‹ ArthurChapitre 85 sur 89 · CLAIRE ET EG.MOXT · texte numérisé non relu

CLAIRE ET EG.MOXT

CLAIRE. — a Ah ! laisse-moi donc me taire ! laisse-moi te tenir ! laisse-moi fixer mes yeux sur les tiens î y trouver tout : consolation, espérance, joie, douleur. (Elle l'embrasse i^f le regarde fixe m en t.) Dis-moi, dis, je ne com-

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: prends pas ? Es-lu bien Kgmoiil ? ie comlo •• d'Egmont? ce grand d'Egmont qui fait tant » de bruit, dont on parle dans les gazettes, dont

V les provinces attendent leur bonheur?

EGMOXT. — a \on, (llaire, je ne suis pas cet 3> Egmont-là.

CLAIRE. — .. Comment ?

EGMOXT. — " Ecoule, mon amie; que je m'asr seoie. (// s'assied, Claire se met à ç/enoux r devant lui sur lui tabouret , appuie ses deux « coudes sur les genoux d'Egmont et tient ses s; yeux attachés sur les siens.) L'Egmont dont

V tu parles est un Egmont chagrin, solennel, r froid, contraint de s'observer sans cesse, de ;■ prendre tantôt un masque, tantôt un autre; '5 il est persécuté, méconnu, ennuyé, pendant ;) que le monde le tient pour gai, libre et joyeux ; ;■ il est aimé d'un peuple qui ne sait ce qu'il " veut; entouré d'amis auxquels il ne peut se 'î confier; observé par des hommes qui ont à » cœur de le pénétrer et de s'emparer de lui ; 5) travaillant et se fatiguant souvent sans but, )5 presque toujours sans fruit. Oh ! fais-moi

V grâce de l'énumération de tout ce que cet

V Egmont-là pense et éprouve !... Mais cet Egr mont que voici , Claire, il est sincère , heu- " reux, tranquille; il est nimé et connu du cœur

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» le plus sensible que, de son côté, il connaît à

V fond, et qu'avec un amour, une confiance » sans bornes il presse contre le sien... cet Eg- !) mont-là, enfin, Claire... [il la serre dans ses

V bras), c'est ton Egmont !...

CLAIRE. — " Que je meure donc ! le monde « n'a pas de joies comparables à celle-ci ;

(Goethe. — Egmont^ acte ii, scène 3.)

Le libre choix du sujet d'un tableau m'a toujours paru renfermer la juste portée de l'intelligence de T artiste ; là est sa pensée, sa poésie; or, je l'avoue, cette scène indiquée par le livret me sembloit merveilleusement choisie.

Je cherchai néanmoins ce tableau avec le secret espoir de le trouver médiocre et peu digne de la haute inspiration que le peintre avait, demandée à l'un des chefs-d'œuvre de Goethe.

Hélène m'avait semblé trop heureuse... Si je l'avais trouvée triste, cette pensée mauvaise et envieuse ne me fût pas sans doute venue à l'esprit.

Je cherchai donc longuement ce tableau ; enfin je le découvris dans l'exposition la plus

i!2 A UT il ri;.

{!('' favorable, à moitié caclié par la gi^anlesque cl massive bordure d'uu grand portrail.

La toile de Frank était ce qu'on appelle un tableau de cbevalet ; il pouv ail avoir trois pieds et demi de hauteur sur deux pieds et demi de largeur.

Je l'ai dit, j'étais, à ma lionle, arrivé devant celle œuvre avec des dispositions malveillantes ; mais ce qui tout d'abord, sans les elTacer, me les fit oublier un instant, ce fut ma surprise et bientôt mon admiration involontaire, en reconnaissant la douce figure d'Hélène, qui avait sans doute posé pour le personnage de Claire !...

C'était Hélène ! dont le charme et la grâce indicibles étaient encore poétisés par la divine puissance de l'art, car lui seul peut donner aux traits qu'il reproduit, même fidèlement, ce caractère inexplicable, grandiose, presque surhumain, qui est peut-être aux traits vivants ce que la perspective historique est aux événements.

Plus j'examinais ce tableau, plus j'admirais malgré moi, et avec les angoisses d'une jalousie haineuse, un talent plein de fraîcheur, de mélancolie et d'élévation, joint à une haute inteltelligence de la nature et des passions.

Quant à Egmont , on ne pouvait voir une ])liysionomie plus niAle et plus expressive. Si

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