SUR LES BORDS DU RICHELIEU
£bout, sur .l’étroit avant-pont du Saint-Antoine — un tout petit bateau à l’allure élégante et rapide — un jeune voyageur, remontant le cours du Richelieu, entre Saint-Denis et Belceil, regardait filer les deux rives en sens inverse.
C’était le matin et de très bonne heure. Une superbe aurore de septembre jetait sur le paysage et les habitations du rivage comme un renouveau de couleur et de vie. La nature était vraiment riche et belle!
Le jeune voyageur songeait.
Sur ces bords du Richelieu, l’ancienne rivière des Iroquois, combien de familles indiennes ont connu jadis les calmes de la pêche, les joies de la chasse ou les soucis de la guerre! Combien de fois, sur leurs légers canots d’écorce, les farouches Agniers n’ont-ils pas sillonné les eaux de cette si belle rivière, la hache des combats à la main, courant sus aux hommes blancs, venus d’Europe! Et aujourd’hui où sont-ils les puissants et cruels enfants des bois? Les blancs les ont vaincus, et plus
tard, entre eux, les blancs se sont battus, comme toujours!
Et notre voyageur refaisait une à une, sur les rivages fuyants, ces scènes de bataille.
Puis l’aspect changeait, des scènes de mœurs plus douces traversaient son esprit. Ce pays du Richelieu, c’était aussi — il n’allait pas l’oublier — île pays de ses ancêtres maternels. Comme dans un rêve, il s’imaginait les voir revivre ces bonnes gens qu’à vrai dire il n’avait pas connus, mais dont les traditions de famille lui avaient maintes fois raconté les vies agitées! C’est ici qu’ils vivaient: à Saint-Antoine, à Saint-Denis, à Saint-Charles, à Saint-Marc.
Mais non! près des murs en ruines, qu’il aperçoit çà et là, personne ne se lève; devant les maisons encore endormies les anciens n’apparaissent pas; sur les rives du Richelieu, à cette heure matinale, tout est désert; ceux qui dorment à l’ombre des grandes croix des cimetières dorment bien et pour toujours!
Deux jours auparavant, en compagnie d’un sien cousin et d’un médecin de ses amis, notre voyageur avait visité le champ de bataille de Saint- Denis. Le médecin, petit-fils de patriote, lui avait redit par le menu les faits de cette folle mais héroïque équipée qui fit de 1837 une date qui compte dans notre histoire. Ensemble ils avaient marché