SCENE V
Lady REDWOOD, ARWED.
LADY
Vous voyez , Colonel , combien nous vons aimons tous , et vous le méritez bien. . . Les troubles civils n'ont point changé votre caractère , c'est une exception dont je vous félicite.
ARWED.
Il est trop vrai, je suis toujours le même; toujours malheureux.
LADY
Vous, malheureux ?
ARWED
Je sais bien qu'au premier coup-d'œil on ne s'en douterait pas. . . Je ris , je suis très-gai; il y a des gens qui prennent cela pour du bonheur , mais au fond, j'enrage , je suis désespéré.
LADY
Sans doute quelque folie?
ARWED.
Oui, Madame, si l'amour en est une;. .. encore je dis l'amour , et cette expression rend faiblement ce que j'éprouve.
LADY
( A part. ) Allons , nous y voilà ; il y vient de lui-même. ( Haut.) Il s'agit donc d'une passion véritable?
ARWED.
"Vous n'en serez plus surprise , quand vous saurez que j'aime sans espérance.
LADY
Et quelle raison ?
La plus simple : je n'ai pas le bonheur de plaire.
LADY. jfÇ
Permettez-moi d'en douter.
Arwed. 5
ARWED. '
Convenez alors que j'ai du malheur.
LADT.
Et c'est à Boston qu'habite celle que vous aimez ?
ARWED.
Oui, mais c'est à Londres que cela m'a pris. Son indifférence est peut - être un des motifs qui m'a jeté dans la cause de la liberté ; j'ai voulu aussi briser mes fers.
air de Tenter s.
Je me disais , honteux de ma faiblesse , Eu vain l'amour peut enchaîner mes pas , Brisons les nœuds d'une indigne tendresse L'honneur l'ordonne , et je inarche aux combats. Je me disais : Anx yeux de cette belle , Mon front bientôt va briller d'un laurier. Vainqueur alors, je reviendrai près d'elle. . . Je l'ai revue, et je suis prisonnier.
LADY
J'avoue que cela n'est pas encourageant; mais peut-être êtes-vous dans l'erreur. . . Peut-être cette femme que vous croyez indifférente . . .
ARWED.
Que dites-vous ! sauriez-vous par hasard ?
LADT.
Le nom de l'héroïne? pas encore ;... c'est la seule chose que vous ayez oubliée dans votre histoire.
ARWED.
C'est qu'en vérité , je n'ose. . . Vous avez déjà deviné , peut-être ?
LADT.
C'est-à-dire, je m'en doute à peu-près.
air d'Yelva.
Mais achevez, je vous supplie.
arwed.
J'hésite, hélas ! à vous ouvrir mon cœur.
Auprès d'une femme jolie Ne doit-on pas craindre plus d'une erreur? De ses attraits , quand le pouvoir suprême
Met à ses pieds mille amans chaque jour, On risque bien de se tromper soi-même En lui faisant l'aveu d'un autre amour.
LADY
( A part. ) Il paraît que ce n'est pas moi. ( Haut. ) Enén me direz-vous quelle est la personne?
ARWED.
Vous l'exigez ! . . . Miss Anna , votre cousine.
LADT.
Miss Anna! {A part.) Décidément.». Mais l'essentiel c'est qu'il aime quelqu'un ; oublions ma coquetterie, et ne songeons plus qu'à nous l'attacher.
ARWED.
Vous vous taisez , Madame?.. . Vous craignez de m'affliger en m'apprenant Je retour dont on paie ma tendresse.
LADY
Non, ce n'est pas cela. . . Vous avez trop de défiance; miss Anna est peut-être effrayée de votre étourderie , votre inconstance lui a sans doute paru extraordinaire ; elle connaît si peu le monde. . . Mais on pourrait la rassurer , on pourrait l'amener à consentir. . .
ARWED.
Vous croyez ?
LADY
Mais voyons, faisons nos conventions. Si je vous obtenais «a main, que feriez-vous pour nous ? arwed , vivement.
Tout, mon bras, ma vie; il n'est point de sacrifices audessus de ma reconnaissance.
LADY
Allons, vous l'aimez , je le vois; je m'emploierai pour vous. . . et si le zèle peut tenir lieu d'éloquence , je serai persuasive. J'attends ici miss Anna,... veuillez rejoindre le capitaine Polwarth. Je regarde notre traité comme conclu , ( Lui tendant la main.) recevez-en le gage. arwed , lui baisant la main.
Je sors, et me confie à vos promesses.
( Il sort à droite , dans le deuxième salon .)