SCENE VII
ARWED , JOB.
ARWEP.
Quel excellent homme, que le général! quel dommage qu'il soit Anglais ! mais ce n'est pas de sa faute... Job !
JOB
Mon colonel !
ARWED.
Qu'est-ce que je voulais te dire?
job , cherchant à se rappeler.
Je ne m'en souviens pas , mon colonel.
ARWED.
Ah ! où est mon uniforme?
JOB
Là, dans votre chambre. Faut -il aller vous le chercher ?
Non... Seulement, tu me le tiendras prêt dans une heure. . . je veux être en grande tenue. . . lu m'entends?
JOB
Oh I oui , vous voulez vous faire beau pour paraître devant les autres... Les scélérats! ils sont bien aise de vous tenir , parce qu'ils disent : Voilà un homme de talent qui pourrait rendre des services à son pays, il faut nous en débarrasser. . . Ils ne me fusilleront pus , moi, allez , il n'y a pas de risque... Les scélérats!... Et pourtant c'est une injustice , parce qu'enfin c'est Job qui a fait prisonnier . . .
ARWED.
C'est bien, en voilà assez! Mon pauvre Job, tu t'échauffes bien inutilement. . • il n'en faudra pas moins nous dire adieu.
JOB
Je vous en prie, mon colonel, ne me faites pas pleurer , si vous ne voulez pas me rendre tout-à-fait bête.
ARWED.
Mais avant de te quitter , j'ai songé à toi . . . tiens !
( 1 1 lui donne un papier qu'il prend sur la table, )
air : Le choix qu'a fait tout le village.
Cet écrit que je te destine , Tu l'ouvriras quand il en sera temps.
JOB
Mou colonel , je vous devine , Mais je ne puis accepter vos présens.
Vous le savez , j' n'aim' que vous sur la terre , C'est vous toujours qui fûtes mon soutien; Votre amitié seuie m'est nécessaire; Si je vous perds je n'ai plus besoin de rien. Votre amitié seule m'est nécessaire ; En vous quittant j' n'aurai besoin de rien.
ARWED.
Qu'est-ce que ça signifie ? Pourquoi me dis-tu cela aVec un air sinistre ?
JOB
Est-ce que vraiment j'ai eu l'air sinistre?
ARWED.
Mais oui , pas mal!
JOB
C est fort ridicule! Je ne m'en suis pas appercu;
ARWED.
je te forcerai bien d'accepter plus tard.
( // remet le papier dans sa poche. )
SCEIVE VIII.
LES MÊMES, POLWARTA.
polwarth , suivi dun domestique.
Posez cela là, et sortez.
ARWED.
Eh! Polwarth! tu arrrives à propos, car je commençais à m'attrister.
POLWARTH
Mon ami, je t'apporte ce que tu m'as demande'. . , c'est ce que j'ai trouvé de mieux. J'ai vu le général, il m'a tout appris. Je sais qu'à quatre heures un coup de canon doit nous avertir. . • enfin suffit.
Mon colonel , je vais mettre la table.
ARWED.
C'est cela. J'ai on appétit digue d'un meilleur sort.
JOB
Tant mieux, mon colonel, c'est bon signe. Au fait, il fout toujours vivre en attendant... on ne sait pas ce qui peut arriver.
ARWED.
Mets aussi ton couvert, Job , tu seras des nôtres.
JOB
Moi, mon colonel, vous me feriez l'honneur?..* Je n'oserai jamais.
POLWARTH
En effet , un simple Mohican. . .
ARWED.
Eh! qu'importe ! c'est bien le moment, d'avoir de l'orge uil!
( Pendant ce couplet Job met le couvert. )
air : Restez, troupe jolie.
Mon cher, le trépas qui moissonne Les soldats et les colonels , Ici bas n'épargne personne, Et rend égaux tous les mortels.
Tous trois, à ce banquet aimable, Asipyon.'-noiib avec gaïté ; Que le plaisir nous donne à table Une leçon d'égalité.
POLWARTH
Tu as raison , tu as toujours raison , d'autant plus que nos mets ne sont pas trop délicats... Dans ton pays de sauvages on ne trouve rien. . . on ne peut pas vivre dans ton Amérique... et on appelle ça une partie du monde.'... Ah ! mon pauvre Arwed ! quandjje songe à nosfestins de la taverne du grand Malboroug !.. . Que n'y sommes nous encore !
JOB
Oh ! oui , que n'y êtes-vous encore! ça me ferait plaisir. ( Bas à Polwarth, ) Dites donc, capitaine , vous qui êtes si farce, tâchez donc de le distraire , de le faire rire. *
POLWARTH
Oui , oui , je vais essayer . . .
( Ils se placent.*}
ARWED.
Tu verras , Polwarth , que nous ne serons pas mal ici. . . un petit repas sans façon , voilà ce que j'aime !. . . Et toi , tu en as fait quelquefois ,de plus mauvais et de plus tristes. Te souviens-tu , entr'autres , de ce déjeûner où nous étions invités tous les deux par l'amiral Radwick , à bord de son vaisseau.. .
Arwed. 7
( 5o ) POLWARTH.
Oui, le Neptune; un trois-mats superbe, très-bien approvisionné. . . Mais si nous attaquions?
Quelle diable de figure tu faisais ce jour-là! je m'en souviendrai toujours.
polwarth , servant.
Un peu allongée , c'est vrai! et ce n'était pas sans raison, tu le sais bien; tu te rappelles parfaitement que le vaisseau devait partir à quatre heures, on nous invite pour midi, moi j'arrive à onze heures , pour ne pas faire attendre.
ARWED.
Et puis ton estomac avance toujours, c'est connu.
POLWARTH
Aussi j'étais le premier.
air de la Robe et des Bottes.
On ne saurait m'en blâmer, j'imagine. . .
illWED.
Un pareil zèle est digne d'un héros.
roi/WARTH.
Je fis d'abord un tour à la cuisine. . .
ARWED.
Oui , pour inspecter les fourneaux.
Je rends justice à ton exactitude ; Pour un soldat, c'est très-bien. . .
POLWARTH
Oui , morbleu !
Ça prouve au moins que j'ai pris l'habitude D'arriver le premier au feu.
Et puis c'était un moyen de prendre patience , car le temps s'écoulait; une heure sonne, deux heures, point de convives; ma foi je n'y tenais plus.
Au fait, vous deviez joliment bisquer, vous qui êtes gourmand.
POLWARTH
Gourmand! gourmand ! . . .
ARWED.
[i î par exemple , ce que tu as oublié de dire , c'est qu'en rant à mon tour dans le vaisseau, j'aperçois un gros
Ah arrivant à mon tour dans le vaisseau, j'aperçois un gros gaillard , habillé en marmiton , et qui s'amusait h goûter toutes les sauces; je crois le reconnaître, je m'approche, en effet , c'était Polwarth. Ab ! ah!
JOB
Ah ! ah ! ah ! comment c'était Polwarth î
( // rit. )
POLWARTH
C'était une Farce !
JOB
Enfin vous avez peut-être fini par dîner?
POLWARTH
Ah ! voilà le plus drôle, c'est que le temps s'était passé sans qu'on s'en aperçût , de manière qu'au moment où tout le monde était réuni, au moment où le potage allait terminer mon supplice; tout-à-coup le signal du départ. . . (Ils vont trinquer , lorsqu'on entend l'horloge sonner tm coup. ) Qu'est-ce que j'entends? ( Un deuxième coup.) Deù^î
JOB
Trois î
POLWARTH
Quatre! Ah! mon dieu !
JOB
air nouveau de M. Doche.
Ecoutons!
POLWARTH
Ecoutons ! c'est l'heure convenue. . .
job , se levant.
Sans bruit attendons le signal.
ARWED.
Malgré moi mon âme est émue. . .
Voici donc le moment fatal !
JOB
Ecoutons! écoutons!
rOLWARTH et ARWF.D , SC làvc/lt.
Mais non , . . tout demeure en silence, Je conserve un peu d'espérance.
JOB
Ça m'étouffe ! j' n'ose pas respirer !