BALLET RÉGENCE
Les Saisons.
Le prélude est de Lulli. Le maître à danser fait son entrée sous des ombrages touffus, au bruit des eaux jaillissantes.
Il avance , il recule et salue , comme saluaient M"" de Bourbon, M"= de Retz, MM. de Saint-Aignan et de la Meilleraye, les danseurs choisis de Clio et de Melpomène. Il est vêtu d'une culotte bleu d'amour avec une jarretière de diamants. Il a un tonnelet à passequilles , un chapeau à trois cornes ; il est trumeau, Pompadour, Watteau!
L'orchestre entame la Pavane.
Voici
l'Hivei-
en manteau blanc, suivi de quatre hibernantes garnies de cygne.
Bonhomme Hiver a fait flamber un bassinet qu'activent, au moyen de branches d'oranger, les quatre demoiselles, chauffant leurs petits doigts et leurs pieds mignons, tandis
i|iie Z(''pliiro, ailes au dos, fait souffler les aquilons sur leurs rondes épaules.
Mais Zépliire est bientôt vaincu par quatn^ printanières qui le chassent eu le fouettant de roses, messagères du
Pri/itei/ips
annoncé par un pas de deux comme on en voit danser sur les éventails, au milieu des diHices de l'île heureuse et inaccessible. Henriette d'Angleterre représentait Flore et ne {•raijjrnait point de tirer les oreilles à Molière, travesti" en vieux berger maussade et grognon.
Après un intermède de Desmarets voici
l'Été
Flora' C'f'rès, personnifié par quatre nymphes des chœurs, ornées de faucilles et parées de Idiiets, la tète couronnée d'épis d'or et présentant des gerbes blondes où sont renfermés des nids.
Puis du groupe, comme M"'' Connninges et M"*" de Lamothe-Iioudancourt, M"" de Solmes et M"° de Larac (une Montmorency!), se détachent M"" Floriue et Cydalise, vêtues de jupes à mi-paniers, de corsages Caniargo.
avec papillons de porcelaine , échelles de rubans, œil de poudre sur le hérisson, assassines au coin de la bouche.
Elles commencent la Gavotte en demi-contre-temps, imitant les ronds, les moulinets, les courses, avec une grâce empruntée aux bergères de Lignon, de Boucher ou de Lancret. Puis elles accompagnent les petits violons de l'orchestre en faisant pour ainsi dire chanter le satin du soulier contre celui de la jupe descendant à mi-jambe, de façon à laisser au pas toute sa liberté, toute son élégance et tout son montant.
Il faut les voir encore sautillant sur le pied qui est à terre , tandis que l'autre tend sa pointe vers le sol, sur une demi-mesure d'un air à 2/4, et que les deux mouvements qui font le caractère de cette danse sont exécutés chacun sur une croche.
Mais, à son tour. Flore cède la place à Pomone. Au bruit étourdissant du thyrse d'un jeune faune, voici venir les bacchantes, la coupe à la main, ivres de raisin comme tout à l'heure les cigales semblaient l'être de rosée.
La Canarie de Destouches, jointe aux fumées des raisins de
r Automne
les achèverait, si les autres maisons, complément de l'année qui s'écoule, ne venaient à temps montrer leurgratitude au public parune révérence respectueuse , en même temps que Zéphire , bien avec tout le monde , témoigne de sa joie par des entrechats prodigieux.