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LES LILAS SONT EN FLEURS

H’ était, paraît-il, la faute à la lune. Non con-

tente d’être passablement en retard, la lune

d’avril s’était en plus accordé la fantaisie d’être du matin. Et l’on m’a affirmé que cette température de novembre, triste et froide, dont la première quinzaine de mai nous a gratifiés, se devait mettre au crédit de cette malheureuse lune du matin.

Par bonheur, elle a cessé de faire des siennes, la reine de nos nuits. Un moment elle est entrée en lutte avec le roi du jour. Elle a poussé l’audace jusqu’à Yéclipser quelques heures, au moins partiellement, comme chacun, à Montréal, a pu le constater le 27 mai. Mais elle a dû bien vite courir ailleurs, et, le roi-soleil a eu facilement raison de ses réfrigérantes influences.

Et maintenant voilà qu’il chauffe ce bon soleil, que c’en est une bénédiction! Voilà qu’il chauffe à ce point que les mécontents de notre planète — il y en a toujours — parlent déjà de s’en plaindre.

La terre, elle, ne s’en plaint pas. Elle se laisse volontiers caresser par les chauds rayons, et elle se réjouit à sa façon, en se parant richement de verdure et de fleurs.

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En quinze jours la végétation a fait des prodiges. Cette fois, c’est bien le renouveau, c’est bien le printemps, presque déjà l’été. Les lilas sont en fleurs!

Les lilas sont en fleurs! Et nous autres, humains, qui, dans notre avidité de jouir, sommes un peu bien cruels, nous coupons des branches aux arbres, des branches où pendent des grappes de lilas, et, nous nous en faisons de gros bouquets, que nous mettons dans un vase rempli d’eau.

Et d’abord c’est une joie. Ils sentent si bon, ils embaument l’air si doucement, ils parfument nos appartements si délicatement. C’est une joie: les chères petites branches, toutes pleines de sève, malgré les blessures que leur a faites le sécateur, s’arrangent pour vivre l’espace de quelques matins; par les blessures même de leur tige, les mignonnes fleurs, nuancées de violet et de blanc, boivent la fraîcheur de l’eau; des corolles encore fermées s’entrouvrent et laissent s’échapper de tendres effluves. Et l’on renouvelle l’eau! C’est un charme et une joie! Car c’est le beau printemps! Les lilias sont en fleurs.

Qui n’aimerait, solitaire, dans une chambre d’étude, avoir près de lui, pour le réjouir et l’égayer, un beau bouquet de lilas? Cela vous repose et vous ranime. On se rappelle les années heureuses, les courses à travers les champs ou les ébats sur la pente des coteaux et des collines,

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là-bas, aux alentours du village natal. On se rappelle les loisirs de vacances et les stations paresseuses au bord des rivières et des ruisseaux rapides, dont on croit voir encore sauter, sur les blancs cailloux, les bouillons tout blancs. Oh! le charme du souvenir, comme il fait du bien parfois, comme il soutient, comme il console! Voir la verdure et les bourgeons naissants! Voir le printemps! Voir les lilas. . . lorsqu’ils sont en fleurs!

Hélas! Les joies humaines sont courtes.* Si dans notre hâte de jouir nous avons été un peu bien cruels , nous en sommes bientôt punis. Voyez les beaux lilas, ils souffrent de leurs blessures; ils penchent la tête, les fleurs violettes se fanent, les feuilles se rétrécissent et se cassent sur la tige, les parfums se changent en émanations douteuses. Changez l’eau tant que vous voudrez! Ces fleurs pour les avoir chez vous, à votre main, sous vos yeux, en beaux bouquets, il a fallu les blesser — je maintiens le mot — et elles sont blessées au cœur! Elles vont mourir! Puis, comme tout ce qui meurt, le bouquet sera triste, il sentira mauvais, il faudra le rejeter bien loin de soi. Pauvres lilas! Pauvres fleurs!

Ainsi s’en va la nature, nous donnant à chaque instant une leçon de choses que souvent nous ne méditons pas assez! Tout se fane et tout passe autour de nous! Et nous aussi, nous passons et

nous vieillissons! La vie n’est qu’un voyage et son printemps n’est qu’un jour! Encore si ce jour était bien pur et si ce voyage était bien beau! Pauvres voyageurs que nous sommes, les lilas de la vie se fanent vite et leurs plus belles fleurs aussi. Pauvres lilas! Pauvres fleurs!

Mais là-haut, nous chante la foi chrétienne, làhaut, au beau ciel de Jésus et de Marie, les plantes sont vivaces et les fleurs ne se fanent plus. Pour en jouir il n’est pas besoin de se servir du sécateur, il n’est pas besoin de les blesser. Les lilas là-haut sont toujours beaux et toujours leurs fleurs gardent leur parfum. Comme disait Musset:

Une immense espérance a traversé la terre.

Malgré nous vers le ciel il faut lever les yeux !

“ Malgré nous!” Pauvre poète, il n’eut qu’un tort, ce fut de lever les yeux là-haut, malgré lui! C’est bien pourquoi son voyage dans la vie fut plutôt triste.

Faisons mieux. Fortifions notre foi et affermissons en nos âmes ce qu’il appelait lui-même: “ F espoir en Dieu.”

La mer du monde a ses tempêtes et ses “ traîtrises ”, tout comme l’Océan que traversent actuellement nos pèlerins, partis récemment pour Paray-le-Monial ! Souhaitons-nous à nous-mêmes, pour la traversée de la vie, ce que, l’autre matin, un ami télégraphiait à Rimouski, 'à l’adresse de son frère, parti pour les vieux pays:

Puisse contre les “ traîtrise. i” rie l’onde Dieu vous protéger jusqu’à l’autre... monde.

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