NOTRE TANGUE
ut aussi aux grandes personnes, aux liommes instruits, aux prêtres, aux députés, voire même aux ministres ... !
Ceux qui sont plus instruits ajouteraient peutêtre des correctifs? Libre à eux, moi, je n’en connais pas. Mais toujours ils auraient là, sous la main, des documents nationaux, étonnamment instructifs; et, vous savez, on apprend toujours quelque chose, même alors qu’on étudie ce qu’on savait déjà ou ce qu'on croyait savoii.
Je connais un prêtre canadien à qui il arriva un jour, à l’école des Carmes à Paris, par suite de circonstances particulières, d’être à l’honneur, au premier de l’an, de présenter les vœux de la communauté du séminaire de l’Institut Catholique au regretté recteur, Mgr d’Hulst. L’abbé, quelque peu intimidé de parler au nom de ses distingués confrères — des Français de France — s’excusa en terminant sa harangue de n’avoir pas pour s’exprimer la faconde parisienne...
“ La faconde parisienne? lui répliqua Monseiu gneur le recteur, mais laissez-moi vous dire, “ monsieur l’abbé, que vous avez mieux que la fau conde parisienne, vous avez l’accent et le parler « français! Ce vieux parler de France, avec la foi “ au Christ Jésus, c’est l’honneur de votre cher “ pays de l’avoir conservé mieux peut-être qu’on «ne sait maintenant le faire en France...” et Mgr d’Hulst continua en indiquant à ses auditeurs français les devoirs qui les attendaient dans la vie active, et en leur proposant l’exemple des Canadiens, restés de cœur fils de l’Eglise et de la France, par la foi et par la langue!
Quand, les jours suivants, ses confrères fran-
çais, moins au courant que Monseigneur le recteur, demandaient à l’abbé canadien comment il s’était fait que dans son pays on parlât encore le bon français du grand siècle, l’abbé sentait bien qu’il y avait des réserves à faire et d’honorables vérités à proclamer, il tâchait â s’expliquer de son mieux. . . Mais s’il avait eu en tête le magnifique exposé qu’à donné du sujet, l’autre mois, la conférence de l’Union Catholique!
Ah! oui, c’est faire une œuvre nationale que d’apprendre ou de réapprendre pourquoi et comment nous parlons français! Ce que l’on peut en faire ensuite des discours patriotiques solides! au pied du Mont-Royal ou là-bas devant la citadelle !...
Et, pour finir par où j’ai commencé, ce que cela en vaudrait des processions et des chars allégoriques !
Sherbrooke, mai 1901. ( Semaine Religieuse.)
UN TEMOIN DU PASSE