MONSIEUR ET MADAME CAMIIIA
C'est M"'" et M. Camélia (jue j'auniis dû écrire.
U(»iic, M""" et M. Caméliii ciilriTi'iil.
Madame courut au-dcviiul de llorteuse ul irEsther David, auxquelles elle serra alFectueusement les mains. Elle sauta au cou d'Albertus, qui l'embrassa, et se laissa tomber comme une folle sur un pouf.
Monsieur se contenta d'échanger un mot avec chacune des personnes présentes et, étant allé s'asseoir auprès de la fenêtre, se tint à peu près coi durant toute la scène, en admiration devant sa femme.
Madame a trente ans, elle est brune, l'cf-'il et la bouche grandes, le nez polisson, avec des narines qui battent la campagne. Elle a débuté dans la chansonnette, et puis on lui a fait des rôles et elle est devenue l'étoile du jour. Aujourd'hui, elle a hôtel, chevaux, voitures, laquais, amants et mari.
— Eh bien? demanda Albertus, quoi dr nouveau ?
— Offeubach revient, répondit Camélia.
— Avec un rôle? interrompit Hortense.
— Évidemment, répliqua Camélia. Un rôle délicieux, une femme de pirate. Grévin dessine les costumes.
— Et l'on vous a augmentée ?
— Ul —
— GiiKiuaiite mille francs par au et (huix mois (le congé. J'avais demandé plus.
— Voilà des conditions superbes.
— Euh ! euh ! Camélia no voulait pas que je signasse. A l'étranger, me disait-il, nous gagnerions le double. Il avait raison. Mais que voulez-vous? (juitter Paris, on a ses habituih^s et ses atl'ections. Et puis, pas plus tôt qu'on a abandonné une scène, crac, c'est une concurrente ! A preuve, cette petite blonde qu'on appelle M"" Rosier — car elle est madame aussi — et qui s'amuse à me voler des bravos. Aucun talent, du reste, pas de voi.x. Une main et une patte en l'air, et le tour est joué. Mais M. Rosier n'est pas comme M. Camélia. Ce n'est pas un homme arrivé, et il se donne de la |)eine pour lancer sa femme. Monsieur Camélia, vous m'entendez ! Allez donc lui demander conseil. Prenez ma voiture et renvoyez-la moi. Ce soir, en rentrant, n'entrez l)as chez moi, que je dorme ou non. Aussi bien, ce n'est pas toujours en dormant que vient la fortune.
Tout le iiitnidc sDurit et M. Camélia obéit sans nuirmurer.
Quand il lut parti', ou félicita unanime-
ment M^-^ Camélia de l'admirable façon dont elle avait dressé son mari. Elle s'en excusa en convenant que c'était déjà bien assez qu'elle eût le malheur d'en posséder un et que, d'ailleurs, il devait s'estimer très-heureux de la position qu'elle lui faisait.
— Aujourd'hui, ajouta-t-elle, ce sont les femmes qui font le sort des hommes, ma parole d'honneur. En a-t-il toujours été comme cela ?