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LA PREMIÈRE NEIGE

a neige! Comme elle est blanclie et belle la première neige de cette fin d’automne 1900!

Hier, quand elle commença de tomber, je croyais plutôt, malgré les pronostics des journaux, qu’elle serait bien vite réduite, la petite neige flasque et molle, à se changer en eau , comme disent les braves gens, et qu’elle ne nous donnerait qu’une douce nostalgie de nos hivers. . . passés !

Mais non, elle a tenu bon! Le ciel a continué de nous la donner de plus en plus solide et plus forte; et de son blanc manteau, comme d’un immense linceul, — nous sommes en novembre — elle a couvert les places, les rues, les arbres et les toits.

Ce matin, aux premières heures, toute cette blancheur, riante sous le ciel gris, paraissait endormie sur la terre encore silencieuse et donnait à la nature un reflet nouveau de lumière et de gaieté. Et au moment où j’écris, bien que la vie déjà circule à profusion dans les rues de la ville, la neige, tombant encore, donne à toute chose je ne sais quelle impression de calme, de repos et de joie!

Voici donc venir l’hiver!

L’hiver? Je sais qu’il est cruel souvent aux pauvres et aux souffreteux. Mais, je ne veux voir de lui, aujourd’hui, que ce qu’il a d’attrayant. Aux nouveaux venus il ne convient pas de dire des choses pénibles.

Nous en jouissons de notre hiver canadien sans en comprendre assez peut-être tous les charmes. Nous y sommes trop habitués. M’est avis que ceux qui connaissent d’autres hivers sont mieux disposés à rendre justice au nôtre. La faculté comparative est, en effet, dans la raison humaine une très utile puissance: elle amène souvent à voir clairement ce qui, sans elle, resterait enveloppé d’ombre et de demi-jour.

'C’est ainsi qu’ils comprennent mieux notre hiver et parlent plus justement de ses charmes ceux qui nous reviennent des vieux pays. De l’Italie, par exemple, au ciel si pur, et de ces collines de Nome sur le penchant desquelles on voit, en février, parmi les herbes usées et jaunies, pointer les pousses nouvelles, en vert tendre, ou encore, de cette terre du midi de la France, où les douces haleines des brises méditerranéennes remplacent les aquilons; de ces beaux pays où l’hiver cependant est si morne à voir, si triste et si maussade sous les brouillards et les froidures de décembre et de janvier!

Oui, ceux qui ont vécu là-bas comprennent notre hiver!

Qu’il est beau notre hiver canadien! et qu’on le régi ette sincèrement, alors que, perdu dans un ap-

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