‹ Arts appliqués et industries d'art aux expositionsChapitre 5 sur 126 · RU S · texte numérisé non relu

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des prix de revient du {apis de pied en multiplie la consommation; la bi- Jouterie-joaillerie, un instant arrêtée, retrouve, depuis le sacre de Charles X,toute sa magnificence de l'Empire; la lithographie, inventée en 1793 par Senéfelder, se développe grâce aux arlistes qui l'utilisent, et promet déjà de « devenir, pour les arts du dessin, ce que l'imprimerie a été pour la propagalion des sciences ».

Comme le conslatera Achille de Colmont en 1855 dans sa très complète Iistoire des Exposilions des produits de l’industrie française :

« On voit quels progrès immenses moins de quinze années avaient fat faire à l'industrie. A aucune époque de l’histoire le progrès n'avait élé aussi général, le quinzième siècle avait peut-être vu de plus grandes découvertes que celles de la vapeur et de la lithographie, mais jamais tous les arts industriels ne s'étaient avancés, en même {emps, d’un pas aussi ferme et aussi rapide. »

Nous serions injustes si nous ne cilions les principaux lauréats des Exposilions d’alors el les œuvres qu'ils y firent admirer : soteries, châles el cachemires de Bellangeret et Dumas-Descourbes, Dollfus-Micey, Mallié, Bauzon, Poidebard, Roux-Cardonnel; éloffes lissées de soie, d’or el d'argent de Depouilly, Chuard, Seguin ; {aprs de Roze-Carlicr; impressions sur toile de Gros-Davilliers; loiles peintes de Daniel Kæchlin et d'Oberkampf ; éloffes pour lenlures el meubles de Pillet, Corderier et Lemire; beaux livres de Pierre, Firmin et Jules Didot; « calcographie » de Laurent; faïences d'Utzschneider ; pianos d'Erard et de Pleyel; ébénisterie en bois indigènes de Jacob-Desmalter; bronzes ciselés de Thomire, Denière, Ganne; hijoulerie d'acier de Frichot et de M#° Ve Schey; pièces d’orfévrerie de Odiot, Biennais, Cahier, Fauconnier; lithographies du comte de Lasteyrie.

Le style de l'Empire avait marqué un retour à l’anliquité classique ; le style de la Restauralion, par réaction contre tout ce qui rappelait le souvenir de la Révolution et de l'Empire, ne tarda pas à suivre le goût nouveau que la littérature et la peinture avaient imposé par leurs chefs d'œuvre. Un almanach de la Révolution n'avait-il pas fait cette prédiction amusante : « Nous avons {ant épluché les modes, {ant raffiné sur les goûts, tant retourné les meubles el les ajustements que, rassasiés, excédés de Jolies choses, nous redemanderons le gothique comme quelque chose de neuf. » On adopta les hauts dressoirs chargés d’orfèvrerie et de faïences anciennes, on voulut vour s'asseoir des chaises monumentales pareilles à des stalles de chanoine; le bric-à-brac gothique et romantique envahit tout; on colleclionna les armures, les vieilles chasubles. La mode est au moyen âge; Victor Hugo va ressusciter les vieilles églises avec Notre-Dame de Paris; Walter Scott, en Angleterre, popularise toute la chevalerie avec ses tournois, ses manoirs, ses pages, ses châtelaines. Viollet-le-Duc restaurera plus tard châteaux et mounaslères en ruines. Partout c’est le même enthousiasme pour le moyen

âge; les arlistes prennent pour modèles ce qui subsiste de la vieille France.

. Le décor est partout gothique; la reliure se fait « à la cathédrale » comme les meubles se sculptent d’après les vieux bahuts de chêne et les crédences féodales. Les fabricants font d’étranges amalyames au goût du jour; orfèvres, bijoutiers, ébénistes, lapissiers, bronziers n'ont d’admiralion que pour l’ancienne France et suivent l'architecte Hitlorf dans cetle évolulion ; on réagit contre la froideur immuable du classique qui relevait de la seule raison ; cest en somme la lulte de l'art chrétien contre l’art païen.

En même temps il nous faut noter un réveil puissant du sentiment personnel; chaque œuvre reflèle une individualité: Delacroix, Géricault, Ingres, Ary Schelfer donnent libre cours à leur fantaisie : ils peignent pour la première fois, au lieu des Grecs et Romains de convention, des hommes. Les sculpteurs Rude et Barye suivent le mouvement, et l'on ne peut leur reprocher qu'un dédain trop voulu pour quiconque ne se consacre pas à l’art pur. Malgré la scission qui de nouveau se fait sentir entre l'artiste ct industriel, le romantisme a sur toute l'industrie une influence heureuse : il secoue utilement le pays et rajeunit partout l’activité et l'invention; il fut le libérateur du sentiment.

Il n’est pas jusqu'aux modes qui n'en subissent le contre-coup : il suffit de rappeler Gavarni, Eugène Lami, sans oublier La Mésangère et son fameux Journal des dames et des modes. Tout ce qui n’est pas gothique est arriéré, vuloaire, « bon pour le bourgeois, pompier et épicier » ; la cravate énorme se porte « à la romantique »; les femmes savent l’art de disposer l’écharpe, surchargent leurs robes de « bouillonnés » et portent à nouveau des bijoux; les cheveux, très à plat, sont relenus par une chaïnelle d'or d’où pend sur le front une « ferronnière »; la coillure est très haute, ombragée de « turbans », comme ceux de M®° de Slaël, ou de grands chapeaux à fleurs. Fêtes et bals travestis sont occasions et prétexles pour étaler des joyaux garnis de pierres de fantaisie, améthystes, topazes, cristaux de loules couleurs. D'Allemagne on imporle de nouvelles danses : valse, polka, mazurka, remplacent la pavane maniérée et la gavolte régence. La duchesse de Berry règne sur la mode et pourrait être appelée « l'arbitre des élégances ».

Cependant à la fin de la Restauration, l'art industriel est arrivé à un point crilique. L'accroissement du bien-être publie commence à créer des besoins nouveaux : chacun veut sa part de luxe commie son lot de bonheur. Pour salisfaire à ces demandes, l’art Lend à se spécialiser, à se manufaclurer. Mais, en revanche, le fabricant qui suit les progrès du goût et les exigences arlistiques du public cherche à rester à la hauteur de sa lâche : il veut redevenir artiste. Ce sont les deux tendances opposées qui, dans les expositions d'alors, se font jour, et cependant, comme l'écrira plus tard le comte de Laborde, il faut que « l'art donne la main à l'industrie, non pas comme à une esclave qu’on relève de sa déchéance, mais comme à l'épouse qu'on est fier d'avoir à ses côlés ».

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Monarchie de Juillet et Deuxième République

Exposition de 1834: nombre croissant des exposants: on y récompense pour la première fois leurs collaborateurs. — Confusion des styles et dispersion du goût. — Influence du peintre Chenavard. — Le dessinateur Couder. — Opinion de Stéphane Flachat sur les causes du mauvais goût de l'époque. — Exposition de 1839. — L'orfèvre Froment-Meurice; son influence: son projet d'art populaire. — Exposition de 18/4. — Besoin de faux luxe à bon marché. — Exposition de 1849. — Multipli= cation des récompenses depuis cinquante ans. — La grande industrie. — La mode bourgeoise. — Les Expositions à l’élranger et en province.

C'est en 1831 qu'aurait dû s'ouvrir la huitième Exposition, si l’on avait suivi l'ordonnance du 19 janvier 1819. Mais la Révolution de juillet avait bouleversé le pays très profondément : on résolut de s'en rapporter aux Chambres de commerce, et l'ordonnance de Thiers, Ministre de l'Intérieur, en date du 7 octobre 1833, décida que les Expositions de l'Industrie auraient lieu tous les cinq ans au printemps; en même temps, les Salons des peintres et sculpteurs, qui se tenaient alors tous les trois ou quatre ans, devenaient annuels. La huitième Æxrposihion des Produits de l'Industrie française s'ouvrit donc en 1834, le 1° mai, Jour de la fête du roi, sur la place de la Concorde.

Il y avait 36 ans — un liers de siècle — que le Directoire avait inauguré la première Exposilion. Depuis, le nombre des exposants et leur valeur avaient élé sans cesse en croissant. Jusqu'en 1830, il avait fallu souvent stimuler le zèle des industriels, prodiguer les encouragements; désormais on sera oblisé de modérer leur affluence et de recommander une extrême sévérité au jury.

En 1834, l’art appliqué, alors encore classé dans les « Beaux-Arts », progresse et se perlectionne en proportion. Le beau rapport du baron Charles Dupin le constate éloquemment dans la revue qu'il passe de toutes les seclions qui lui sont consacrées. — Arts vesriammes : 7issus riches; dentelles; madras; broderies ; blondes: draperties ; teinlures; qaze onduline; colons filés pour rob2s et mouchoïrs, etc. Arts pomicrrratREs : Meubles:

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bronze; appareils d'éclairage; vitraux; arls céramiques ; faïence; lapis; lentures ; glaces ; cristaux ; papiers de lenlure.— Arts sexsirirs : Ornements de table; orfévrerie. — Arts tyrocrapmqQues : £ditions de luxe; gravures; lithographie ; reliure.

Activité fébrile de recherches en tous sens, chaos d'idées contradictoires, dispersion du goût, confusion des styles, voilà ce qui marque l'Exposilion de 1834, ce qui de plus en plus va caractériser le règne de Louis- Philippe. On hésite, on tâlonne. Victor Champier a très bien exprimé l'incertitude de cette époque : « Plus de doctrines ni de principes directeurs. Au despotisme des conventions du passé, qui avaient été si longtemps salu-

XV et XVI. — S, g°, 10° Exposilions de Paris, 1834, 1839, 1844. Médaille gravée par Depaulis.

aires, succédait le conflit de mille théories armées les unes contre les autres: c'était le chaos dans la recherche d'un renouveau qu'on avail peine à dégager et qui n'apparaissait qu'à l’état de vague lueur. Tous les styles d'autrefois parurent se réveiller en même temps et s'échapper du sépulcre, plus ou moins défigurés, pour saluer d'une sarabande ironiquement macabre la société bourgeoise à son aurore. Au milieu de la cacophonie tumultueuse de la production industrielle de cette date, où était le guide qu’auraient pu suivre les décorateurs ?.…. »

Cependant, dans cette confusion, les lalents et les goûts obéissent à deux courants. L'un est le style officiel « Louis-Philippe », qui tend au classique et marque comme une évolution, une suite logique du style Empire; l'autre, le « romantique », inauguré, comme nous l'avons vu, à la fin de la Restauration, entraîne les esprits vers l’art national du moyen âge, puis vers la Renaissance. Parmi les partisans et les défenseurs de ces tendances, il faut rappeler les noms du peintre Chenavard et du dessinateur Couder.

Aimé Chenavard, directeur arlistique de la manufacture de Sèvres en 1830, fut, « toutes proportions gardées, le Percier et le Fontaine de l'époque romantique ». Il prit ses éléments un peu à tort et à travers dans les styles, comme « dans un bric-à-brac », amaleamant en hâte, mélangeant les époques, paslichant le passé, surtout le quinzième et le seizième siècle, et contribua plus que tout autre à ruiner le style Empire. Le comte de Laborde a fait de lui ce portrait si vivant : « Cet artiste avait l'instinct du frelon qui sait trouver dans chaque fleur le suc qu'elle contient et qui ignore le secret de l'abeille pour en faire du miel. Fureteur infatigable, il avait feuilleté les livres, calqué les gravures, copié les manusenits, dessiné les monuments, et de tout cela il n'avait pas su se former une originalité propre, un style in= dividuel. En dépit d'une exécution des plus habiles, malgré des détails très bien rendus, on aurait dû lui reprocher l'abus de toutes choses, la disproporlion dominant partout, l'absence complète de calme, de pondération et de simplicité... Chenavard avait séduit quelques hommes de lettres qui faisaient alors les réputations, et il était devenu l'artiste populaire, le prophète et l'homme-dieu d’une religion qu'on croyait nouvelle : l'art appliqué à l'industrie... Tout ce désordre, qui ressemblait fort à une orgie, marqua, dans l’art et l’industrie de la France, d'une manière déplo= rable (1). »

Quant à Couder, habile dessinaleur autant que travailleur inlassable, il ne cessa de prodiguer ses plus riches dessins aux manufactures de châles, de Lapis et d'impressions de toutes sortes. I] fut, dit Achille de Colmont, « l’un des hommes qui ont le plus contribué au développement de notre industrie de luxe et à la faveur dont elle jouit à l'étranger. »

D'autres noms seraient à ciler, parmi les artistes de valeur dont les créations furent si précieuses alors pour les industriels. Pour les orfèvres, hijoutiers et Joailliers, ce sont Vechte, Feuchères, Cavelier, Pradier, David d'Angers, Klagmann, Triquety, Geofiroy de Chaumes, les frères Fannière, tout Jeunes encore, qui exécutent figurines, mascarons, animaux, chimères grotesques et crnements et renouvellent le goût d'alors; ailleurs, Laroche, Liénard, Rousseau donnent des dessins de tapisseries, de meubles, de céramiques.

Balzac nous a conservé en maintes pages de ses romans : Une Fille d'Êve (1838); La Fille aux yeux d’or (1834); Béatrix (1838), et surtout Le Cousin Pons (1847), les descriplions minulieuses et précises des inté= rieurs bourgeois de cette époque. Il note chaque pièce du mobilier, en indique jusqu'aux moindres ferrures, et ce sont là de précieux documents pour l’histoire de nos industries d'art.

(1) On trouvera sur cet arliste des renseignements intéressants dans Maurice Le Corbeiller, Rapport centlennal du Mobilier et de la Décoration. Exp. univ. de 1900. — Cf: aussi A. Chenavard, Album de l'ornemanisle, Paris, 1836; Recueil de décorations interieures (tapisseries, tapis exécutés dans les Manufactures Royales), Paris, 1832-1835.

Malgré ses lacunes, malgré la confusion des styles qui égare le goût, Exposition de 1834 oblint un vif succès qui s’est perpétué jusqu'à nous dans un ouvrage très complet de Stéphane Flachat: L’Industrie à l’'Exposition de 1834. On y trouve, après des plaintes sur le désordre qui a présidé à son installation, ces Justes critiques sur le mauvais goût du jour : «.… Où sont Jes genres, où sont les écoles, où sont les maîtres ? En sommesnous au grec, au romain, au gothique? Reprenons-nous le style dela Renaissance ou celui de Louis XIV, ou celui de Louis XV, ou celui de l'Empire? Avons-nous le nôtre ? 1834 marquera-t-1l, par des formes spéciales et neuves, indices d’un parti pris par un homme fort, suivi par d'intelligents et courageux élèves?... L'art en ce moment s'éparpille, l'industrie le soumet à ses besoins, en attendant qu'elle reconnaisse ses lois... L'avènement politique de la « bourgeoisie » et la chute des classes privilégiées ont donné à l’industrie des beaux-arts une direction toute contraire. Ces classes, au moment de Jeur chute, avaient constitué.une école et, si délestable qu’elle füt, le luxe s'y logeait à l’aise, l'habileté des ouvriers pouvait s'y déployer sans crainte. Un grand prix était attaché à la perfection de leur travail. Mais aujourd'hui tous ces nouveaux élus aux bienfaits du bien-être, — Lels que les ont suscilés la Révolution, la division des propriétés et l'égalité devant la loi, — n'en sont pas encore à ce point de développement qui, bon ou mauvais, laisse sa trace dans l'histoire des arts, a sa forme et ses goûts arrêtés. »

« Dans ce large cercle de nouveaux consommateurs, si rapidement lracé par un si soudain el si profond ébranlement, les limites de l’utile, du confortable, ne sont pas atteintes; le beau n'est pas encore un besoin. De là celte universelle hésitation, cette fatigante incertitude de formes, cette anarchie dans les arls du dessin. Ecoutez les meilleurs fabricants, ceux de l'intelligence la plus active, du sens le plus fin, ce qu'ils vous feront surtout remarquer à leur exposition, c'est qu'ils ont cherché à y salisfaire tous les goûts ; ce n’est pas le leur qu'ils imposent ; le consommateur, ce Protée aux mille têtes, leur dicte tous les siens ; la fortune est à qui l'aura le mieux deviné, à qui se sera trouvé prêt pour le jour du caprice... »

Aussi dans cette confusion voit-on apparaître un besoin de faux luxe en même temps qu'un abus du confortable et du « bon marché »; la classe bourgeoise s'est enrichie, la foule des parvenus augmente. Chacun se précipite vers ce qui est, dans sa pensée, le symbole du bonheur : « le luxe »; il en veut sa part: les arts somptuaires en subissent le contre-coup; c'est l'avènement du clinquant, bijouterie à bon marché, meubles en plaqué. Tout est pour la parade. La pacotille triomphe partout.

11 ne faudrait pas cependant s’exagérer la laideur du style Louis-Philippe; pas plus que le style du second Empire, il ne mérite toutes les plaisanteries dont on l'a accablé. Il faut du recul pour juger les styles, comme pour apprécier les œuvres litléraires. A distance, on se rend mieux compte

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