‹ Artistes et cabotinsChapitre 65 sur 70 · I.ii · texte numérisé non relu

I.ii

— Pas mal. Nous manquons de prêtresses. Vous viendrez à partir de demain. A une autre !

M. t^iramenti est en retard. Un maître de

ballet est toujours en retard. Une entorse est si vite attrapée !

Mais le voici, le chapeau sur le coin de l'oreille, serré à la taille, portant un pantalon fort large qui retombe sur deux pieds imperceptibles chaussés d'escarpins vernis. A la main droite, une badine souple et légère.

— C'est moi ! mes enfants. Mesdames le? artistes de la danse, préparez-vous.

Les chapeaux, les châles, les robes tombent. Les bottines ou les souliers sont détachés. Il s'échappe une odeur bizarre de parfums éventés qu'on achète au rabais et de linge douteux. Les chemises respirent la misère, les jupons remontent à huit ou dix jours, les bas sont maculés.

• — Allons , mes enfants , toutes sur une même ligne. Et maintenant des battus jusqu'à ce que je vous dise de vous arrêter. — Bon. très-bien. — A Tentrechat. — Tournez. — Les bras en cercle. — Prenez ces guirlandes. — A droite, à gauche. — Présentez ces guirlandes. — Ouvrez ces ombrelles. — Tenez ces coraux. — Assez. — Vous pouvez vous rhabiller.

Et les môres (rembrasser leurs filles.

— Bravo ! ma rhôrie ! Dieu, qu't'es belle ! t'auras bien vite un protecteur!

— Et ni(M, tous les soirs, j'aurai mon litre, de reprendre le l'rère.

Tel était le liiJeux spectacle auquel assista Éloa, sans tressaillir. Les gens à vocation n'ont point de ces frayeurs qui nous feraient mourir. Elle suivit le ré};isseur et signa une feuille sur laquelle elle abdiquait, non sa foi en l'avenir, sa confiance en elle-môme, mais ses splendeurs passées, ses illusions d'hier, et le soir elle se confondit dans la foule de tous ces misr-rables.

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