‹ Artistes et penseursChapitre 10 sur 28 · ANDRÉ CHÉNIER 4I · texte numérisé non relu

ANDRÉ CHÉNIER 4I

le fouet bondissant, le fouet étincelant des ïambes. Brizeux l'aimait comme Virgile.

ce Notre poésie actuelle, affirme Leconte de Lisle, n'a d'autre sève que Chénier. » Banville l'adore ainsi qu'un demi-dieu. Sully Prudhomme, dans l'épilogue de la Justice, l'invoque « pour juge et pour modèle ».

Les bons critiques ne l'ont pas moins apprécié, « L'œuvre de Chénier, a écrit M. Paul Glachant, est la synthèse du labeur poétique de trois siècles, au seuil du quatrième. »

M. Faguet l'a jugé avec une parfaite clairvoyance : « Plus que tout autre poète français, il atteint quelquefois la largeur et la simplicité homériques; et aussi la grâce la plus molle et la plus parée, bien séduisante encore, des Alexandrins; et surtout la ligne nette, simple et sobre, admirablement pure, déliée et élégante du bas-relief... Le style des Idylles et des Fragments épiques est d'une nouveauté et d'une fraîcheur souvent merveilleuses; il est la création naturelle d'un homme qui a gardé dans l'oreille, et comme mêlée à ses sens, la modulation de ces langues anciennes qui étaient des musiques. »

Quand on a compris, avec tous ceux que nous venons de citer, la valeur si haute et si particulière d'André Chénier, on reste stupéfait qu'un tel poète

n'ait pas été mieux honoré de nos jours, où des monuments écrasants sont érigés à tant de personnages inférieurs. Mais il suffit d'y réfléchir un peu, pour voir d'où vient cette anomalie.

Chénier ne fut pas un homme de parti; et à aucun parti sa mémoire ne peut servir de drapeau. Il eut tout bonnement « une politique de droiture et de cœur, émanée d'une simple et haute inspiration personnelle ». Il fut un héros, sans cesser d'être un poète et un sage. Gémissant « de voir la liberté soutenue comme une faction, les droits les plus légitimes défendus par des moyens injustes et violents », il n'avait plus de chimères. Ne savait-il pas ce que lui réservaient ces démagogues sans scrupules, qui ne craignaient aucunement « de transporter sur des classes entières les crimes de quelques individus »? Quel autre appui pouvait-il attendre que celui des modérés, dont il déplorait, hélas ! « la bonne volonté immobile et l'innocence léthargique » ? Son courage n'en était pas ébranlé : « Il est beau, il est même doux d'être opprimé pour la vertu. »

Il acceptait pleinement la loi républicaine. « Cette révolution, déclarait-il, malgré les fautes et les crimes dont elle a été l'occasion, a plus fait pour la justice et pour la vérité qu'aucune autre révolution connue. » Libre penseur, il ajoutait : « Je crois depuis longtemps que tous les collèges de prêtres ont conspiré contre le bonheur et la tranquillité humaine... Nous ne serons délivrés de leur influence, que quand chacun paiera le culte qu'il voudra suivre et n'en paiera

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