‹ Arts appliqués et industries d'art aux expositionsChapitre 86 sur 126 · CONS · texte numérisé non relu

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comprendre le beau, de fuir et de détester le laid. C'est ainsi que l’on forme l’éducation artistique et morale d’un peuple.

Je sais que l'on prépare pour 1915 une grande manifestation artistique, une Exposition d'Art décoratif. Mais comme toujours — et j'en causais dernièrement avec M. le sous-secrétaire d'Etat — cette manifestation va avoir lieu à Paris. Nous nous sommes plaints maintes fois, et nous nous plaindrons longtemps encore sans doute, de cette centralisation à outrance, qui se produit dans toutes les branches de l’activité nationale et qui se manifeste d’une façon toute particulière dans le domaine artistique. Nous regreltons et nous regretterons encore qu'on ne suive pas l'exemple des Italiens et des Allemands, avec leurs Exposilions de Turin et de Munich.

La première objection que vous allez me faire, c'est que les villes de Munich, de Turin sont des capitales d'Art et que Rome, par exemple, n’est pas essentiellement une capitale d'Art comme l’est Paris pour la France.

Maiseufin, il y a, dans ce pays de France, des cités, des villes, des centres arlistiques qui, depuis des siècles, ont donné la preuve de leur attachement à l'Art décoratif.

Je ne voudrais pas parler plus particulièrement de celle que j’ai l'honneur de représenter; mais il y a tout de même des villes comme Nancy, Lyon, Toulouse.

M. Cnances Benoist. — Et Rouen!

M. Errexne Rocxon. —.….. et Rouen, qui ont été, depuis des siècles, le berceau de

manifestations artistiques et qui ont conservé un patrimoine d'Art décoratif qui leur est propre.

Et si vous vouliez faire réellement la grande manifestation d'Art que vous projetez, si vous vouliez rénover l'Art décoratif en Trance, il ne faudra pas organiser un grand bazar international. (Trés bien ! trés bien! sur divers bancs.)

Dans tous les cas, monsieur le Ministre, permettez-moi de vous le dire, il est nécessaire de prendre vos précautions pour que l'Exposition des Arts décoratifs, si vous la faites à Paris, ne sorte pas de son cadre et pour qu’elle soit nettement délimitée.

Il ne faut absolument pas que cette manifestation soit pour les entrepreneurs une occasion de faire tout autre chose qu'une Exposition d'Art décoratif. (Trés bien ! trés bien!)

Certes nous sommes partisan de l'ouverture de cette Exposition, mais je sais qu’en insistant pour obtenir le bénéfice de cette manifestation en faveur de ma ville natale et que j'ai l'honaeur de représenter, je soulèverais immédiatement les protestations de représentants d’autres régions. (Dénégutions sur divers bancs.)

M. Jiurës. — Non; nous sommes prêts à appuyer Lyon, pour le bon exemple.

M. Enexve Rocxon. — Il vous est loisible, monsieur le sous-secrétäire d'Etat, d'examiner la question.

Dans tous les cas, je garde sur ce point mes idées et mon opinion.

M. Durannin-Beaumerz, sous-secrétuire d Etat des Beaux-Arts. — Crovez bien que nous ne négligeons pas la province. il me suffit de rappeler les Expositions de Tourcoing et de Roubaix, pour vous donner la preuve que l'Art décoratif n’a pas été négligé. Je serais très heureux qu’il püt y avoir des expositions de ce geure à Lyon, à Toulouse, à Lille, dans tous ces grands centres artistiques et dans bien d’autres encoze. (Trés Lien! trés bien !)

M. Epouanrn Nérox. — Au Puy, par exemple, célèbre par ses dentelles.

M. Le Sous-Secréraire D'Erar. — On pourrait y faire, en effet, une admirable exposition de la dentelle.

M. Ertexne RoGxox. — S'il est intéressant de soulever le point de savoir quelle sera la ville qui bénéficiera de la grande Exposition de 1915 et si l’on tient compte de la réponse que vous m'avez faite, Monsieur le sous-secrétaire d Etat, de ne pas

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— CEX —

négliger les villes de province, il n’en ressort pas moins que cette grande manifestation d'Art, l'unique en ce genre, et la première qui se fera, aura comme théâtre, comme centre d'action, Paris. Vous venez de vous engager en laissant entendre clairement que la première manilestation artistique, la grande Exposition de 1945 aura lieu à Paris.

M. ce Sous-Srcréraine p'Erar Aux Beaux-Arts. — Le Gouvernement n’a rien décidé encore quant à l'Exposition de 1915. É

M. Errexne Rocnon. — Monsieur le ministre, permettez-moi justement d'attirer tout particulièrement votre attention sur ce point. Paris est le centre indiscutable des grandes manifestations d’Art francais; il y a dans nos musées des collections admirables. Mais le but que vous visez, en faisant une Exposition d’Art décoratif, n’est pas simplement de démontrer que Paris est une capitale d’Art, c'est aussi de prouver que la France entière est une capitale d'Art, que, dans toutes nos régions, dans les coins les plus reculés de la France, dans ces pays montagneux de l'Est, il y a des centres où l'Art n’est pas nésligé.

Il y a des villes admirables, comme Besancon, Moret, qui sont perdues dans le Jura, où on fait des choses extrêmement intéressantes. Il y a des régions, comme la région lyonnaise, qui, depuis des siècles, ont une production artistique des prus remarquables, où tout un monde très intéressant vit de la production des tissus.

Si donc vous fai-iez cette première manifestation d'Art en province, vous auriez accompli ce qu'ont fait les Allemands : un peu de décentralisation artistique. Vous permettriez à ces villes, à ces régions, de se reconstituer. Vous donneriez un nouvel essor à cet Art régional qui a disparu. (Trés bien! très bien!)

L'admirable Art lorrain, qui ne vivait plus que dans ses musées, a été relevé, on peut le dire, grâce au courage et à l'ardeur des Gallé, des Prouvé; mais enfin ce sont des manifestations isolfes qui ne pourraient se fortilier, s’augmenter qu'à la condition que l'on essaye de faire de la décentralisation, et les seules manifestations qui puissent favoriser cette décentralisation, ce sont les Expositions d'Art décoratif dans les centres provinciaux. (Trés bien! très bien!)

Voilà ce qu'il faudrait faire, et non pas toujours grouper et réunir à Paris toutes ces expositions.

Que voulez-vous? Je ne puis que rester et je resterai un provincial, considérant que c’est par la province que Paris est devenu riche, que Paris s'est développé.

M. Cnanres Benoist. — Il y a tout de même bien eu quelques Parisiens de Paris.

M. Errexxe Rocxox. — Je ne dis pas que ce sont uniquement des provinciaux qui ont formé le contingent intellectuel de la ville de Paris, mais je dis que souvent des Français sont considérés et consacrés comme étant des Parisiens qui n’ont que d'humbles origines provinciales.

Il n’est pas nécessaire de démontrer davantage combien il serait intéressant pour l’Art décoratif, de faire cette première grande manifestation de l'Art décoratif que fera la prochaine Exposition, en province plutôt qu'à Paris...

[M. Etienne Rognon cite alors plusieurs lettres à lui adressées, notamment de MM. de Baudot, au nom de l'Union syndicale des Architectes français, Lucien Tissié, secrétaire général de la Société libre des Artistes français, René Guilleré, président de la Société des Artistes décorateurs, Frantz Jourdain, président du Salon d'Automne, qui approuvent les critiques qu’il a faites de l’enseignement -officiel des Beaux-Arts.]

Il faut faire l'unité dans l'Art, il faut surtout que les hommes qui seront plus tard des peintres, des architectes, des sculpteurs, soient bien des hommes aptes à faire leur métier, que ces hommes ne soient pas dirigés vers tel ou tel métier parce que la situation de leurs pazents le leur permet ou parce qu'ils ont été poussés par un désir personnel; ce n'est pas ainsi qu'on fait des artistes; c’est en procédant à

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