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NOTRE LANGUE

’ox se prépare un peu partout, mais surtout dans nos villes, à la célébration de la fête nationale, la Saint- Jean-Baptiste. Les

journaux de Montréal nous apprennent que des citoyens de la grande métropole commerciale (et l'on cite des noms d’hommes influents, habitués à diriger l’opinion) proposent de renoncer, cette année, aux longues processions avec chars allégoriques. Voilà, si je ne me trompe, qui va faire pousser plus d’un soupir de soulagement.

De temps à autre une grande procession, une cavalcade historique, c’était joli. Mais ces répétitions interminables des mêmes courses, par les

mêmes rues, dans la même poussière, avec les mêmes chars ou d’autres plus extravagants. . . c’était quasi assommant, quoi!

A la bonne heure: une belle messe à la cathé¬

drale ou à Notre-Dame, puis dans l’après-midi — avec du soleil au programme, mais pas trop! — une grande assemblée sur le versant du Mont- Royal! Et là, des orateurs, aimés du peuple, chantant aux échos, par-dessus les dômes et les clochetons, dans toutes les gammes d’une chaude éloquence, les gloires du passé et les espérances

d’avenir de la'race canadienne-française. . . Bravo! Voilà qui sera grandiose. Honni soit qui mal y pense!

Seulement, des discours, je sais des honnêtes gens qui opinent que nous en mourons un peu, que nous en faisons trop. . . que. . . mais, ce sont eeux qui ne sont pas invités à discourir qui parlent ainsi.

Mettons qu’ils n’ont pas tout à fait tort, et proposons (pourquoi pas? chacun y va de sa petite proposition par le temps qui court), proposons, dis-je, une étude patriotique à l’occasion de la fête nationale! Conseillons à tous, par exemple, aux vieux et aux jeunes, avant tout aux jeunes, d’étudier notre langue.

Je parie que quelqu’un va se demander si je rêve? Mais notre langue, nous la parlons, nous la connaissons, nous la conservons, nous la défendons!^ Notre langue! mais c’est un bien national, c est sacré! Gare à qui la touche! souvenez-vous de Papineau, de LaFontaine, de Cartier, de Mercier, de Chapleau ... !

Oui! oui! sans doute! mais savez-vous comment il s’est fait que nous ayons conservé notre langue? Est-ce bien la langue française que nous parlons? Il y en a qui disent que nos bons vieux habitants, les pères de nos députés et de nos juges, ne parlent que le canayen, un vulgaire patois. D’autres soutiennent, ou à peu près, que nous parlons un français plus pur que celui de Corneille et de Bossuet. Qu’en pensez-vous?

Nos vieux mots, nos archaïsmes sont-ils à conserver, ou bien faut-il en rire? Nos anglicismes sont-ce des mythes, sont-ils réels et à corriger? Et d’abord en faisons-nous?

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