SUR LES RUINES D’UN VIEUX CEOCHER
Il avait vu, de là-haut, bien des fois,
La foule entrer dedans la vieille église !
Nombre de fronts devant sa haute croix S’étaient courbés comme un blé sous la brise !
Moins fortuné que son voisin jumeau,
Il n’eut jamais de cloche en sa tourelle ;
Mais le chrétien et de même l’oiseau Portaient vers lui, qui son œil, qui son aile.
On l’aimait bien ! L’oiseau, lui, pour son nid, Et le chrétien pour sa leçon pieuse ;
Pour l’un c’était un asile, un abri,
Pour l’autre un doigt montrant la vie heureuse.
Six fois vingt ans, ce témoin d'autrefois Avait tenu contre tous le3 orages.
Hélas !... du temps ce sont les tristes lois,
Ce sont les coups et ce sont les outrages.
“ Il est tombé le vieux clocher jauni “ Dans un amas de poutres, en poussière.
“ Il a vécu ! Maintenant, c’est fini,
“ Ses noirs débris sont là, gisant par terre. . . .
Et s’il fallait à présent une dédicace à cette fantaisie littéraire, je l’adresserais aux jeunes qui me liront, et je leur dirais:
A vous, amis qu’attendent de beaux jours,
J’offre ces vers qui parlent de ruine.
Souvenez-vous du vieux clocher toujours,
Tout, comme lui, croule, tombe et s’abîme. (-)
Sherbrooke, août 1902. (Semaine Religieuse.)
(1) “Ruine” et “s’abîme" 11e riment guère ensemble, mais les idées que ces deux mots appellent s’accordent si bien que j’ose me permettre cette licence que Boileau peut-être n’eût pas admise.