‹ ArthurChapitre 87 sur 89 · CHAPITRE \1V · texte numérisé non relu

CHAPITRE \1V

Mon intention était de prier lord Falnioiilli d'acheter pour moi, mais en son nom, le tableau et les deux aquarelles de Franck ; puis de vouloir bien, toujours en son nom, commander à ce peintre une suite de grands dessins dont les sujets devaient être pris dans Scliiller , Shakspeare, Goethe et \\ alter-Scotl.

Mou but était d'assurer, pai- ee travail facile

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cl coniniodc, qui ne j^èiieiait vu rien 1 inspiralion nécessaire à de plus grandes œuvres ; d'assurer, dis-je, pour assez longtemps l'avenir de Frank et d'Kélène, et de délivrer ainsi ce noble jeune homme des tristes et affligeantes préoccupations qui souvent réagissent d'une manière ialale sur les plus beaux génies.

Je m'adressais de "préférence à lord Falmouth , parce que , malgré sa réputation d'homme absolument blasé, et son dédaigneux et profond scepticisme de tout et de tous, il était le seul, parmi les gens de ma connaissance, à qui je pusse faire cette confidence délicate, .l'avais d'ailleurs quelquefois remarqué chez lui , sans doute en raison de ce vulgaire axiome que les extrêmes se touchent y une grande propension, non pas à éprouver, mais du moins à contempler, si cela se peut dire, des émotions jeunes, naïves et heureuses.

Il était assez difficile de pénétrer cliez lui avant quatre heures du soir, heure liabiluelle de son lever; pourtant je fus introduit.

a Va d'où sortez-vous? — me dit-il; — de- ])uis huit jours on ne vous voit plus nulle part. Je sais bien (pie madame dePënàfiel est partie, mais vous iTèles pas un liomme inconsolable;

(i'aulanl plus qu'un départ osl loujours flalleur quand on roslp...

— J'avais tivs-sérieuscment à vous parler, — lui dis-je craignant que, si la conversation prenait ce ton de légèreté, l'interprétation du service que j'avais à lui demander ne s'en ressentit.

— Et qu'est-ce donc? — me dit-il.

• — En deux mots, voici ce dont il s'agit : un jeune peintre, étranger, et d'un très-grand talent, mais jusqu'ici absolument inconnu, a épousé ma cousme germaine , une sœur pour moi, avec laquelle j'ai été élevé, c'est vous dire que je la vénère autant que je l'aime. Ln malheureux procès contre ma tante, procès que, pendant un voyage, j'ai pour ainsi dire intenté et gagné malgré moi, par l'abus d'une procuration , dont mes gens d'affaires se sont servis sans me prévenir, a jeté beaucoup de froideur entre ma cousine et moi, du moins de sa part, car, ne sachant pas la vérité, elle a trouvé ma conduite d'une honteuse cupidité. Le gain de ce procès est de peu pour moi; mais il serait d'un grand secours à ma cousine et à son mari, qui, je vous l'avoue, sont pauvres; d'un autre côté ne nous voyant plus, et connaissant l'ombrageuse fierté de cette jeune femme , il me

serait absolumeiU inipossiblo do lui restituer ce que j'ai gagné malgré moi. J'ai donc pensé à un moyen qui concilierait tout, si vous aviez r extrême obligeance de venir à mon aide. Ce jeune peintre a exposé un tableau et deux aquarelles qui révèlent un grand et inconleslable talent; mais son nom est encore obscur. Je désirerais donc que vous achetassiez ces ouvrages comme pour vous, cl de plus, que vous lui commandassiez, sous le même préle\(e, une suite de grands dessins sur diflerenls sujets de Shakspeare, de Goethe, Schiller et Scott, jusqu'à la concurrence de 50,000 fr. C'est, vous le voyez, une manière indirecte, non pas de rendre l'argent que m'a fait gagner ce maudit procès, je ne le puis malheureusement pas, mais au moins d'être utile à ma cousine et à son mari , que de plus heureuses circonstances et un travail assuré peuvent placer bientôt à la hauteur qu'il mérite...

Selon son caractère impassible, lord Falmouth ne me témoigna pas la moindre sur- |)rise, ne me fit pas la moindre objection ; mais, avec la plus aimable obligeance, me promit de faire ce que je lui demandais, et nous convînmes d'aller le lendemain au Musée voiries œuvres de Frank.

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