CHAPITRE Xllï
LE MISÉE.
Le moyen que j'emphjyai , pour savoir qui était le mari d'Hélène, fut fort simple ; cl un hasard assez heureux me le fournit.
Le lendemain matin, je m'étais rendu, dans un fiacre à stores baissés , en face de la petite maison du jardin Beaumarchais, afin d'examiner si quelque circonstance imprévue ne faciliterait pas mes projets. Je n'attendis pas longtemps ; sur les neuf heures, un homme chargé d'un paquet de journaux frappa à la porte verte et remit son journal à une femme assez Agée, que je reconnus pour avoir appartenu à ma tante.
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.rordonnai à mon fiacre de suivre le porteur de journaux ; el lorsque après en avoir distribué trois ou quatre autres dans plusieurs maisons du boulevard , cet homme prit une rue adjacente, je descendis de voilure, el allant à lui i. Dites-moi le nom des cinq personnes pour lesquelles vous venez de distribuer vos journaux? il y a deux louis à gagner.
Cet homme me regardait lout interdit.
Je vous demande cela par suite d'un pari , — lui dis-je. - — (]es renseignements, si vous me les. donnez, ne peuvent d'ailleurs vous compromettre en rien. — Et je lui mis deux louis dans la main,
— Ma foi, monsieur, volontiers; comme les bandes de mes journaux sont imprimées, il n y a pas , je crois, grand mal à vous les montrer.
— Je pris un crayon , et j'écrivis les noms qu'il me dicta ; il m'en nomma trois ou quatre fort insignifiants pour moi , el enfin , en arrivant au numéro de la maison d'Hélène, il nu^ dit: û Monsieur Frank... , peintre. ■
— Je lui demandai , pour dérouter ses soupçons , s'il n'y avait pas dans la liste de ses abonnés du boulevard, un monsieur de Verneuil?
— Il chercha , me répondit que non , me renvei'cia , el jerevius chezmoi presque heureux.
•lOH .\RTHrH.
Le nom de Traiik nie paraissait étranger; ainsi Hélène s'était sans doute mariée, pendant son voyage en Allemagne, à un artiste, selon toute apparence encore peu connu , car je ne l'avais jamais entendu nommer.
J'allai cependant ce jour même au Musée , espérant trouver peut-être dans le livret quelques indications sur le mari d'Hélène.
Je ne puis m' expliquer quel intérêt me faisait agir ; presque certain du bonheur d'Hélène, mes découvertes ne pouvaient quem'être pénibles ; mais soit que je ne visse dans ces tristes préoccupations qu'un moyen de distraire ma pensée du souvenir de Alarguerite , soit que j'obéisse malgré moi à l'influence d'un sentiment mal éteint dans mon cœur, sortant de l'apathie où je m'engourdissais depuis quelques jours, je mis à ces investigations une activité qui m' étonna.
L'exposition tirait à sa tin : j'entrai dans la galerie; il n'y avait presque personne. J'ouvris le livret et je trouvai en effet le nom de })ion-
sieur Frank , boulevard Beaumarchais , n
In tableau et deux aquarelles étaient inscrits sous ce nom.
In fragment d'une scène du Comte d'Eç/moul , de Goethe , indiquait le sujet du tableau.
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Le peinlie avait clioisi la lin de la délicieuse cntrerue de Claire et du comte dEgmont , qui , t\ la prière de sa naïve maîtresse , est venu dans le modeste asile qu'elle habile avec sa mère , vêtu de ses splendides habits de cour, .; Quelle magnificence ! >. — s'est écriée Claire , en admirant avec une joie enfantine le costume éblouissant de celui qu'elle aime d'une passion si profonde et si candide. — u El ce velours , —
reprend-elle, • — et ces broderies ! on ne sait ■ par où commencer ; et le collier de la Toison-
d'Or! Vous me disiez un jour que c'était une
distinction d'un grand prix ! Je puis donc la '. comparer à votre amour pour moi... , car je • le porte de même..., ici, au cœur.
Voici d'ailleurs l'indication du ta])lpau tell.' qu'elle était portée au livret.
\ -M. Fhaxk, peint Vf .