UN INCIDENT DANS LA VIE D’UN MOINEAU
H’ était le matin, pendant la messe de sept heures. Occupé à réciter mon bréviaire, je ne suivais que de loin les cérémonies qu’accomplissait à l’autel un de mes confrères. A côté de moi, dans la jolie chapelle latérale dite de Notre-Dame de Lourdes, quelques rares bonnes vieilles, égrenant les Ave Maria, se levaient, s’agenouillaient, se relevaient, se signaient, s’asseyaient. A leurs mouvements je constatais plutôt distraitement à quelle partie de la messe nous en étions arrivés.
Vraiment, il est bon à l’âme ce calme de la prière dans la solitude relative d’une messe de semaine, là-bas, dans l’ombre d’une chapelle quasi solitaire! Hélas! Là comme ailleurs, les distractions viennent vite et elles viennent en foule. Ge n’est pas bien, j’en conviens volontiers. Mais qu’y faire? Que ceux qui sont sans péché à cet égard me jettent la première pierre!
Psiit Psiit!. . . Psiit! Psiit! Allons, qu’est-ee que cela? je prête l’oreille, j’écoute. . . et dans le murmure des paroles liturgiques qui viennent de
l’autel, dans le frottement des bancs remués, dans la confusion des “ toussements ” à demi comprimés, j’entends: Psiit! Psiit!. . . C’est un moineau qui piaille. Mais sa voix tremble, on dirait un cri d’angoisse: Psiit!
Où donc est-il? et par quelle aventure vient-il ■ce matin — une si belle matinée de juillet, toute chaude de soleil et toute embaumée de douces ■senteurs! — chanter ici, dans la maison de Dieu? “ Evidemment, pensai-je, il est égaré ce moineau Et l’autre criait toujours: Psiit! Psiit!
J’en aurai le cœur net, me suis-je dit. Et voilà qu’une heure plus tard j’étais de retour à l’église, où, seul maintenant le bruit de mes pas faisait écho aux cris effarés du pauvre moineau, qui, sans souci du respect dû à la maison de Dieu, piaillait toujours, là-haut, quelque part dans les galeries du jubé, ses gutturaux et stridents Psiit! Psiit !
Lentement, en évitant le plus possible de faire trop de bruit, je monte au jubé et marche vers le coin d’où partent les cris: Psiit! Psiit!... et je me dirige sans embarras... Psiit! Psiit!... et j’arrive à la fenêtre de la galerie, qui domine le chœur, du côté de l’évangile. . . Psiit! Psiit!. . . je l’aperçois, entre les deux châssis de la fenêtre, les yeux tout ronds et tout brillants, se buttant contre les vitres de rextérieur et faisant toujours: Psiit ! Psiit ! ! !
Je ferme sur lui le châssis de l’intérieur et le voilà plus que jamais prisonnier, plus que jamais battant des ailes, plus que jamais haletant...