‹ Articles et étudesChapitre 23 sur 45 · NOS MORTS S’EN VONT VITE · texte numérisé non relu

NOS MORTS S’EN VONT VITE

tain, de me donner le plaisir de juger de leur yaleur. . . sucrée: car il les faudrait désunir! Voyez, je les ai depuis Pâques et voici l’Ascension. Le chocolat et le sucre vont durcir! Qu’importe! éllles sont si jolies, si douces à voir! La fidélité à ses amis est chose si rare et elles me paraissent si bien s’aimer:

Nos douces coloinbelles Qu’unit une “faveur”,

Comme deux sœurs jumelles,

S’aiment de tout leur cœur !...

S’aimeront-elles longtemps ainsi? Resterontelles longtemps unies? Je l’ai dit: elles doivent être mangées! Quand sera-ce? Tout dépend d’un caprice de ma volonté. Elles sont sous ma dépendance, à leur façon elles sont mortelles. Je veux dire, elles sont périssables! Un caprice les a fait naître, un caprice les a unies. . . un caprice aussi les peut désunir, un caprice aussi les peut anéantir!

Et vraiment tout cela n’est-il pas bien un peu une image de nos vies inconstantes? Qu’y a-t-il donc de complètement stable ici-bas? Allez au cimetière en ce temps d’enterrements. Comptez les cercueils qui passent du charnier vers ta fosse. . . et comptez les amis qui suivent! Des cercueils, beaucoup! Des amis, peu ou point!

Pourtant j’ai foi en l’amitié, j’ai foi en l’affection! Mais, pour qu’elles soient nobles et grandes, il leur faut un autre horizon que celui qui nous borne, il leur faut une autre fin que celle qui s’ar-

rête à clés aimées périssables, il leur faut un autre but qu’un cercueil et qu’une tombe! En haut les yeux! En haut les cœurs! Au ciel! Au ciel! Là, voyez-vous, les affections sont durables parce qu’elles sont immortelles!

Montréal, mai 1900. ( Semaine Religieuse.)

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