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Morris, Proudhon et Guvau, Destrées et Edmond Picard, Jean Lahor (1), entre autres, ont eu l'intuition de l'avènement prochain d’une ère sociologique de l’art ; les uns se sont complu au rêve de l’utopie; d'autres ont réduit le problème et spécialisé la question, par un séparatisme inopportun, en considérant l’art exclusivement dans ses relations avec le quatrième état et non avec la société entière. Nous trouvons plus de générosité dans l'idéal qui réclame « de tout et pour tous le bienfait de la beauté ». Un départ ne serait-il pas oiseux d'ailleurs, quand à la seule sensibilité de chacun se mesure la faculté de la jouissance esthétique ? Il l'avait compris, le précurseur et l’initiateur auquel revint de prédire le rôle grandissant dévolu à l’artet l’ordre de ses conséquences multiples. Dans son Rapport sur l'Exposition de Londres de 1851 (2), véritable monument d'une vaste intelligence, ornée et lucide, Léon de Laborde a tout examiné, tout calculé, tout prévu. Parmi les” penseurs qui sont intervenus depuis, il n’en est aucun — pas même Mérimée — qui se soit élevé à une telle hauteur de vues. S'en rencontre-t-il méme pour avoir apporté à l'étude de la question quelque contribution inédite d’un prix essentiel. Je ne sais trop, en conscience, tant se retrouvent, sous la phraséologie vieillie de jadis, la plupart des idées dont notre génération s’attribuc la mise au jour. Léon de Laborde ne s’est dérobé en aucune facon à la socialisation de l'art (3) ; il en a préconisé le relèvement, pour le bien général, par le maintien du goût public; puis, en patriote averti et sans rougir de se montrer pratique, il a envisagé l’allernative de souveraineté ou de servitude proposée par la suprémalie ou l'abaissement de ce que l’on nommait alors l’art utile, de ce que nous appelons l’art social aujourd'hui.
Ainsi, dès 1856, un critique a poussé le cri d'alarme, signalé le péril et dénoncé « les etforts réalisés de toutes parts, afin de ravir à la France une domination qu'elle a exercée à plusieurs reprises depuis Charlemagne et sans interruption comme sans conteste depuis Louis XIV (4) ». Les raisons de cet ascendant ont été maintes fois rappelées ; il tient à la politesse des mœurs, à ce sens ingénieux et afliné de la gràce, de l'élégance, de la mesure, que la France reçut en partage avec d’autres pays de petite élendue et de climat tempéré, la Grèce et le Japon. Deux siècles et plus, l'univers civilisé ne connut pas d’autres règles que celles de notre goût, pas &’autres styles que ces styles Louis XIV, Louis XV, Louis XVI et mème Premier Empire où nos dons fonciers s’élaient marqués avec une sincérilé et une convenance parfaites. Glorieuse mais redoutable conquète. Comment garder cet empire mondial ? Comment ne pas concevoir d'une aussi triomphale aventure l’orgueil immodéré qui aveugle et paralyse? De fait, l'esprit d'initiative s’abdique jusqu'aux premières années de la Troisième République ; notre paresse imprévoyante s'attarde dans l'évocation stérile d'un passé aboli ; les morts retiennent plus la pensée que les vivants (5);
(1) CF. Le syslème de polilique positive (1830-1842) et la fin de la dernière lecon du Cours de philosophie posilive pur Auguste Comte (1842); du Pussé el de l'avenir des beaurarts, doctrine de Saint-Simon (1830) ; du Principe de l'art el desa destination sociale, par Proudhon (1865); l'Art au point de vue sociologique, par Guyau (1890; ; /a Socialisalion de l'art, suite d'articles d'Elmond Picard, parus dans /e Peuple (de Bruxelles), de 1895 à 1906 ; Art et Socialisme, par Destrées (Bruxelles, 1896) ; {Ar nouveau et l'Art pour le peuple, par Jean Lahor (1901 et 1902). .
2) Paris, Imprimerie impériale. 2 vol. in-8°. MDCCCLVT.
3) Ouv. cité. La vulgarisalion est-elle la ruine de l'art? p. 445 et suiv.
I4., Avant-propos, p. 2.
« Comprenez-vous, S'écriera Léon de Laborde, comment l'art n'a pas été tué sous deux générations de fossoyeurs qui se succèdent lugubrement depuis soixante ans, occupés exclusivement à fouiller les tombeaux des générations passées, à les copier aveuglément, servilement, sans choix et comme poussés par un fétichisme fanatique... Comprenez-vous quelle atmosphère sépulerale plaue sur ces hommes et combien est grande la nécessité d'aérer et de parfumer ces caves de l'art moderne ; combien il est urgent de constituer des hommes pratiques d'une généralion saine, vigoureuse et qui sache faire une distinction radicale entre l'art créateur et les monuments du passé, comme on distingue la vie réel'e de l'histoire » (p. 400).
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on ninvente plus, on inventorie; on ne crée plus, on fait œuvre de critique et d’'archéologue; ce ne sont partout qu'imitations déloyales et que pastiches ridicules : Napoléon [°° avait ressuscité Rome, la Grèce et l'Egypte ; le romantisme s’engoue du gothique et, sous Louis-Philippe, la Renaissance n’est pas l’objet d'une prédilection moins fervente ; la curiosité du Second Empire, qui se pique d'éclectisme, va de l’art pompéien et néo-grec à l’art de Marie-Antoinette et de la Pompadour.. S'hypnoliser dans l'adulation des âges disparus, c'est entretenir le mirage d’un rêve, c’est perdre contact avec le réel et se disqualifier dans le concours ouvert entre les nations. Loin de demeurer oisives, durant notre long sommeil, elles s'étaient éclairées sur le principe de l’art social, sur les conditions de son existence et de son progrès.
En ce qui le concerne, la loi fondamentale est la loi du renouvellement nécessaire (1). Il ne remplit sa mission que s’il évolue en accord avec l’époque dont il exprime les mœurs, les idées, les besoins. Toute dérogation à la règle rompt l’équilibre et l'harmonie. Chez nous l’art social n'est sorti de sa léthargie qu'à partir de l'instant où il a tenté de se soustraire aux suggestions du passé et où il s’est retrempé aux sources du libre instinct et de la nature (2}. On peut placer au déclin du dix-neuvième siècle la période initiale de ce réveil dont porteront témoignage, en 1889, la Galerie des Machires, les palais de Formigé et d'exceptionnelles contributions (3) ; dans la suite le mouvement se continue, se propage, et l'Exposition universelle de 1900 surprend les esprits en mal de découverte ; «c'est une phase d'élaboration plutôt que de définitif aboutissement, mais combien passionvante à raison des inquiétudes qu'elle décèle et des résultats dont elle établit la progression » (4); on augure que notre ancienne prééminence nous sera bientôt rendue; on prononce le mot de renaissance; en réalité il n'en est rien ; ce n'est qu'un faux départ.
D'où vient, et pourquoi le mouvement arrèté dans son essor en France a-t-il pu se poursuivre, sans entrave, à l'étranger? La vérité est que l'affranchissement n’était qu'apparent; la hantise du passé n’a pas cessé de nous obséder; l'opinion reste à désabuser ; et, sans égard pour ses intérêts et son renom, la France persiste à professer l’effroi de l'originalité et en même temps une dévotion excessive à ses styles classiques qui n’ont cependant mérité de prévaloir que par leur adaptation judicieuse au milieu. D'autre part on doit faire état de l'hostilité à tout changement, fréquente, sinon constante, chez les fabricants, chez les industriels ; esclaves de leurs habitudes, ils s'y complaisent ; une mévente possible des modèles existants ue les effrave pas moins que le surcroît de dépenses auquel obligerait l’établissement de modèles nouveaux : tant il est vrai que l'inmmédiat seul les préoccupe et que de l'avenir ils n'ont cure. L'avis le plus commun rendait surtout responsable
(1) Michelet dira de lui qu'il coit « Inventer ou périr».— Ruskin de son côté, dans les Pierres de Venise (1851-1853), a formulé son esthétique danslestrois prescriptions suivantes : 1° N'encouragez jamais la fabricalion d’un objet dans la produelion duquel l'invention n'a pas de part ; 2° N'exigez jamais un fini minutieux pour le fini lui-mème, maïs seulement s’il tend à un bul pratique ou noble ; 3° N'encouragez jamais une imitation ni une copie d'aucune espèce.
(2) C'est la voie desalut recommandée, dès 1873, par l'éducateur unique que fut Lecoq de Boïsbaudran. « Au lieu d'imposer à la jeunesse l'étude prématurée, la répétilion continue du passé, ne serait-il pas mieux de la placer le plus tôt possible en face de la nature, afin qu'elle y cherche, avec un esprit sincère, une imagination fraîche et indépendante, des éléments nouveaux pour de nouvelles conceptions ? Elle pourrait parvenir ainsi à rompre le cercle sans issue dans lequel l'art décoratif moderne tourne sans cesse et se trouve enfermé. »
3) Voir notre livre la Décoration el l'Art industriel à l'Exposition universelle de 1889, Paris, ancienne maison Quantin, in-80, 1890.
:) La Décoration et les Industries d'Art à l'Exposilion universelle de 1900, par Roger Marx, in-%°, Delagrave, éditeur, 1901, préface, p. var.
CNRS
de la réaction le goût encore incertain des inventions parues en 190€ ; qu'un choix s'imposät parmi tant de recherches fiévreuses, personne ne s’avise de le contester ; mais, faute de satisfaire à l'effort d’accoutumance, on a peut-être apporté trop de parti pris ou trop de hâte à censurer, dans leur ensemble, des ouvrages qui attestaient un désir d’émancipation ou d'appropriation toujours estimable en soi ; car la plus pauvre création est moins répréhensible que la contrefacon falote où l’impuissance se trahit et se confesse.
Le copiste rappelle souvent l'enfant qui trace avec peine des caractères sans connaître le sens caché sous les signes qu'il transerit. Ce parallèle se présente à l’esprit lorsque l'on voit tant d'artisans repreduire docilement le soleil auréolé de reyons qui constitue l'emblème de la majesté du grand roi ; sans plus d’à-propos nos meubles s’orneront de cuivres figurant des personnages de la Comédie italienne, tout comme à l’époque de la Régence et de Watteau ; pas de médecin de village qui n'hésite à proscrire les lourdes draperies flottantes dont s’encombre ce lit du Coucher» de lu mariée que nos tapissiers rééditent sans arrêt, au mépris des règles de la plus élémentaire hygiène ; n'est-il pas déconcertant encore de rencontrer, sous tous prétextes, parmi les attributs du décor familier, les glaives, les boucliers, les trophées, détachés de la panoplie napoléonienne, qui semblent quelque peu desuets après quarante années de paix et si contradictoires avec les aspirations humanitaires de la pensée moderne ?
Les architectes n’ont pas été, semble-t-il, sans favoriser la prolongation de cet anachronisme qui se perpétue comme un défi au bon sens et à la raison. Il leur appartenait de proclamer, avant tous autres, les modifications survenues dans l’état de la civilisation ; on est réduit à compter les édifices où l’auteur s’est soustrait à la tutelle de l'antiquité et des styles morts. Voilà bien le symptôme qui aurait dû mettre l'attention en éveil et inspirer le doute sur la viabilité de la prétendue renaissance. L'art de bâtir n'autorisait à l'Exposition de 1900, et pour la France du moins, aucune conclusion réconforlante ; or, l'architecture seule peut déterminer et annoncer un progrès durable ; elle est l'art social par excellence ; à son sort se trouve attachée la fortune de mainte industrie ; enfin s'il lui arrive de faire œuvre valable avec quelque continuité, son succès implique l'accord des volontés qui a précisément fait défaut en 1900. On s'est trouvé en présence d'initiatives émanant parfois d’individualités glorieuses, mais sans lien entre elles parce qu'il n'y avait ni unité de vues, ni mème orientation des activités dans un sens déterminé,
Des Etats soumis au régime monarchique, l'Angleterre, l'Allemagne, les Flandres, certains pays du nord, ont prouvé dans cette rénovation un sens social mieux averti et des qualités plus propres à en assurer la poursuite (1). lis n’ont pas été tenus eu lisière par le passé ; leur tradition, moins illustre peut-être, n’a pas été pour eux une entrave ; s'ils ne possédaient pas notre goût inné, ils se sont mis en mesure de l’acquérir artificiellement par les suggestions de l'exemple, voire même par l'emprunt d'artistes francais ; ils ont multiplié les écoles, les musées ; ils ont développé l’enseignement technique ; ils ünt — les Allemands surtout (2) — utilisé
(1) Au point de vue géographique, l'isolement de l'Angleterre ne manque pas de lui être favorable, el on retiendra aussi que, dans de pelits pays tels que là Belgique, la Hollande, le Danemark, l'unité et la coucordance des efforts sont plus faciles à obtenir. En Allemagne, elles sont secondées par la tendance des anciennes capitales à former des « colonies » d'art distinctes. Peut-être devrait-on viser pareïllement chez nous à la reconstitulion des anciens centres. Les services rendus à Nancy par l'Association provinciale des Industries d'art ‘fondée par M. Emile Gallé) et à Besancon par l'Union provinciale des Arts Décoratifs (fondée par M. A. Chudaut)sont bien pour conseiller une action dans ce sens.
(2) Sur le dernier état de l'art social en Allemagne, consuller le Rapport présenté au nom de la délégation envoyée par le Conseil municipal de Paris au 2° congrès de l'Union provinciale des Arts Décralifs à Munich (190$) et l'enquête de M. Jules Huret dans le Figaro (1908 et 1909).
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Ja fréquence des rapports et la facilité des communications pour s’assimiler au jour le jour les plus récentes inventions des artisans européens ; d'intelligence libre et positive, ils ont tiré parti et profit sans délai des découvertes de la mécanique, de la chimie, de l'électricité, et la fabrication industrielle n'a pas tenu, dans leur préoccupation, une moindre place que la c:éaiion de l'objet de luxe, édité à nombre restreint.
Quand un problème est aussi complexe que celui de l’art social, la spontanéité, la promptitude d'esprit ve suffisent pas à l’éclaircir, et on peut se demander si l'espoir d'une solution heureuse n’est pasplutôt ménagé par la lenteur, le calme et la réflexion où ineline volontiers le tempérament septentrional. Sans nul doute, cest une conscience nelle du but à atteindre, c'est l'esprit de suite, la coordination des efforts et surtout la méthode et la discipline qui ont permis à d’artres d'aboutir et de tenir la France en échec. Cn connaît de quel préjudice cette infériorité est devenue la cause; on sait les atleiates portées à notre esprit d'initiative, à nos facultés d'invention laisstes en friche, à notre goût qui végèle et s’atrophie, faute de s'employer utilement; on sait d'autre part l’abaissement du chiffre de telles exportations, l'invasion grandissante de tels produits manufacturés hors de France (1), l'émigration à l'étranger de certaines industries séculaires et, pour d'autres, la menace d’une disparition prochaine, entraînant après elle le désœuvrement, le chômage... N'y a-t-il rien à tenter afin de conjurer cette déchéance, et toute possibilité de relèvement est-elle interdite quand déjà on axail cru en discer= ner les prémisses? Pour nous guiller, cette fois, nous avons les jalons d’une expérience durement acquise; plutôt que d'assister, complices impassibles, à notre amoindrissement, le mieux est de se remettre à «a tâche, de reprendre l'œuvre de régénération au point où elle était restée, mais en s'imposant d'en régler la conduite selon la logique d'un plan prémédité, müri et qui préserve de tout risque d'avortement.
Par l'émulation qu'elle provoque, par le déploiement d'énergie qu'elle com mande, une exposition seule peut surexciter les activités et leur imprimer l'élan salutaire. Mais que l'on ne s'abuse point. D’exposition universelle, il ne saurait en être question; l'ère en semble pour jamais close. La manifestation de 1900 s’est chargée d'établir la vanité ou plutôt le danger des conceptions chimériques hors de relation avec l'échelle humaine; la portée didactique en a été compromise par le désordre et la confusion dont s'accompagnent fatalement un plan démesuré et une ambition jalouse de trop embrasser; on eût dit d'elle un bazar ou une foire. La raison n'admettrait guère que le prétexte d’un caprice futile renouvelât un amusement unéreux qui ne va pas sans causer quelque perturbation dans les habitudes du pays. Il faut l’excuse de l'intérêt scientilique et le bénéfice d un enseignement certin, pour justifier un tel branle bas, et ce bénéfice, on ne le duit attendre que d'une exposilion spéciale, au programme restreint, nettement défini.
Puisque l’on nous prête l'intention de célébrer, selon un tel mode, le cinquantenaire de la troisième république, il y aurait honneur et profil à ne pas laisser d'autre projet égarer la pensée et à montrer sous quelles espèces s'est traduite au vingtième siecle la socialisation de la beauté. Cette exposition, nous la voulrions internationale, parce que le concours est un stimulant actif; parce que plus d'une suggestion heureuse peut venir du dehors; parce qu'un exemple tout proche est là, et que de l'exposition de Turin (2) date la résurrection artistique de i Italie, nous
(1) Meubles, tissus, cuivres et papiers peints anglais ; bijouterie en faux, dinanderie et étains allemands; sièges en bois courbé et verreries d'Aulriche ; porcelaines du Danemark, etc.
12) L'« Exposition internalionale des Arts Décoralifs modernes » de Turin a été ouverte de mai à novembre1902. L’arlicle 2 du règlement était ainsi coneu : « Oa u'acceptera que les ouvrages originaux qui montreront une tendance bien marquée au renouvellement
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voudrions aussi qu'elle fût moderne, que toute réminiscence du passé s’en trouvàt exclue sans pitié, les inventions de l'art social n'ayant d'intérêt et de raison d'être que dans la mesure où elles s'adaptent rigoureusement au temps qui les voit paraître.
Maintenant, quelle en serait l'économie générale? Lechamp nelaisse pas d'être très étendu. Ilnes'agit rien moins que derévéler l’artdans l'expression de ses rapportsavec la vie publique et privée, à la ville et au village, en l'rance et dans nos colonies: d'établir comment l'industrie et le goût s'accordent à transformer les éléments, la matière pour le plaisir des yeux, l'agrément de l'usage, l'embellissement de l’existence, comment aussi la dignité de l’homme s'accroît à parer les témoignages de son labeur manuelet mêmesesloisirs, sesdivertissements, ses joies. Maisladémonstration n'aura de valeur convaincante qu'à force de précision, de clarté. En pareille occurrence tant vaut la classification, tant vaut l’enseignement recueilli (1); elle devra se déduire du but même de l’exposition et se baser sur l’ordre nature!. C'est affaire aux économisles de la dresser avec le souci prédominant de dégager des lecons accessibles à tous. Sans en déterminer par avance le texte, n’est-on pas en druit du présumer qu'une telle exposition unirait toutes les forces vives en leur proposant un seul et même objet et qu’elle saurait consacrer la solidarité de l’art et de la nature, de l’art et de la vie, de l’art et de la science? Du même coup preniraient lin les préjugés qui ont pesé lourdement sur les dernières générations; au lieu d'être vouée à l’anathème, la machine apparaîtrait comme un auxiliaire et un agent de diffusion rapide et fidèle; rien ne subsisterait plus de l’antagonisme d'hier cntre l'ingénieur et l'architecte réconciliés dans le culte utilitaire de la beauté. Car la prééminence appartiendrait cette fois aux bätisseurs de la cité future, à ceux qui édifient le palais et l'habitation ouvrière, l’usine et le musce, le pont et l'hôpital, les thermes et l'asile de nuit; la peinture et la sculpture, qui prétendaient naguère absorber seules l'attention, interviendraient dans la limite de leurs fonctions décoratives ; le groupement technologique (2) assurerait aux industries de l’ornement, du mobilier et de la vie domestique la présentation normale qui leur fut trop souvent refusée; on apprendrait aussi dans quelle large mesure restent tributaires de l’art, la mode puis les moyens auxquels il nous faut recourir pour transporter notre corps et répandre notre pensée; au dehors c’est encore l’art qui égayera la rue, qui
esthétique de la forme. Les imitations d'ancieus styles et les productions industrielles dénuées d'inspiration artistique ne seront pas admises. » Les effets propices de ces disposilions ont été bientôt mis en lumière par l'Exposition de Milan. Voir, sur l'état comparatif de l’art italien à ces deux Expositions, nos arlicles de la Gazelle des Beaux-Arts (1902, tome 11, p. 506), et (1906, tome II, p. 417). [Le mème écrivain à consacré à l'Art social à l'Erposilion Universelle de Bruxelles dans le mème recueil (Gazette des Beaux- Arts, 1910, t. 11, p. 492) une étude postérieure à la publication du manifeste des Idées modernes.]
(4) La classilicati m rayonnante de Le Play, en 1867, reste maintenant encore exemplaire. « Elle élait divisée à la lois en secteurs correspondant aux différents pays et en zones concentriques correspondant aux diverses catégories de produits. Si on allait de Ja circonférence vers le centre, on passait eu revue tous les produits d’un mème pays ; si on téurnait en cercle, on pouvait comparer Lous les pays dans la mème industrie, » Ch. Gide. ouv. cité, p. 25. — De toutes facons il faudra éviter de retomber dans les crrements de 1900. Les monnaies et les médailles élaient rangées dans la même elasse que les instruments de précision ; on retrouvait confondus pèle-mêle, dans le groupe XV, la bijouterie-jouillerie et les produits en caoutchouc, la ferronnerie d'art et les objets de campement.
(2) C'est celui qui a été suivi : par l'Union centrale pour ses Expositions du métal (1881. du bois, du tissu et du papier (18$2), des arts du feu (1883), et pour l'Exposition générale de 1$87: par la Ville de Paris pour les Exposilions (au musée Galliera), de la reliure (1902), de l'ivoire (1903), des dentelles. guipures et broderie (1907), du fer forgé, du cuivre et de l'étain (1905), de la soie (1906), de la porcelaine (1907) ct de la parure précieuse de la femme (1908).
saura pourvoir de prestige les cortèges, les fêtes publiques (1); de son domaine relèveront enfin le théâtre, la musique, la danse qui favorisent la transmission directe et l'extension immédiate de l'émotion esthétique... (2).
Mais à entrer davantage dans le détail, alors qu'il s’agit d’un exposé succinct, forcément incomplet, on risquerait d'obscurcir l'idée qu'il faut se former d'un pareil dessein. Il suffit d’ailleurs pour l'instant d'avoir soumis à La réflexion des esprits édifiés sur la situation présente la chance de progrès offerte par une exposition d'art social, vision harmonieuse et rationnellement ordonnée de l'humanité en marche vers les destinées meilleures. Roc NS
LE MATIN. — 27 Février 1909.