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VERS LA COTE DE BEAUPRE

. Mort ou vivant, dit-on,

A Sainte- Anne une fois doit aller tout Breton.

et hémistiche et ce vers sont de Brizeux, l’immortel chantre des landes et des pardons de Bretagne. Ils me trottaient en tête, l’antre jour (22 juillet), alors qu’acciclentellement et .grâce à une bienveillance dont je n’eus qu’à me louer, je descendais le Richelieu, à bord du Cultivateur, au milieu de quelque cinq cents pèlerins, venus des paroisses avoisinant le cours de cette si jolie rivière Chambly, en route vers la côte de Beaupré.

A chaque quai, à Saint- Antoine et à Saint-Denis, à Saint-Ours et à Saint-Roch, le Cultivateur accostait avec plus ou moins de grâce et d’aplomb; un nouveau groupe de pieux voyageurs montaient nous rejoindre, un ou deux prêtres s’ajoutaient au contingent clérical, la vapeur sifflait stridente, la cloche du bord jetait une note aux échos... nous allions toujours vers Sorel. Là, tout ce monde s’embarquerait sur le Trois-Rivières, et bon voyage à Saint- Anne de Beaupré!. . .

A Sainte- Anne une fois doit aller tout Breton.

Pour moi, je n’allais pas jusque-là. De Sorel je rentrais à Montréal où un grand deuil m’attendait. Cette nuit-là même, la mort frappait chez nous. Une aïeule vénérée partait pour le grand pèlerinage d’où l’on ne revient pas.

Mais je m’unissais de tout cœur à ces braves Canadiens de la rivière Chambly. A voir, en effet, le rayon de foi, adouci et joyeux, qui illuminait leurs figures, si franches et si ouvertes, on sentait monter à son cœur la pensée de se recommander avec instance aux prières de chacun.

La fin du jour était brillante de lumière et belle à ravir. L’air était pur et tout embaumé des parfums de fenaison que nous charriait la brise. Le Richelieu, doucement agité, clapotait gaiement et ses eaux paraissaient toutes caressantes de murmures et de chatoiements. . . Un temps fait exprès pour se croire heureux!

Cependant, à deux pas de l’endroit où nous nous trouvions, plusieurs prêtres et moi, sur l’avant du bateau, un marmot pleurait à pleine poitrine. Sa mère eut beau le dorloter, il cria. . . jusqu’à Sorel et peut-être plus loin encore! L’on nous dira maintenant qu’à cet âge on est heureux!

Heureux? Qui donc le fut jamais ici-bas? Pourquoi tous les chrétiens sentent-ils vivement, à certaines heures, le besoin de prier? Pourquoi ces mille et une contrariétés qui viennent troubler la quiétude d’un voyage aussi bien que celle de la vie? Pourquoi? Ah, pourquoi! C’est que le plus beau ciel a ses nuages. C’est que le bonheur n’habite pas sur nos rives (pas même sur celtes du

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