longuement... d'alTaires.

— De testament? par exemple.

— Certes, de celui de ce pauvre ***, dont je voudrais être si éperdument à cette heure le légataire universel.

— Ah ciel! que vous voilà bien dans l'esprit de votre rôle, s'est écriée madame de V*.

On vint lui annoncer sa voiture.

.. Eh bien ! — lui ai-je dit en l'accompagnant, — altendrez-vous \otie notaire demain à troiî^ heures ?

il n

m:i AUIHLU.

— Qu'il vieiiiu-, il le verra.

— \'allez-vous pas ce soir au coiicerl de iiiadanie T*'^'' ?

— \(ni, je reiiire cliez moi.

— (lomraeul, sitôt?

— Oui, pour mettre (juelques alTaires en ordre, ayant demain une grave entrevue aver le plus détestable et le plus importun des hommes de loi.

Kn disant ces mots, et toujours riani aux éclats, elle a monté en voiture.

Je suis revenu sous le péristyle attendre la mienne; là, j'ai été accosté par le gros Ponimerivc, qui, passant près de moi, m'a dit : u Déjà infidèle î... (]'est bien iol... ou bien tard...

Je haussai les épaules en souriant.

Je suis allé à ce concert. Trop de i'oule. Pour moi, la musique est sans charme si je ne l'entends pas commodément. En rentrant chez moi, je viens de trouvei- une longue et tendre lettre de Marguerite.

Dans notre conversation de ce niatin, je lui avais avoué ma passion pour les violettes de Parme. J'en trouve deux corbeilles véritablement colossales dans mon salon.

Ce souvenir, cette prévenance délicate ma

JUL KS DE SoLKIL. IHo

louche, m'a ravi, mais ne ma pas lait vérilableiiieut rougir de mou empressement auprès de madame de V*, que j'ai trouvée d'un éclat et dune vivacité charmante.

Je lis pourtant avec amonr la lettre de .Marguerite; elle est tendre et bonne, pleine d'une charmante mélancolie; elle se lelicite de cette longue soirée passée seule avec mon souvenir. En post-scriptum, elle me rappelle que domain à trois heures nous devons nous retrouver chez mademoiselle î.enonnand pour savoir notre avenir.

C'est justement à trois heures que j'ai promis à madame de V* d'aller voir ses dessins; que faire ? Je ne puis certainement pas mettre en balance mon affection profonde et vraie pour Marguerite avec le caprice très-vif, mais sans doute éphémère, que je ressens pour madame de \*, aussi jolie, aussi séduisante que légère et coquette.

Mais je suis assuré de l'affection de Marguerite; c'est un amour sincère et durable; le goût passager que j'échangerai peut-être avec madame de V* ne portera d'ailleurs aucune atteinte à celte intimité tendre et sérieuse.

Avec une femme aussi inconstante, aussi variable (jue madame deV, une occasion perdue

10 i .AKIHLK.

|)('iil iK' plus se reiiconlror, le liasuid csl suii (lion. J'irai donc dciiiaiii chez elle. Je vais trouver une excuse pour rcnicltre noire partie â\icenir avec Marguerite chez mademoiselle Lenormand à après-demain. Que prétexter?

une affaire... de notaire? \on, ce serait une perfidie puérile... Pourtant, que dire?

Enfin je m'y résigne; mais je vais par compensation écrire à Marguerite la lettre la plus passionnée.

J'ai relu cette lettre tout à l'heure écrite par moi à madame de Pënàfiel. Celte lettre est bien, pleine de cœur, de tendresse, de passion, et cela n'est pas feint, c'est vrai, profondément senti, éprouvé. Chose étrange ! et je songe fermement à la tromper, et pourtant jamais peutêtre mon amour pour elle n'a été plus vif et plus sincère. Je n'ai aucune raison de me mentir à moi-même, je m'écoute penser... Cela est vrai, j'aime Marguerite plus que je ne l'ai jamais aimée; naguère j'aurais reculé peut-être devant quelques sacrifices; à cette heure j'irais au-devant de tous ceux qu elle me pourrait demander, et pourtant, je le répèle, je songe à la tromper !

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Ode idôp me rause-t-ello lionte, roniords, regret ? — \on.

Hési(ê-je 1111 instant à la pensée que Marauerite peut être instruite de cette infidélité et en ressentir un profond chagrin? — \on.

Est-ce que j'éprouve pour madame de V"' aucun sentiment noble et élevé? — Xon. C'est un désir ardent , qui me semble devoir être aussitôt éteint qu'il a été promptemcnt allumé.

Et pourtant, chose étrange! je me le redis encore, il me semble aimer davantage Marguerite. Pourquoi cette progression de sentiment ? X'est-ec pas une illusion, un fantôme trompeur évoqué parla conscience de ma perfidie? n'estce pas une excuse que je cherche en m' imposant à moi-même et peut-être à mon insu cette croyance mensongère. — Xon, non, je m'écoute penser... il me semble assurément l'aimer davantage.

Singulière contradiction de l'àme ! Serait-ce donc que mon amour pour Marguerite s'auj»menterait en raison de la douleur que je pressens devoir lui causer?

ARTHIR

Jours do soleil?... hélas! non ; ce tonips de liidieux; bonlieur, qui avait duré plus de deuxmois, devait s'obscurcir et devenir bientôt sombre et désolé...

Etrange journée que celle-ci!

O malin, à mon réveil, j'ai reçu nn billet de Marguerite : elle est un peu contrariée de ce retard de bonne aventure. Ce jour étant celui de l'anniversaire de sa naissance, elle le croyait plus convenable comme étant le plus fatal.

Ayant à faire quelques emplettes de porcelaines de Sèvres et de Saxe, elle m'a prié de me trouvera deux heures et demie chez***, marchand très en vogue, afin de consulter mon goût.

Je m'y suis rendu.

En allant voir avec elle un meuble de marqueterie placé dans le magasin du fond, nous sommes restés un moment seuls. .Marguerite m'a demandé de venir passer ma soirée chez elle, en promettant de me dire son secret du l^-- mai.

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Jp l'ai toiidioiiKMil roinciTK'o; elle m'a paru plus jolie enroiT (pic de roulumo : ollc poilail une eapole paille garnie de dentelles et de bleuets qui lui allait à ravir.

A trois heures je Tai (piiitêe, et je me suis rendu chez madajne de \'*^ -.

Malgré nos folies conventions de la veille, d'après lesquelles je devais absolument passer pour un notaire, si je voulais jouir du charme d'un tète-à-lète, je me lis annoncer sous mon nom, et je la trouvai seule.

Elle m'a montré ses aquarelles, qui élaienl véritablement d'une excellente manière, car celte jeune femme est parfaitement douée. Xéanmoins, pour sortir des banalités, j'ai prétendu les trouver mauvaises, le dessin incorrect, la couleur fausse et outrée, le faire sans assurance et sans adresse.

u \ous n'y connaissez rien du tout, — m'at-elle dit en riant, — j'ai un talent charmant; mais, comme vous dessinez aussi, c'est jalousie de métier.

— \ous ne nous entendrons jamais à ce sujet, madame; vous trouvez vos aquarelles bonnes, je les trouve mauvaises, n'en parlons plus; parlons d'un sujet à propos duquel nous serons sans flou te d'accord.

l«s AKTHIR.

— El ce siijrt, monsiour ?

— CVst la perfection de voire esj)iit el de votre beauté.

— Eli bien ! vous vous trompez fort , monsieur; car, prenant à mon tour votre rôle de critique, tout à T heure si injustement exercé aux dépens de mes pauvres dessins, je vous répondrai que, si vous me trouvez charmante, moi, je me trouve détestable, car j'ai mille vilaines qualités. Aussi, comme nous ne nous entendrons jamais à ce sujet, parlons d'autre chose.

— Hélas ! ceci est une prétention de votre part , madame ; malheureusement pour moi , vous n'avez pas tous les ravissants défauts que je vous souhaiterais, un surtout...

— Vous êtes fou; voulez-vous en attendant une preuve de mon odieux caractère ?

— Je la désire ardemment, ce sera toujours cela.

— Ecoutez-moi donc, et surtout ne m'interrompez pas. Une de mes amies intimes, trèsméchante aussi, avait une vengeance à exercer contre une femme de sa connaissance; vous n'avez pas besoin de savoir le pourquoi de celte vengeance. Mon amie était belle, ou plutôt jolie, vive, coquette, léaf-re, ce que je vous

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(loMiiP roiJiine qualités, selon voire désir, ol non pas du tout comme défauts ; joignez à cela un esprit assez amusant, du charme et beaucoup d'en train, pardon de cette vulgarité, et vous aurez son portrait. La femme dont mon amie voulait se venger était belle aussi; mais prétentieuse , hautaine et fausse au dernier point ; elle semblait pourtant sérieusement occupée d'un homme... Pourquoi ne le dirais-je pas? oui, d'un homme fort agréable, assez excentrique, enfin qui ne ressemblait pas à tout le monde : aujourd'hui gai, amusant, aimable ; demam bizarre, maussade, ennuyeux et ennuyé. Pourtant, dans un de ses beaux jours de raison, de bon sens, il s'était montré très-empressé auprès de mon amie, qui le trouva, me dit-elle, fort bien, trop bien peut-être... Dans cette circonstance, mon amie vint me demander conseil.

— Eh bien ! vous avez, j'espère, conseillé ;i votre amie ce que je lui aurais conseillé moimême, de se venger de la femme prétentieuse, en faisant secrètement le bonheur de l'homme excentrique, lue pensionnaire aurait trouvé cela ; les moyens les plus simples sont toujours les meilleurs.

— \e m'interrompez donr pas. Mon amie

I7(» ARTHIH.

;illoi)flanf mon avis, j'ai voulu savoir le cararli'vc (loriiomiiio oxconlriquo, s'il étail sur, sinci'vo, et non pas indiscret ef élourdi.

— Eh bien, madame ?

— Eli bien, monsieur, c'était un de ces hommes assez rares, auxquels une femme peut loiil conlier, qui comprennent tout, apprécient tout, admettent tout, quitte ensuite à dire franchement ce qu'ils pensent, mais qui ensevelissent la confidence dans le secret le plus impénétrable. S'il est ainsi, dis-je à mon amie, vous n'avez qu'une chose à faire, c'est d'être inconséquente , osée, hardie, ou plutôt d'être enfin ce que nous ne sommes presque jamais, — franche et vraie; — en un mot, — dites à l'homme excentrique : u Vous voulez me plaire, )' mais je vous sais occupé ; or, non-seulement 5' une affection partagée ne peut me convenir, )j mais, si j'agrée vos soins, je veux une preuve, » un mojen sûr de rendre impossible pour l'a- )' venir tout retour à la personne que vous '' m'aurez sacrifiée. En un mot, envoyez-moi V toutes ses lettres, avec un billet significatif et - très-compromettant à ce sujet , et... l'avenir ■ est aux heureux... n Eh bien! ne donnais-je pas là un affreux conseil à mon amie? — m'a (\]\ miulnme de \'-" en lerminnnl.

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— Je pourrais vous répondre , madame , gràee à la même allégorie, e( me créer à l'iiis(ant un ami intime qui se trouverait être justement r homme excentrique de votre amie inlime. Mais , tenez , pas de détours , parlons franchement ; vous me connaissez assez pour savoir que je suis secret. Est-ce une perfidie que vous me demandez? .VaccueilIeiH:'Z-ious mes soins qu à cette condition ?

— Mais, monsieur, vous êtes fou...

— Pas du tout.

— Mais pourquoi supposer que ce que je vous dis de mon amie soit un prétexte pour vous parler de moi? et que je pense le moins i\u monde à accueillir vos soins?

— Eh hien, soit, supposez que riiomuic excentrique ait ainsi parlé, et non pas moi.

— A la bonne heure, de la sorte on peut causer, nous rentrons dans le vrai. Vous auriez donc demandé à mon amie si elle exigeait véritablement de vous une perfidie? Et si elle l'eût exigée, qu auriez-vous répondu ?

— Que je me sentais capable, surtout avec elle, de faire toutes sortes d'infidélités... mais jamais de trahison.

— Et si mon amie avail pourlani mis ses bontés à ce prix ?

\'i2 ARTHIR.

— Cola ne so pouvait pas.

— Commciil ?

— J'aurais pris cela pour une plaisant crie , et refusé obstinément d'en être dupe.

— Pourquoi une plaisanterie?

— Parce qu'il n'y a pas une femme capahlc d'une telle pensée.

— C'est un peu fort î

— Je pense comme cela.

— Aucune femme?

— Aucune !

— Mais je vous dis que, moi, j'ai conseillé cela â mon amie.

— Permettez-moi de douter de ce que vous dites.

— C'est insupportable; j'ai eu la pensée de cette perfidie, et je la lui ai conseillée , vous dis-je.

— Je ne puis vous croire; je sais trop la noblesse de votre caractère pour ajouter foi à ces calomnies, que vous faites contre vousmême.

— Enfin, supposez maintenant que je vous dise cela... à vous.

— A moi ?

— A vous.

— Je ne puis suj)j)oser l'impossible.

JUIRS DE SOLEIL. 1T:J

— .Mais je* VOUS le dis a celte heure.

— Sérieusement vous me dites cela? vous me faites ces conditions ?

— Très-sérieusement.

— Eh bien, sérieusement , vous voulez vous moquer de moi.

— \ ous êtes humble au moins.

— Très-ller au contraire de ne pas admet- Ire que vous me croyiez capable d'une lâcheté. Mais , tenez , ne parlons plus des autres , parlons de vous et de moi; agréez mes soins, sans condition, ou plutôt à condition que vous me rendrez tout aussi inhdèle que vous le voudrez.

— Et ces lettres ?

— Encore cette Ibliel Croyez-vous donc que je ne voie pas que c'est un moyen foii adroit d'ailleurs de m'éprouver? de savoir si vous pouvez compter sur moi , sur ma sûreté, sur ma probité en amour? aussi, entre nous, je ue peux m' empêcher d'augurer fort bien pour mon bonheur à venir de cette précaution de votre part.

— La confiance ne vous manque pas, au moins.

— Est-ce donc être vain (pic de désirer, que d'espérer ardemment ?...

— (k's lettres? ces lettres?

ni AKiiii u.

— Toujours fcdc plaisanterie ? Quaiil à celle épreuve, je vous le répète, je la trouve parlaite, car quelle femme pourrait avoir Tombre (le connance, d'estime ou de tendresse pour un homme capable d'une telle misère? \e devrait-elle pas craindre qu im jour aussi ses lettres?...

— Certes, elle pouri-ail craindre cela, si elle était assez sotte pour écrire... — ajouta madame de \ * avec ujie assurance dégagée (jui me choqua

i*ar la fin de notre entretien , je m'assurai (ju'en effet madame de V* ne me donnerait quelque espérance qu'au prix de cette perfidie.

Ce calcul m'a paru doublement odieux de sa part ; sans doute parce qu'il blessait mou amour-propre, en cela que chez madame dcV^le désir de se venger de madame de Pënàfiel (vengeance dont j'ignorais d'ailleurs le motifj pa.ssait avant le goût qu'elle prétendait ressentir pour moi.

Je suis sorti de chez madame de V ■' assez désappointé. J'avais compté sur une entrevue sinon plus tendre, du moins beaucoup plus décisive; la réputation de légèreté de madame de V* étant telle que je Croyais voir agréer jnes

JOL hS DE ^0LI•;1L. llô

soins sans conditions; or, eelk's qu'elle nu' faisait positiiement étaient aussi exorbitantes qu'inadmissibles.

Chose éti'ange ! autant hier, lorsque je songeais à tromper .Marguerite , jnon amour pour elle m'avait paru s'accroître... autant aujourd'hui , après celte sorte d'échec à la trahison que je méditais, mon affection semble se refroidi i-.

Cette impression, peut-être exagérée, sera sans doute éphémère ; — mais je l'éprouve.

En pensant à la soirée que je vais passer près d'elle, je sens que je me serais montré beaucoup plus tendre, beaucoup plus aimable, si j'avais ^u quelque tort réel à me reprocher et à lui cacher.

Sans doute j'avais bien agi en me refusant à ce que madame de V* espérait de moi ; mais je ne pouvais trouver dans mon procédé, si naturel d'ailleurs, aucune satisfaction de conscience ; car Marguerite me plaisait beaucouj) plus que son ennemie: en n'hésitant pas entre elles deux, je n'avais fait aucun sacrifice.

Xéanmoins il m'est presque impossible de ne pas ressentir une sorte de violent (!éj)il cou Ire madame de Pénàfiel en pensant que sans l'inimitié qu'elle a inspirée à madame de

J7fi A KiHl U.

\'', il mV'ùt sans cloulc vlv l'acilc de lui laire une inliflélilô passagère, qui aurait eu pour moi beaucoup de cliarmcs et de piquant.

Rien de plus égoïste, de plus injuste, de plus cruellement ridicule que mon irritation contre -Marguerite, parce qu'elle m'a involontairement privé d'un plaisir dont rêclal pouvait lui devenir une peine amère.

J'avoue ces misères ; mais je pense ainsi, et c'est sous l'influence de ces idées que je \ais me rendre chez madame de Pënàliel.

Quelle sera l'issue de celte soirée ? Je ne sais, mais j'ai de tristes pressentiments.

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