D II A N VA N TA R I
naquit au milieu des flammes qui brûlaient sa mère, ce qui rappelle la naissance d’Agni et de Soma. Ce sont ces alliances mythologiques qui expliquent les attributions médicales de plusieurs personnages de la mythologie grecque.
A côté d’Agni et de Soma, citons les deu \ Açvins (les deux cavaliers), personnages dont la légende mythique reste encore bien obscure, malgré l’ingénieux rapprochement qui leur assimile les Dioscures de la mythologie grecque. On les regarde comme la personnification de certains phénomènes du matin; ils sont les tils du soleil; sur un char magnifique, ils font chaque jour le tour du monde, leur fouet est couvert de perles de rosée. Ils ont révélé aux dieux la cachette où se trouvait le soma céleste. Ils sont dans le Véda l’objet de nombreux hymnes, où l’on célèbre avec leur puissance, leur caractère bienveillant, leur science profonde et particulièrement leur science médicale. « Vous connaissez la médecine, leur dit-on, et les vertus des plantes, c’est vous qui portez la fécondité dans le sein des mères (Rig Véda, I, 155,5, 6). Vous nous donnez les remèdes célestes, les médicaments célestes, et ceux qui viennent des eaux » (id., I, 54, 6). Ce sont eux aussi qui président à la génération. « Vous portez la fécondité dans le sein des mères » [id., I, 157, 5). Dans un autre hymne, ils sont invoqués pour procurer des couches heureuses et pour assurer la fécondation.
A l’époque védique, les Açvins sont à proprement parler les médecins des dieux, et cette qualité se conserva dans les souvenirs religieux des Indous. Ils sont invoqués au début du grand traité médical de Suçrula, V Ayurvéda, qui commence ainsi : « Honneur à Brahma, à Pradjapati, aux deux Açvins, à Indra, à Dhanvantari, à Suçruta et aux autres. » Néanmoins, à cette époque, la qualité de médecin des dieux appartient à Dhanvantari.
Un autre personnage dont la légende se lie également aux choses de la vie et de la santé est Tvashtri, le façonneur, sorte de Vulcain habile en divers arts, lorsqu’il a subi la transformation anthropomorphique, et qui au fond est un agni céleste. 11 joue dans le Rig Véda, où il est question de lui environ soixante fois, un certain rôle. Dieu créateur et ouvrier actif, il est souvent redouté; son caractère n’est pas empreint d’une constante bienveillance. Il est surtout renommé pour avoir fabriqué la foudre d’Indra et la coupe du sacrifice; sa fonction toute spéciale est de former le fœtus dans la matrice. « Tvashtri, est-il dit (l, 188,9), habile à créer les formes, façonne tous les animaux. Qu’il nous accorde l’accroissement de nos troupeaux ! »
La légende de Rudra renferme un plus grand nombre d’éléments médicaux. C’est un dieu essentiellement védique; plus tard sa légende se fondra dans celle de Çiva, l'un des personnages de la fameuse trinité indoue. 11 ne s’élève jamais au rang de dieu souverain; c’est plutôt une divinité populaire; son caractère bienveillant éclate dans tout le Rig Véda, mais il disparaît dans les écrits postérieurs. C’est le patron des gens de métier et celui des gens de guerre; il est mêlé à tous les incidents de la vie journalière. C’est un archer adroit, en même temps qu’un habile médecin. Dieu guérisseur, comme Soma, il possède comme lui les remèdes puissants. C’est un médecin divin, « le plus médecin des médecins », dit un hymne. « On lui demande les remèdes ; il en est le maître, il les porte dans samain. On le prie d’être favorable aux bipèdes et aux quadrupèdes, pour que tout, dans le village, soit gras et exempt de maladies. Puissé-je, dit l’auteur du vers II, 32,2, par les remèdes très-bienfaisants que tu donnes, ô Budra, atteindre cent hivers! Eloigne de nous la haine, l’angoisse; disperse au loin les maladies » (Bergaigne, Les dieux souverains de la religion védique. Paris, 1877, in-8°, p. 52).
DHANVANTARI.
Cette double qualité d’archer et de médecin rappelle immédiatement le centaure Chiron ; mais, nous nous en rapprocherons bien plus avec les Gandharvus dont la légende se lie si étroitement avec celle de Dhanvantari, le véritable médecin divin, celui qui conserva ce titre dans les temps post-védiques. Dhanvantari n’est pas nominativement désigné dans le Ri g Véda; on peut même dire qu’il n’appartient pas personnellement à ce recueil. Mais son histoire mythique se mêle à celle de ces Gandharvas, personnages étrange®, sur lesquels il reste beaucoup à apprendre, et qui appartiennent plus spécialement à la mythologie des temps post-védiques. Dans le Rig Véda , il est souvent question du Gandharva comme du gardien du soma. Lorsqu’il s’agit de la troupe des Gandharvas, ils gardent le même caractère; le soma qu’ils conservent avec un soin jaloux est le soma céleste, l'amrità (grec, àp-êpoo-to; , ambroisie, breuvage des dieux), dont ils défendent l’approche à l’aide de l’arc et des flèches.
Dans son travail célèbre sur le mythe du feu et du breuvage céleste, qui a été vulgarisé en France par l’étude savante qu’en a faite M. Baudry dans la Revue germanique [voy. t. XIV et XV), Kuhn a parfaitement établi l’identité de nom et de personnages, qui relie les Centaures et les Gandharvas. Ce rapprochement a été contesté dans ces derniers temps ; mais la théorie de Kuhn a survécu à ces attaques {voy. Fick, Die Spracheinheit der Indogermanen, p. 153).
Kuhn a démontré également que l’amrita, c’est-à-dire l’ambroisie; n’est autre chose que le principe de vie contenu dans les eaux célestes, nées des frictions des aranis, comme le soma, de sorte que les Gandharvas (les chevaux-nuages, comme on les nomme encore souvent), sont les gardiens d’un trésor inestimable, la liqueur qui rend les dieux tout à fait immortels.
Dhanvantari, dont le nom, qui signifie armé de l'arc, le rapproche singulièrement des gandharvas et des centaures, et qui correspond dans la mythologie indoue au centaure Chiron, joue un rôle important dans la découverte et la production de l’amrita, ou soma des dieux. Les légendes insérées dans les grands poèmes épiques (Râmàyana et Mahâbhârata), ainsi que dans plusieurs Purânas, racontent que les dieux, ayant voulu entrer en possession de l’amrila, firent le barattement de l’Océan, en prenant pour batte le mont Mandara. L’opération fut gigantesque et suivie d’un plein succès. A la fin de l’opération, au milieu du plus grand trouble de la nature, on vit sortir de l’onde, après divers personnages mythiques, Dhanvantari, tenant dans ses mains un vase blanc qui contenait l’amrita. Plus tard, les Gandharvas, passés à l’état de musiciens célestes, seront tout à fait détachés de leurs légendes primitives, mais le sage Dhanvantari reste le médecin des dieux. Ailleurs, nous voyons son nom reparaître dans un distique fameux où sont énumérés les grands personnages appartenant à la cour de Vikrama. S’agit-il là du même personnage, de celui qui sera le maître de Suçruta? 11 semble qu’il n’en peut guère être autrement. Dhanvantari d’ailleurs est aussi, dans le code de Mauu, indiqué comme médecin mythique des dieux. D’autres légendes couraient sur son compte. Dans la Bhagvata purâna, il est donné comme la douzième incarnation de Krishna.
A partir de ce moment, on perd de vue Dhanvantari jusqu’au moment où il reparaît à Benarès, comme l’inspirateur de V Ayurvéda, attribué à Suçruta, dont le livre ne fait que reproduire les leçons du maître.
Nous avons raconté le fait au commencement de ce travail ; le début du livre mérite d etre cité textuellement : « Nous allons faire connaître la révélation de