L'UTILISATION DE LA NATURE
Dès ses origines, le peuplement fut facilité ou contrarié non seulement par le nombre d'espèces utiles, mais aussi par la vigueur de la végétation. La forêt dense de l'équateur commence seulement à être vaincue. Ses ressources nutritives ont été singulièrement exagérées; elle maintient dans l'isolement et retarde le progrès; dès qu'on veut cultiver, elle s'y oppose par sa puissance écrasante, par la vigueur avec laquelle renaît la végétation. Encore aujourd'hui, le défrichement est partout très pénible, souvent dangereux par les maladies qui en sont la rançon. Les indigènes eux-mêmes redoutent les « fièvres des bois ». On comprend que la silve malaise soit le refuge des tribus primitives. Ce n'est pas que la civilisation ne puisse s'y épanouir, témoin l'état jadis si prospère de Palembang, en pleine futaie marécageuse; mais son anéantissement montre combien les œuvres de l'homme y sont fragiles en face d'une nature formidable. Java, le Malabar nourrissent de très fortes densités. Et pourtant, sous l'équateur, les populations vigoureuses semblent les montagnards, et c'est peut-être à eux qu'est réservée la mise en valeur du bas pays. Elle consistera dans les cultures de plantations. Jadis ce furent les épices qui attirèrent les conquistadores dans « les Indes »; aujourd'hui ce sont, en proportions très variables selon les besoins du marché, le manioc, la canne, le café, le quinquina, le caoutchouc et le palmier à huile (Elœis guineensis). Il semble que ces régions, encore presque désertes sauf Java, constituent d'immenses réserves de terres vierges pour les générations à venir;
l'asie des moussons.
ce seront des colonies d'exploitation, dans toute la force du terme, où une poignée d'Européens dirigera le travail des masses indigènes qu'il faudra y implanter. Nulle part ne s'impose davantage le recours à la science, à l'hygiène tropicale, à la technique agricole.
A mesure que s'introduit une saison sèche, l'humanité a moins de peine à prendre possession du sol. Les forêts tropicales sont beaucoup plus faciles à essarter, en raison de leur moindre densité, et généralement de la possibilité de les détruire par le feu au printemps. Là où elles voisinent avec des silves équatoriales, on n'exploite souvent encore que les bois des premières. Malgré son humidité constante, la forêt subtropicale n'a pas arrêté la colonisation chinoise, qui a profité de sa propension à dégénérer en maquis, et qui a mis à profit son mélange d'espèces tropicales et tempérées. Néanmoins, elle paraît avoir opposé plus d'obstacles que la forêt clairsemée de l'Inde et surtout que les steppes de la Chine septentrionale. Ce sont là des pays où il semble que, dès le début, il n'y ait eu qu'à pousser la charrue. En Insulinde, les régions de savanes, comme les plateaux de Sumatra, Bali, nourrissent plus de 100, parfois de 200 habitants au kilomètre carré, contre 5 seulement dans les silves épaisses de Bornéo sur un sol bien plus fertile ; les États de Sumatra les plus puissants, les plus rebelles à la conquête s'étendaient dans des régions découvertes (Atjeh, pays Gajo et Batak).
Les contrées les plus arides, celles du Nord-Ouest et du Sud-Est de l'Inde, dépendent uniquement de l'irrigation; c'est là que, par la réfection et le développement des canaux indigènes, la science européenne s'est faite créatrice de populations. Même dans les régions humides de l'Asie des moussons, l'irrigation est bien souvent le signe de toute culture intensive. Son rôle n'est pas seulement de conquérir le désert, ni d'étendre le domaine des plantes qui demandent beaucoup d'eau et qui, sans elle, seraient réduites aux alluvions inondées par les crues. Il est aussi, et surtout, de parer aux irrégularités qui signalent les pluies de moussons. Quand elles cessent pendant dix jours, l'évaporation anéantit les récoltes; pour préserver la vie végétale pendant ces éclaircies, les ingénieurs de l'Inde et du Tonkin comptent qu'il faut un litre d'eau par seconde et par hectare. Dans la province javanaise de Sourabaia, en cinq ans, la proportion des rizières où la récolte a manqué n'a été que de 0,1 à 3,2 p. 100 dans les régions irriguées; elle s'est élevée à 32,3 p. 100 dans certains cantons qui disposent seulement des pluies, pourtant abondantes et relativement régulières dans ces parages. Autre bienfait de l'irrigation : un végétal ne demande pas la même quantité d'eau pendant toute son évolution; seule elle peut suivre ces variations. Et par suite elle augmente le rendement du simple au double dans les rizières de Java; elle permet cette amélioration de la qualité, que les techniciens placent aujourd'hui au premier rang de leurs préoccupations. Elle favorise encore la substitution à des plantes de peu de rapport, comme le millet, de cultures plus riches, la canne, le riz, le blé. Enfin les cultures propres à la saison sèche consomment moins d'eau que celles de l'été, mais elles ont plus besoin encore d'un arrosage constant dans bien des régions qui sont en hiver presque dépourvues de précipitations.
La nécessité de l'irrigation est plus ou moins impérieuse selon le climat et les plantes. Mais son utilité est générale; elle fut reconnue de bonne heure par des peuples très divers, qui l'ont souvent associée à la religion. Un rituel shintoïste japonais du x® siècle mentionne parmi les plus grands crimes, avant
Phol. Service Pholos-r. Indochine.
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ïhat-khé (province de Langson, ïonkin).