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CE QUE DEVIENT UN SATELLITE

Mais si le ténor, la prima dona, la danseuse, tiennent ainsi le sceptre de la renommée, c'est aux dépens de tous les petits satellites qui gravitent autour d'eux et qui, après s'être quelque temps éclairés de leurs rayons, retombent bientôt dans la misère et l'obscurité.

Éloa était de ces satellites ; aussi ne tardât-elle pas à se voir dans l'impossibilité de se soutenir, sans aide, dans cet Océan lyrique. Elle se souvint de la colère du prince Andreo Gataneo, quand le directeur d'un théâtre de

^:eiire lui avait proposé, devant lui, de pren- <lre un amant ; elle ne put s'empôcher de re- Ifretter (fuelques instants son protecteur en songeant qu'il l'aurait, peut-être, vengée des propositions que venait de lui faire le directeur du théâtre lyrique auquel elle appartenait.

En lille de tête, Éloa sut contenir tout ce (j[u'elle renfermait de colère, d'aigreur et de jalousie. Elle maudit les Baraiidard et les Hoiscajtct, conçut les plus vilains soupçons sur son directeur, ce ipii n'était que de bonne guerre, mais se retint toujours, de crainte que son père n'all;\t perdre la place de concierge qui l'aidait à supporter au moins le souvenir d'une dynastie renversée.

De telles mésaventures vieillissent vite nne femme. Éloa rédéchissait avec terreur qu'après avoir eu un pied dans tous les genres, file n'avait réussi dans aucun, et se demandait parfois si elle ne ferait pas mieu.x d'entrer, par exemple, comme demoiselle de magasin dans une maison de commerce. Alors, à ce })enser, tout l'orgueil îles Napoléon Duhamel lui montait an IVont, et, saisissant vivement son (ils César et le pressant sur son i"(eur :

— Rassure-loi, mon fils, disait-elle à l'horrible crapaud qui se mettait à pousser des cris épouvantables, tu seras le fils d'une artiste et pas autre chose !

Et César hurlait davantage.

Elle écrivit encore à Isidore Fauchet qui lui donna un mot pour chacun de ses collègues, sans lui proposer aucun secours, ni même lui demander des nouvelles du petit César, et Eloa, ayant résilié avec son directeur, devint l'hôte assidue de tous les journaux parisiens, payant une ligne dans le Courriel^ une autre dans la Soirée Théâtrale. d'un sourire, d'un baiser, quelquefois même d'une douce espérance.

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