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ON DEMANDE DES FIGURANTES

Après son départ du Théâtre-Apollon, tout le monde tomba sur Éloa. Ce furent les four-

iiisseurs, d'abord; puis, en dernier lieu, Barandard et Boiscapct qui venaient lui demander des dommages et intérêts. Ce ([u"il restait de l'ancienne gén/'rosité du prince Cataneo fut vendu. Duhamel, demeurant avec une rente plus que modeste, ne voulait, malgré les supplications de la tendre Armide, rien taire pour sa fille. La seule chose à laquelle il consentit, fut de se charger du jeune César, bien qu'il pass;\t, et ajuste titre, pour l'enfant le plus insupportable qu'on put imaginer.

Éloa, désespérée, loua une chambre rue Chariot... et puis, un jour qu'elle n'avait plus rien à mettre au mont-de-piété, elle lut à la porte d'un grand théâtre de drame :

On demande des dames pour les chœurs, des danseuses et des figurantes.

Et elle entra.

Quel tablr;iu !

Nous sommes sur la scène. La toile est levée. Les décors sont appuyés contre les murs. Devant le trou du souftleur on a piqué une tige de fer d'où s'échappent deux jets de gaz. X gauche de la tige, devant une petite table, est assis le secrétaire général ou le plus sou-

vent le régisseur; à droite, sur une chaise de paille, repose, son violon debout sur ses genoux , le chef d'orchestre ou le chef des chœurs. Dans quelques instants nous verrons venir le maître de ballet.

— Les dames qui sont pour la figuration, dit un homme.

Cinquante personnes, filles ou femmes, de quatorze à cinquante ans, coiffées de chapeaux sales et revêtues de cliàles crasseux, s'avancent en baissant les yeux. Quelquefois, au milieu de ce sombre bataillon, on voit détonner une toilette fraîche et presque élégante : c'est la petite Chose, que son amant vient de quitter et qui compte sur l'éclat de la rampe pour se refaire un nouveau sort.

Celle-là sera reçue.

On la mettra devant.

— Otez vos châles !

— Quittez vos chapeaux.

— Vous, la première, marchez !

— Bon ! ça suffit. On vous garde.

— A une autre.

— Marchez.

— Est-ce que vous vous fichez de moi ?

— Vous boitez comme une cane.

— Vous u\Hcs pas ici pour pleurnicher.

— A une autre. — Si vous baissez les yeu.x comme ça ! bonsoir.

— Vous ne venez pas ici pour enliler des perles, je suppose?

— .V une autre.

Voici le tour des chœurs.

— Connaissez-vous la musique ?

— Oui, monsieur, j'ai chante à Saint- Pierre.

— Qu'est-ce (juc vous savez?

— Je sais causer au souflleur, je sais lever la jambe...

— Je vous demande le morceau ({ue vous savez ?

— .\li ! bien, monsieur. [E Ue chante .)

Eli ! aïo donc ! Eli ! aïe donc !

La Farifloiidoii !

Mon pt'r' dira c' (|ui voudra!

Ça m' i)lait comin' ça !

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