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ARTICLE ÉCRIT POUR LA NOUVELLE FRANCE DE QUÉBEC

nES choses de France nous tiennent toujours au cœur. Mgr d’Hulst, s’adressant un jour à un jeune prêtre canadien que les circonstances avaient amené à porter la parole devant lui, au nom des étudiants du séminaire de l’Institut Catholique de Paris, s’exprimait à peu près en ces ternies:

“ C’est l’honneur de votre race d’avoir su rester 4i fidèle. Peut-être même l’êtes-vous plus que “ nous, et c’est chez vous qu’il nous conviendrait d’aller chercher des exemples. Les vieux souu venirs et la foi d’antan gardent sur les bords “ de votre Saint-Laurent, une fraîcheur et une “ saveur que nous sommes sur le point d’oublier “ aux rives de la Seine.” (1)

En tout cela il fallait, sans doute, faire la part de la bienveillance dont le regretté Recteur était coutumier; mais il reste vrai que notre fidélité aux choses de France fait l’admiration de tous ceux qui, comme lui, ont appris à nous connaître.

(1) C’est le même fait dont il était question dans l’article précédent. Les deux articles avaient été écrits pour des revues différentes.

C’est là d’ailleurs, après la pureté de nos mœurs et la vitalité de notre sang, le secret de notre force dans la marche en avant.

Voilà pourquoi, me isemble-t-il, tous les lieux et tous les monuments qui parlent, en notre pays,, des vieux souvenirs méritent de fixer notre attention.

A Sherbrooke, ces témoins du passé ne sont pas nombreux. J’en voudrais tout de même signaler un.

La reine des Cantons de l’Est, — ainsi que s’appelle poétiquement notre jolie cité, — est encore relativement jeune. Notre région ne fut ouverte à la colonisation qu’en 1792, et la plus ancienne carte de Sherbrooke que nous connaissions porte la date de 1834 (1). Vers 1850, notre ville comptait environ trois mille âmes, dont cinq cents canadiennes-françaises. Aujourd’hui, après cinquante ans, les nôtres se sont multipliés par quatorze; de cinq cents ils sont devenus sept mille. Dans le même temps, nos compatriotes angdais et irlandais sont arrivés au chiffre de quatre mille et au delà. La population est donc un peu supérieure à onze mille. C’est un joli chiffre pour une jeune ville.

Or, les jeunes villes, de même que les peuples heureux, n’ont pas d’histoire; car les questions qui nous touchent de trop près ne sont pas mûres pour la moisson historique.

(1) Cette carte «le notre ville a été relevée sur un vieux plan par M. l’abbé J. -H. Roy, ex-supérieur du Séminaire. Elle est conservée an Séminaire.

UN TÉMOIN DU PASSÉ

Cependant, les habitants de Sherbrooke ont, eux aussi, bien que plusieurs rignorent, dans les limites mêmes de leur ville, un témoin du passé qui mérite mieux qu’un regard indifférent, j’ai nommé le rocher au pin.

Fixé en plein dans les eaux du Saint-François, un peu au-dessous du confluent que forment dans la susdite rivière les eaux du Magog, ce rocher bizarre m’a tout l’air d’un vieux grognard qui au beau milieu des civils, — vulgaires pékins! — représenterait la vie des camps. Alors que les rives et les collines d’alentour s’ ornementent et se parent de jour en jour, il conserve, lui, sa rocailleuse sauvagerie. J’ai déjà dit quelque part (1) qu’il semble monter la garde devant nous au nom des siècles passés! Au temps des luttes héroïques, de ces luttes dont notre histoire garde la fière souvenance, l’embouchure du Magog dans le Saint- François était connue, par les guerriers et les voyageurs, sous le nom de “ Grand Portage ”. C’était sans doute à cause des nombreux rapides que le Magog devait et doit encore descendre pour s’unir au Saint-François.

C’est tout près du “ Grand Portage ” de jadis que notre témoin du passé continue de tenir ferme.

Dès 1815, dans sa “ Description topographique de la province du Bas-Canada,” Bouchette parle de “ ce rocher élevé et très singulier ” et il note que “ sur son sommet est un pin solitaire. . . qui offre à la fois un spectacle extraordinaire et unique.”

(1) Voir page 228.

Encore de nos jours, c’est un spectacle extraordinaire et unique en effet, que celui que présente cet arbre apparemment desséché, dont la vitalité ne s’affirme que par quelques rameaux d’un vert douteux. Comment a-t-il pu pousser là? Comment peut-il s’approvisionner de sève, alors que sa souchie est assise à plat sur une surface dénudée et que ses maigres racines ont si loin pour se rendre, de crevasse en crevasse, jusqu’au lit de 1a. rivière? On lui coupait une branche, l’autre année, et on l’envoyait à l’Université de Québec pour lui faire dire son âge. La science affirma que ce pin rabougri est au moins deux fois centenaire ÎComment a-t-il vécu si longtemps, le pauvre? Ma foi, je n’en sais rien ni ne m’en préoccupe beaucoup pour le moment; je veux dire simplement comment et pourquoi ce rocher et. son pin méritent l’attention et sont dignes d’égard.

Un peu partout, hélas! nos forêts canadiennes sont dévastées. L’industrie et le commerce ne font quartier à aucune. Les vétérans des bois, comme de simples mortels, sont frappés au cœur et ils meurent. Eux, si grands, si beaux, on en fait de la pulpe et du papier! O progrès, voilà de tes coups!

Le vieux pin de Bherbroke est trop malingre et trop chétif pour tenter les puissants industriels. Comme d’autres, il doit à sa faiblesse même de n’être pas attaqué, et, s’il vit pauvre et solitaire, il a au moins le plaisir de vivre.

Il est bi-centenaire, ai-je dit, par conséquent il vivait au temps des Français! Il y a plus, notre vénérable solitaire du rocher a vu un jour, — je parle par figure, bien entendu, — le drapeau aux

UN TÉMOIN DU PASSÉ

Heurs de lis claquer à la brise. En 1690, François Hertel, venu des Trois-Rivières, remontait le Saint-François avec cinquante-deux hommes, sous les armes et sous les couleurs de France, il allait porter la guerre au pays de la Nouvelle-York. L’abbé Maurault, dans son “ Histoire des Abénaquis ” (à la p. 199), a noté ce fait. Or, le drapeau blanc alors, c’était la France. La France a donc passé ici! “ Debout, citoyens, c’est la France qui passe! Vive la France!”

Tout a changé depuis. Sherbrooke, coquette et hère, justement orgueilleuse de sa riche nature et de son site élégant, de ses rivières bondissantes et de ses ravins pittoresques, de ses collines en pente gracieuse et de ses monticules superbes, Sherbrooke, dans sa joie de vivre, se souvient-elle assez? Je me le demande! Quand, les nuits de fête, les citoyens de Sherbrooke voient le séminaire Saint-Charles-Borromée allumer tout en haut, dans le ciel, les soixante-quinze poires électriques de sa croix gigantesque, pensent-ils à ce vieux drapeau blanc, à l’ombre duquel la eroix du Christ prenait racine en notre pays, il y a bientôt trois cents ans?

Je voudrais, moi, que toutes les mères canadiennes-françaises de Sherbrooke et tous les instituteurs patriotes aillent une fois au moins promener leurs enfants près des bords du Saint-François, en face du rocher au pin, pour leur parler du drapeau aux fleurs de lis et de la France d’autrefois. Car, ces choses-là, ça réchauffe le sang, ça fait vivre et ça donne de la fierté nationale.

Que si le point d’histoire vous paraît bien maigre et qu’il faille une légende pour poétiser la leçon à donner, je m’en vais vous la fournir.

Deux ans après le passage de Hertel, d’autres soldats alliés de la France passaient ici. Presque au lendemain du massacre de Lacliine, les Abénaquis, à la recherche des Iroquois, arrivaient au Grand Portage, par le Saint-François. Les farouches alliés des Anglais étaient venus, eux, par le Magog. Une rencontre eut lieu, c’est dire une bataille. Mais, détail curieux et qui rappelle le classique fait d’armes des Horaces et des Curiaces, à en croire une tradition qui se conserve parmi les vieux Abénaquis de Saint-François et dont il est fait mention dans le Rapport du département des Sauvages, à Ottawa, pour l’année 1885 (p. 28), la lutte ne se fit qu’entre deux guerriers.

“ On convint de part et d’autre de s’en rapporter à un combat singulier. Il fut arrêté qu’un guerrier de chaque nation devrait courir autour du rocher au pin, jusqu’à épuisement. Le vainqueur à la course aurait droit de tuer son adversaire et cela déciderait de la victoire entre les deux armées. Ce fut l’ Abénaquis qui l’emporta et qui eut l’honneur de massacrer l’Iroquois.” (1)

Il est facile, aux eaux basses, de voir encore les traces de l’îlot qui surgissait alors autour du rocher au pin et qui est maintenant disparu sous l’onde.

Si je ne me trompe, cette victoire de l’ami des Français serait digne d’être chantée par quelquesuns de nos jeunes littérateurs canadiens. Quel décor grandiose la nature inculte et sauvage ne

(1) Bulletin des Recherches historiques. Article de M. J.-A. Chieovne député de Wolfe. 3

UN TÉMOIN DU PASSÉ

devait-elle pas faire à -cette course épique! Quelles scènes à décrire à propos de l’attente des Abénaquis et des Iroquois, pendant le combat singulier! Quels cris à pousser au moment où le vainqueur élève triomphalement le scalpe sanglant de son ennemi, aux yeux de tous! Un vrai sujet d’épopée!

Qui nous donnera un Homère ou un Virgile, ou même un autre Crémazie?

Comme toutes les légendes, celle du “ rocher au pin ” est bien quelque peu ennuagée de vague. Il me paraît difficile d’admettre ce combat singulier, étant donné le caractère belliqueux des Peaux-Rouges!

Toujours est-il que ce mystérieux donne du charme et de la poésie à notre rocher, et, je le crois, une leçon d’histoire apprise en vue de ce pin solitaire, comme une autre étudiée sous l’arbre du Tasse, au Janicule, à Rome, serait de celles qui ne s’oublient pas.

L’Abénaquis se battait pour la France et il fut vainqueur! C’est une leçon, cela. D’où j’estime à bon droit qu’il est utile toujours d’interroger les témoins du passé.

Sherbrooke, juin 1902. (La Nouvelle- France , Québecj

NOS REVUES NATIONALES

tention ni la prétention de faire nn dénombrement des Revues qui vivent ou qui périclitent, non plus que de celles qui ont vécu et qui sont mortes, sur les bords de notre Saint-Laurent. Non pas!

Mais voici: on nous, annonce une grande revue , théologique, philosophique, 'scientifique, historique, artistique et... littéraire. Elle verra le jour en janvier prochain, là-bas, au pied du cap Diamant, dans ce vieux Québec, que ses parures modernes enjolivent sans doute, mais dont la grande beauté sera toujours son incomparable site et ses riches souvenirs; elle aura pour parrains des hommes distingués, prêtres et laïques, savants et renommés, catholiques et français; elle s’appellera d’un beau nom tout plein de parfums historiques et sûrement sympathique à notre race: La Nouvelle-France. Tout cela ce devrait être une promesse de succès et de vie? Et m’en allant, causant de groupe en groupe, j’entends les pronostics les plus divers. Je mentirais si je disais qu’ils sont tous rassurants.

Je me demande s’il ne l’est pas un peu trop; car je n’ai ni l’in-

E titre est bien général.

Rentré chez moi, je vois sur ma table d’étude nombre de revues françaises, belges, italiennes, canadiennes, parmi lesquelles la Revue Canadienne, de Montréal. Celle-ci me paraît digne de ses compagnes. Sa toilette est fort convenable et sa parole est agréable et facile. Pour notre pays, son âge est vénérable assurément; elle n’a pas moins de trente-six ans révolus. Durant cette période de tantôt huit lustres, ses pages ont connu et fait connaître presque toutes nos meilleures plumes. Actuellement encore elle s’honore de la prose des Ohapais et des Tardivel, des Lindsay et des Gagnon, des Laure Conan et des Lagacé, des Burque, des Prud’homme et des Laflamme. . . Elle est d’ailleurs ouverte aux hommes de bonne volonté.

Or, est-elle encouragée? Trouve-t-elle à l’aise des lecteurs et des abonnés? Hélas, non! L’avenir lui sera-t-il plus souriant? Il est permis de l’espérer, mais pour elle, aussi bien que pour la future Nouvelle-France, le point d’interrogation reste bel et bien posé. •

A quoi cela tient-il? Pourquoi nos revues nationales ont-elles tant de difficulté à vivre? Sont-elles trop exigeantes? Ce n’est certainement pas en ce qu’elleis visent à servir des rentes à leurs collaborateurs. Au contraire, à mon sens, c’est un des points faibles de leur administration. Si les u directions ” pouvaient rémunérer mieux les “ travailleurs,” même d’une façon modique, la collaboration serait plus active et variée, et ça vaudrait mieux. Mais avec des abonnements à $2.00 et à $1.00, et en nombre restreint encore, les rentes prendront du temps à venir.

NOS REVUES NATIONALES

Ce qu’il faudrait avant tout ce serait augmenter le nombre des abonnés. Et pourquoi sont-ils si rares les abonnés de nos revues nationales?

Nous allons présenter un modeste “ parce que ” à cet important “ pourquoi,” espérant que nos réflexions suggéreront quelque part des résolutions pratiques; car nous sommes convaincus que beaucoup, parmi nos compatriotes, n’encouragent pas nos revues parce qu’ils n’y réfléchissent pas.

De nos jours on lit beaucoup, dans notre pays comme ailleurs, et, il faut l’avouer, lire beaucoup ça ne veut pas dire lire bien. A cela, je le sais, il y a des excuses et des circonstances atténuantes. Le siècle qui vient de finir, on l’a dit et redit sur tous les tons, fut le siècle de la vapeur, de 1 ’electric et du vélo. Rien n’indique que le XXe soit moins rapide, tout au contraire!

Sur cette pauvre “ machine ronde ” — comme disait La Fontaine — on ne marche plus, mais on se presse, on court, on vole, qui en char, qui en bateau, qui en tram. . . . d’autres à pied. Tout se précipite et tout est précipité.

Il n’y a plus de distance. Ohaque matin, les quotidiens nous apportent les faits divers des cinq parties du monde, et, chaque soir, ils recommencent au risque de se répéter ou de se contredire. Il faut aller vite et vivement, se mettre dans le train, suivre le courant, la mode, la course. Il faut s’informer, c’est la grosse affaire!

Résultat: les gens informés sont légion, les liseurs ne se comptent plus et les vrais lecteurs sont rares !

Or, les liseurs ne s’occupent guère (les revues, et cela ,se comprend!

Et d’une!. . .

Mais au moins parmi les lecteurs? Ah ! quelquesuns sont si difficiles! Vous leur servez des pages fortenmt pensées, savamment documentées, laborieusement coordonnées, riches de faits et de réflexions? “ Ce qu’il est assommant ce bon monsieur, se diront-ils, il excelle à être ennuyeux!” Tel autre, qui sait sa plume alerte, lui laisse un peu “ la bride sur le cou ”... “ Mais, pensez donc, M. un tel, un savant, qui écrit ainsi légèrement! Ça ne convient pas...!” On pourrait répondre peut-être: “ Mais, mon ami, c’est justement parce que j’écris pour vous! ” A quoi bon! Qui jamais a pu contenter tout le monde. . . et son père?

Songe-t-on à ce qu’il en coûte de recherches et de patience pour appuyer un article, le mettre au point et le servir avec le condiment nécessaire?

Quelques lecteurs iront plus loin. A peine ontils compté les pages et parcouru quelques lignes qu’ils trouvent cela trop long. Que si sur un point donné l’opinion de l’écrivain ne leur agrée pas, ils froissent la page et ferment la revue, déjà ils ont condamné le tout. Cette manière d’agir est pourtant sophistique au premier chef. L’induction pèche ici par la base, car Vàb uno disee omnes est un procédé souvent trompeur.

Il y a plus grave encore. On juge parfois sans entendre, je veux dire, sans voir et sans lire. C’est telle revue religieuse par exemple! “ Ennuyeuse ”, déclare-t-on, tout catholique qu’on est, et on ne la lit pas. C’est tel auteur qui tient la plume? “ Homme de coterie,” (lit-on, et c’est tout!

NOS REVUES NATIONALES

Comment voulez-vous qu’avec de semblables habitudes on rende justice même à d’excellentes revues !

Et de deux!. . .

Un autre obstacle c’est la compétition des quotidiens. Les quotidiens? oh, je n’en veux rien dire qui soit désagréable. Que le journal à nouvelles soit un mal ou un bien, je n’ai ni mission ni qualité pour le décider. Je me contente de savoir qu’aujourd’hui tout le monde veut lire et lit son journal. C’est un fait.

Mais le quotidien ou les quotidiens suffisent-ils? Comment doit-on les lire? Quel crédit peut-on leur accorder? Rien de plus curieux ni de plus suggestif à ce sujet que la série d’articles que publiait récemment M. George Fonsegrives, dans la Quinzaine* de Paris, sous ce titre: “Comment lire les journaux?” Ce qu’il nous en montent des bateaux, à son avis, ce qu’ils nous en brodent des histoires, ces habiles rédacteurs et ces infatigables reporters! Selon l’angle où ils se placent le même fait s’enlumine de bien des façons! Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel y passent. Dame! c’est bien un peu leur droit et c’est aussi (plus souvent?) leur intérêt.

Au reste nous sommes tous leurs frères isous ce rapport et selon que nos lunettes sont bleues ou rouges... vous comprenez? Rien de plus semblable à un homme qu’un autre homme!

Cependant, Dieu merci, il y a encore des journalistes consciencieux et ils ont droit ceux-là à tous les égards. Mais l’homme qui pense doit-il se

livrer à eux sans défense, jê veux dire sans contrôle? Poser la question, c’est la résoudre.

Alors comment exercer votre contrôle? Par votre science acquise, sans doute, par votre jugement d’homme libre, et aussi, ce me semble, par la lecture des bonnes revues.

La revue mensuelle ou hebdomadaire a cet avantage très appréciable que ses rédacteurs sont moins pressés par le temps. Leurs copies ont le droit de sécher, d’être relues et. . . corrigées, avant de passer aux mains du prote et sous les rouleaux de la machine.

Lisez par exemple “à travers les faits et les œuvres,” que M. Thomas Chapais signe chaque mois dans la Revue Canadienne , et vous en saurez plus long sur les choses d’Europe et d’Afrique que ne vous en avait appris la lecture quotidienne des quotidiens!

Ce qui revient à dire que la revue complète joliment le quotidien; mais j’admets qu’elle le suppose en bien des cas. L’homme sérieux devrait donc avoir ses revues aussi bien que ses journaux. Le quotidien ne devrait pas nuire à la revue l

Et de trois !...

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\ ient la question de la revue nationale vs les revues étrangères. A Dieu ne plaise que je dise des inexactitudes! Les revues venues de France, d’Angleterre, d’Italie, de Belgique et des Etats-Unis sont certes intéressantes pour nous, et je sais bien que nos revues n’ont pas la prétention de les surpasser en science et en variété. Mais là, vrai, ne pourrions-nous pas etre plus patriotes? Des écrivains?

NOS REVUES NATIONALES

Des spécialistes? Nous en aurons chez nous — nous en avons déjà — le jour où nous nous déciderons à encourager nos gens d’un abonnement. . . payé!

Soyons patriotes et soyons-le pratiquement. Le cosmopolitisme est un fléau, par contre le patriotisme est une vertu sociale.

La presse est une force, la grande force de nos temps, mais la presse qui surtout nous fera du bien — ou du mal, hélas! — c’est notre presse! Il y a des questions qui nous intéressent tout spécialement et que nos jeunes générations ont besoin de connaître. Or, ce ne sont pas évidemment ceux qui ne nous connaissent pas qui traiteront ces questions-là. Encourageons donc les nôtres.

Pour cela, n’allons pas rêver qu’il faut que chacun de nous dirige la revue à laquelle il s’abonne, c’est impossible.

Gardons notre droit de penser, très bien! Mais que cela ne nous empêche pas de favoriser de notre sympathique appui ceux de nos publicistes qui donnent des garanties d’orthodoxie et de talent. C’est une œuvre et une grande œuvre!

Voyez, nous nous imposons des sacrifices coûteux pour pourvoir notre jeunesse d’une solide et chrétienne instruction, c’est magnifique! Mais nos gens instruits ont besoin de lecture et de saine lecture. Parachevons notre œuvre, pour Dieu et la. patrie! Encourageons nos revues chrétiennes et nationales. Allons-y d’un abonnement, c’est peu, mais ce sera contribuer à donner à notre race le pain intellectuel et l’aliment moral qui font les grandes nations. . .

Et de quatre!. . . Et c’est tout!

Sherbrooke, octobre 1901. (Semaine Religieuse.)

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