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ALLOCUTION A UN GROUPE DE RIMEURS

le monde attaché à la terre, joue, les trois quarts du temps, le rôle de l'astrologue qui choit dans un puits. Ce disant, ils rêvent de supprimer le ciel. Est-ce que le ciel ne fait pas partie de l'existence? Est-ce qu'il n'est pas indispensable à chacun?

Sans poésie, la vie serait-elle vraiment possible? Au XVI II' siècle, un philosophe français, que les Allemands ont pillé sans vergogne, le breton Maupertuis, s'est demandé si, dans notre destinée, la somme des maux ne l'emporte pas sur celle des biens. Ayant fait la balance, il en a conclu que le passif est plus fort que l'actif. 11 comptait mathématiquement, mais ses chiffres étaient inexacts. Il négligeait un facteur. Il voyait seulement la quantité des plaisirs et des peines, et non leur qualité. Puis il oubliait l'oubli, qui calme tant de chagrins sitôt qu'un rayon brille. Il oubliait surtout que la joie et la souffrance n'ont rien d'absolu, sont essentiellement relatives, et que l'homme, en son état normal, peut trouver et souvent trouve l'une dans l'autre.

11 sentait pourtant que l'une et l'autre tiennent bien plus à l'état intime de notre être qu'aux objets extérieurs qui réagissent sur nous. Ce matérialiste était spiritualiste malgré lui. « Il nous reste, disait-il, une arme pour parer les coups des objets et en amortir l'effet. C'est la liberté, cette force si incompréhensible, mais si incontestable. On peut, avec elle, lutter contre la Nature; et, si l'on ne peut pas toujours tout à fait vaincre, on peut du moins toujours n'être pas entièrement vaincu. »

L'âme humaine n'a-t-elle pas la faculté de transformer la douleur réelle en une source salutaire d'espoir et de bonheur? Notre cœur et notre imagination ne sont-ils pas des magiciens disposant à leur gré de l'univers? Le plus atroce des martyres n'a-t-il pas été maintes fois, et n'est-il pas maintes fois encore pour le patient la plus pure des béatitudes?

Est-ce que la sensation réside dans les choses? Elle est dans l'individu. L'acre parfum qui évoque un doux souvenir n'est-il pas doux? Le pays où l'on aime, quand il serait le moins favorisé des pays, n'en est-il pas le plus séduisant?

Des savants nient la prépondérance infinie et éternelle de l'intelligence, de la justice et de 1 amour dans le système de l'univers. Ce n'est pas étonnant. La science a été, est et sera longtemps très incomplète. Elle va tâtonnant d'hypothèse en hypothèse, découvrant au hasard les faits et les rapports des faits, sans jamais rien découvrir sur l'origine même de ces faits ni sur la raison première de ces rapports. La vérité scientifique ressemble aux matériaux destinés à un édifice, pour lequel on ne peut trouver aucune base solide. L'absolu n'existe pas dans le vrai. Il n'existe que dans le beau. Rien n'est explicable pour l'esprit. C'est à peine s'il se hausse à discerner le comment des diverses choses; il demeure toujours au-dessous du pourquoi. Les edets les plus simples, les plus communs, restent mystérieux, comme les effets les plus extraordinaires. L'incompréhensible règne sur la vie et sur la mort. Le mal et le bien

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