‹ Artistes et cabotinsChapitre 6 sur 70 · LE PROFESSEUR DE TENUE ET DE DÉCLAMATION · texte numérisé non relu

LE PROFESSEUR DE TENUE ET DE DÉCLAMATION

Eloa fut chez M. Ripont.

Il lut le petit mot de Sanglier, et, sans autre préambule, lui dit d'une voix grave :

— Prononcez : Trône.

El ou répéta : Trône.

Ripont outra clans une fureur hleuc.

— On (lit Tô-done! Vous n'avez aucun»!

idéi! (le la prononciation. Vous ignorez donc que larticulatiou de la lettre R est d'une importance extrême!

Vous allez me répéter :

Dix fuis 13e-de-le.

— K [ Quo-d(^-lc.

— Pe-de-le.

— Gue-de-le.

— Je-de-le.

— Le-dc-le.

— Me-de-le.

— Ne-de-le.

— Pe-de-le.

— ■. Se-de-le.

— Te-de-le.

— Ve-de-le.

Eloa obéit.

— lîou. Prenons des e.xemples : Partage ; dites : Pa de le Va^q; Tradition, prononcez : Tedel adilion ; Roi, Del oi ; Sonore, Sono del e.

Eloa lit pour le mieux.

— Gomment saluez-vous?

— -iH —

Eloa esquissa son plus gracieux salut.

C'est tout simplement ridicule. Il y a trois mouvements : 1° porter le pied droit vers la droite ; 2° rapprocher le talon gauche du talon droit; 3° reculer le pied gauche d'un pas verticalement. Bien, c'est celai Voilà qui va des mieux! A la bonne heure I Voyons le maintien?

Elle se redressa et prit l'air rêveur d'une jeune fille qui attend celui qu'elle aime.

— C'est le maintien d'une grue! exclama Ripont. Quand le salut est terminé, on porte une jambe eu avant et on laisse reposer le corps d'aplomb sur l'autre jambe, On ramène la main à demi-fermée vers le creux de l'estomac, tantôt la gauche, tantôt la droite. A merveille I Comment marchez-vous?

Eloa marcha.

— Tenez-vous droite , la tète sans roideur, le haut du corps en avant, la pointe des pieds légèrement tournée en dehors. Le mouvement de la jambe doit partir du genou et uou du pied. C'est cela! les bras le long du corps, la main demi-fermée. Pas de balancement.

Eloa se laissa glisser dans un fauteuil.

— Grâce! demanda-t-elle.

— Déjà! Plaisantez-vous. Combien de poses ?

— Je ne sais pas.

— Lovez-vous, et faites ce que je vais vous ilire. Première pose : le poids du corps sur une jambe, tandis que l'autre est placée en avant. Deuxième pose : he poids du corps repose sur l'une des jambes, tandis que l'autre est reportée légèrement en arrière. Vous comprenez? Voyons ce geste? Qu'est-ce que vous me fichez-là ? Sachez que l'on n'arrive à la grice que par la simplicité. La ligne trajectoire de la main aussi courte que possible. La main 'presqu'inerte et la paume en dedans. Tombez à genou.x.

— A^^enuu.x!

— Supposons que vous fassiez une déclaration à un beau jeune homme.

— Je n'ai jamais fait...

— Tant pis pour vous ! Il faut avoir tout fart pour être naturel. C'est moi le beau jeune homme. Avancez la jambe qui se trouve de mon côté et laissez-vou^s tomber naturellement ; le genou (jui pose à terre se trouvera toujours du côté du spectateur. Ce n'est pas plus dii'licile que cela.

Ebja était en nage.

Kipont regarda l'heure. Dans dix minutes devait venir une princesse russe à laquelle il

donnait des leçons. Il n'y avait pas de temps à perdre.

— Asseyez-vous, lui dit-il. Attendez! Pour s'asseoir, on place devant le siège la jambe droite si le siège est à droite, la jambe gauche si le siège est gauche, de manière à produire un écartement préalable des jambes. Comme cela. On se baisse sans courber les reins et l'on évite que les jambes restent sur une même ligne. On s'asseoit sur le bord du siège, afin que les jambes puissent opérer facilement des mouvements, s'il y a'iieu. Que l'étoffe de votre robe se drape du côté du spectateur.

— Gomment, il faut tant de choses pour s'asseoir?

— Vous n'êtes pas au bout! Croisez les bras. C'est mieux. Appliquez le poing gauche sur le pectoral droit. Ramenez la main droite sur l'avant-bras gauche, près du coude. Bien. Laissez-vous choir.

— Comment?

— Laissez- vous choir. Ah ! si vous avez peur de vous faire du mal ! On chute sur le côté. Il faut tomber d'abord sur un genou , puis se laisser aller de côté en allongeant le bras pour que la tête vienne s'y porter sans

ilanger. Le corps en diajronale du coté des spectateurs.

Elle était littéralement morte de fatigue.

— La première fois, continua Ripont, nous t'tudierons l'enlèvement, l'entrée en scène, la sortie, la passade, la ritournelle et la physionomie. Eu voilà assez pour aujourd'hui. Ce n'est pas plus difficile que cela. Dites-moi lionsoir.

— Bonsoir, monsieur Ripont.

— Qu'est-ce que vous me rabâchez là ! Vous jrrasseyez encore ! En un mois, vous vous y ferez. La vibration n'aura plus de secret pour vous !

Et s'adressant à sa bonne :

— Faites entrer la princesse.

LA ui:vA.N(;iii; di; Moscou.

La princesse était une vraie princesse, et de |ilus elle était russe. Russes et Polonaises nous fournissent, depuis quelque temps, un contingent raisonnable de comédiennes et de chanteuses. A Saint-Pétersbourg, il y a bien

un conservatoire; mais on commence à n'en plus vouloir, sous prétexte qu'on y est trop tenu. Inconvénient que le nôtre est loin de présenter !

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