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G. U., I. IX, l'i.. Mil.

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même le meurtre et l'inceste, « renverser les digues des rizières, combler les canaux d'irrigation, ouvrir les vannes des étangs où l'on conserve l'eau des pluies ». Dans plusieurs régions de l'Inde, c'est œuvre pie de vaincre l'aridité. Il y aurait, pour les historiens et les sociologues, à rechercher l'origine et la propagation des divers procédés, réservoirs, puits, canaux, des instruments variés et ingénieux qui élèvent l'eau au niveau des champs, des règles de sa répartition. Nous ne pouvons encore que pressentir l'importance de ces faits; mais l'irrigation suppose la solidarité de ses bénéficiaires, tous intéressés à créer ou à réparer les digues et les rigoles; elle les associe dans une œuvre commune où la rigueur du droit de propriété doit se relâcher. Les Javanais ont un agencement parfait pour distribuer les eaux, mais à condition de conduire tout leur travail selon les indications des ingénieurs hydrauliciens, qui exercent un véritable « despotisme éclairé ». Dans l'antiquité, certains grands systèmes d'irrigation n'ont pu être menés à bonne fin que par une autorité centrale obéie sur un vaste espace, ni conservés intacts que pendant les périodes de prospérité nationale. Par là le paysan est tiré de son isolement et associé à la fortune de ses co-usagers de l'eau (pl. VIII, A et B).

Une action convergente s'exerce dans la lutte contre les fleuves si irréguliers, aux crues bienfaisantes par leurs limons, mais souvent dévastatrices. Nous verrons, à propos des fleuves Jaune et Rouge, l'extrême difficulté de parer à leurs méfaits; disons seulement ici que les travaux d'endiguement contribuent, avec l'irrigation, à renforcer le lien social et postulent peut-être plus encore un État bien organisé. Par contre, c'est surtout à des efforts individuels, bien qu'ici aussi le travail de l'un profite souvent aux autres, qu'est due une pratique très répandue dans les pays tant soit peu accidentés : la division des pentes, même faibles, en terrasses pour faciliter l'arrosage et pour empêcher la descente des terres. Le rapport est évident avec l'intensité des pluies de mousson et de leur puissance érosive.

Les principales plantes cultivées accomplissent leur évolution pendant les pluies estivales. Cependant quelques-unes sont semées à l'automne et récoltées au printemps. L'humidité nécessaire leur est fournie soit par les dernières averses de la mousson, soit par les réserves emmagasinées dans le sol, soit çà et là par les pluies et les rosées de l'hiver. On comprend que la nature et l'importance de ces cultures varient beaucoup selon la durée, la rigueur, la température de la saison sèche, et aussi selon l'étendue de l'irrigation. Dans le Nord de l'Inde, la distinction est très marquée entre la récolte kharif (automne) et la récolte rabi (printemps). La première comprend le riz, le maïs, le millet, des légumineuses, le coton. Mais, sauf le millet et les pois, ces espèces ne pourraient supporter le froid de l'hiver gangétique; aussi cèdent-elles alors la place à des plantes plus résistantes, le blé, l'orge, le trèfle, le pavot, la moutarde, le lin. Ainsi des cultures tropicales alternent avec des cultures tempérées. Sur la côte de Coromandel, où la chaleur ne cesse pas, cette distinction s'atténue; de nombreuses espèces peuvent pousser hiver comme été, pourvu que l'irrigation leur procure assez d'eau, et il en est ainsi dans la zone équatoriale. Très souvent, il est possible d'obtenir du même champ deux récoltes par an; on voit l'immense avantage sur l'agriculture européenne. Seulement, c'est au prix d'une quantité de travail et d'engrais qui ne peut être fournie partout, il s'en faut de beaucoup. Aussi est-il bien plus fréquent que la terre se repose plusieurs mois après l'une des cultures. Mais le

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paysan s'arrange pour qu'une partie de son domaine soit en kharif, une autre en rabi. La première est généralement considérée comme la principale; c'est elle qui produit les plus forts rendements et qui doit nourrir la population pendant la majeure partie de l'année. Mais la seconde dépasse l'importance des « cultures dérobées » européennes. Elle allège dans une certaine mesure la détresse qui suit un été trop sec. Elle est souvent moins pénible que celle de l'été; ainsi, au Tonkin, elle se fait à la houe, à la charrue attelée de jeunes animaux trop faibles pour labourer une rizière. Les mêmes principes fertilisants ne sont pas toujours extraits du sol; on peut introduire, après le riz, les pois qui restituent l'azote au sol. Un assolement rationnel peut ainsi se former.

Le riz. — Le riz semble avoir son origine dans les deltas tropicaux de l'Asie; mais nous ignorons où et quand il fut remarqué parmi tant d'autres plantes des marécages et considéré comme un don divin, parfois même comme l'incarnation d'un dieu. Il a une foule de variétés (plus de neuf cents en Malaisie) nées sous l'action du milieu naturel et de la culture, assez différentes comme biologie et comme valeur nutritive. On les range en trois espèces principales : 1° le riz gluant (Oryza glutinosà), employé pour l'alcool et les gâteaux; 2° le riz de montagne (0. montana), la plante parfois très drue des défrichements, des terrains non submersibles, mais bien arrosés parles pluies; 3° le riz ordinaire (0. saliva), de beaucoup le plus fréquent : il comprend le riz flottant, qui s'allonge jusqu'à 6 mètres au fur et à mesure de l'inondation, et qui est une ressource importante dans des pays comme le Cambodge et la Cochinchine, où des cuvettes restent longtemps remplies par la crue. Le riz ordinaire exige surtout de l'eau en abondance pendant la période végétative ; on compte qu'il lui faut à Java 10 000 mètres cubes par hectare, et davantage dans les régions de moindre nébulosité, de plus forte évaporation. Il est indifférent aux froids de l'hiver, puisque c'est en Asie une plante annuelle; une moyenne d'été de 20° lui sufTit; il pousse, assez médiocrement il est vrai, jusqu'à Hokkaido et en Mantchourie. Ainsi il peut croître dans toutes les zones climatiques de l'Asie des moussons; grâce à l'irrigation, il prospère sur le bas Indus, avec un total annuel de 200 millimètres, comme à Sumatra avec plus de 3 mètres. Il préfère les alluvions des deltas, les terres meubles où l'eau circule aisément, mais on le trouve sur des sols très divers, pourvu qu'ils puissent être submergés. Seulement l'époque et le nombre des récoltes varient selon le régime des précipitations. En Cochinchine, toutes les variétés accomplissent pendant l'été la majeure partie de leur période végétative, et la date moyenne de la récolte est la fm de janvier. Au Tonkin, où l'opposition entre les saisons est moins accusée, la principale culture du riz a lieu de juillet à novembre (« récolte du dixième mois » annamite); mais en certaines régions on sème en décembre-janvier, et on récolte en mai-juin (« récolte du cinquième mois ))). En Annam, il y a en plus une moisson d'avril, et, au Phu-yen, on peut voir sur pied, en même temps, des plants à tous les degrés de leur développement. Ainsi deux récoltes de riz peuvent à la rigueur se succéder sur le même champ, mais le fait est rare, et son extension n'est pas à souhaiter même dans les régions les mieux irriguées, car on épuiserait vite le sol, et une submersion constante empêcherait la nitrification naturelle.

Les rizières sont généralement divisées en menues parcelles de 20 à 60 mètres de côté. On les entoure de petits talus pour y retenir une couche d'eau de

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15 à 40 centimètres; elles doivent être un peu inclinées, de sorte que l'eau en mouvement amène l'oxygène à la plante et que le surplus s'écoule dans des rigoles. Dès les premières averses de la mousson, le paysan commence à retourner la glèbe humide, débarrassée de souches et de pierres, avec des araires primitifs traînés par des bœufs ou par ces buffles qui sont les associés du travail dans les rizières tropicales. Les herbes et, le cas échéant, les engrais sont ensevelis dans la terre, qui doit être convertie en une vase liquide bien homogène. Parfois on se contente d'y semer le grain à la volée. Mais, en général, on a préparé une pépinière de jeunes plants, qu'on repique dans la rizière alors inondée, à des intervalles réguliers de 0 m. 30 (pl. VII, A et B). Pendant la période végétative, le travail se ralentit; il faut seulement veiller à ce que l'eau ne recouvre jamais le sommet des plants, et ouvrir à propos les vannes pour conserver une quantité d'eau qui, théoriquement, devrait aller en décroissant du repiquage à la maturité; si les herbes sont trop envahissantes, on les sarcle, et on chasse les essaims d'oiseaux friands des grains. La récolte est proche lorsque l'épi jaunit et s'incline alourdi; alors les pluies deviennent inopportunes, et il est utile de faire écouler l'eau complètement pour améliorer le grain. On moissonne à la faucille, on transporte les gerbes sur l'aire où elles sont égrenées sous le pied des animaux ou battues au fléau. On obtient ainsi le paddy, où le grain est encore couvert de ses téguments, et c'est ainsi qu'on le conserve. Le décortiquage se fait, soit dans de grandes usines pour l'exportation, soit à mesure des besoins pour l'alimentation indigène. A Java, le battement des pilons révèle de loin les villages cachés sous la verdure, et le silence est de règle pendant la préparation de la plante divine.

La culture du riz est très pénible et malsaine : après chaque saison pluvieuse, il faut réparer les digues; tous les travaux se font dans la boue liquide jusqu'au genou, sous une chaleur d'autant plus exténuante qu'elle est humide. D'où vient donc son extraordinaire difïusion? Elle a permis d'utiliser d'immenses marécages où d'autres céréales ne venaient pas. Son rendement est très supérieur à celui du millet et du blé. En Cochinchine, la moyenne varie de 1 500 à 2 000 kilogrammes de paddy à l'hectare; elle dépasse 2 500 dans les provinces du Centre. En Birmanie, les rendements de 3 000 kilogrammes sont fréquents; d'aucuns vont jusqu'à 6 500. De plus le riz n'occupe le sol que pendant une courte durée, qui peut se réduire à quatre mois pour les variétés hâtives, et il le laisse ensuite libre pour d'autres plantes. La multitude de ses variétés permet de l'introduire dans des milieux assez divers; la coexistence de rizières hautes et basses, de variétés semées et coupées à des dates différentes diminue, si elle ne l'annihile pas, le risque que la récolte vienne à manquer complètement. Le riz est de digestion facile, avantage important dans les régions chaudes et humides où les autres céréales causent des dyspepsies. Comparé au blé, il a une teneur supérieure en amidon, mais il est moins riche en matières azotées et grasses. Aussi les Asiatiques ajoutent-ils à leur ration de riz, qui est de 625 grammes par jour en Cochinchine, de 1 hl. 8 par an au Japon, des aliments plus azotés, sous forme de légumineuses (les espèces de haricots, de pois, de fèves sont très nombreuses et très répandues), de condiments, et, pour les peuples qui ne mangent pas de viande, ou bien de laitage (Indiens), ou bien de poisson frais, salé, séché (Chinois, Indochinois).

Malgré la nécessité de ces adjuvants, le riz est la plante qui peut nourrir le

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plus d'habitants sur une surface donnée. Les fortes densités des campagnes asiatiques s'observent en général dans des régions de rizières. Dans les Provinces Centrales de l'Inde, il suffît par tête de 60 ares dans le Sud et l'Est, pays de rizières, au lieu de 80 dans la vallée de la Narbada, productrice de blé. Les districts du Bihar qui ont une forte proportion de rizières réussissent à nourrir leurs habitants sans que ceux-ci doivent recourir à l'immigration temporaire comme les habitants de districts voisins, aussi fertiles et irrigués, mais adonnés au blé^.

La culture exige une main-d'œuvre abondante, patiente, minutieuse. Mais, si les labours réclament tout l'elîort de l'homme, d'autres travaux aussi essentiels et plus prolongés, le repiquage, la récolte, le décortiquage, peuvent être confiés à des femmes, à des enfants dont il faut des nuées. Les pays de rizières correspondent à des sociétés très prolifiques^.

Par sa parfaite adaptation aux conditions naturelles et sociales, le riz est certes la céréale caractéristique de l'Asie des moussons. Les damiers de rizières en menues parcelles, tantôt miroitantes, tantôt vertes ou jaunies selon la saison, sont l'élément essentiel des paysages les plus fréquents^. Le riz prédomine dans certaines régions au point d'y donner lieu à une véritable monoculture, qui n'est pas sans inconvénient, puisqu'elle fait dépendre toute la subsistance d'une récolte toujours aléatoire. Ce sont des pays d'exportation, pourvu que la densité de la population ne retienne pas les grains pour la consommation locale : la Birmanie, où le riz couvre neuf dixièmes de la surface cultivée, la Cochinchine, le Siam. Dans l'Inde, cette proportion varie de 3 p. 100 dans le Pendjab à 74 p. 100 dans l'Est du Bengale. Elle atteint 45 p. 100 à Java, où l'extension du riz est favorisée par le gouvernement malgré sa politique de plantations. Elle est de 60 à Formose, de 52 à 60 dans Hondo. En Chine, les greniers à riz sont la vallée du Yang-tseu et les environs de Canton; chaque année, ils expédient des centaines de milliers de tonnes dans les provinces du Nord, où dominent les céréales tempérées. Le riz ne cesse de se propager, même quelquefois sur des terrains qui ne lui conviennent pas, à mesure que les tribus primitives apprennent à l'apprécier au contact des Aryens dans l'Inde, des Chinois vers le Tibet, des Malais en Indonésie. C'est pour elles une façon de gagner leur brevet de civilisés, A Java et au Japon, la limite supérieure des habitations coïncide avec celle du riz. Et cependant il est bien exagéré de dire, comme on le répète, que le riz est la nourriture essentielle de l'Inde et de l'Extrême-Orient, D'abord, les chiffres précités n'indiquent pas que souvent les rizières portent d'autres cultures alimentaires en saison froide. Nombreuses sont les parties de l'Inde et de la Chine où le riz alterne avec le blé, celui-ci en hiver, celui-là en été. Nombreuses aussi, les régions où les surfaces consacrées au riz sont infimes à côté des surfaces réservées à d'autres céréales, surtout dans la zone tempérée et le type climatique de Delhi. On rapporte les locutions chinoises où « prendre un repas » se dit « manger du riz »;

1. Toutefois on a calculé à Java que la culture du riz ne peut à elle seule nourrir plus de 200 à 250 habitants au kilomètre carré; au delà de ce cliifïre, on doit importer. Souvent les maxima de densité s'observent en Asie dans des régions qui joignent aux rizières des cultures pour l'exportation (Bengale oriental, Travancore, etc.).

2. On a souvent dit que la culture du riz, à la difïérence de celle du blé, exige l'entr'aide villageoise et plus de solidarité. S'il n'a pas été exagéré, le fait reste à préciser.

3. 11 faudrait voir si le plan des villes ne rappelle pas maintes fois le tracé des digues qui sont souvent les seuls chemins au milieu des rizières; tel est parfois encore le cas au Japon. Or ces digues sont généralement disposées en damier. Ce serait une explication, à côté des influences religieuses, pour le tracé si fréquent des rues à angle droit.

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les anciens pèlerins chinois ne manquaient pas de noter si le riz poussait dans les pays visités. Mais une grande partie des Chinois, surtout il est vrai dans le Nord, vit d'autres céréales, de légumineuses, et ne mange du riz que comme jadis les paysans européens de la viande. C'est pour les classes populaires un aliment de luxe, le signe convoité d'une supériorité sociale. Il en est de même dans l'Inde, où les gens du riz se distinguent de ceux du blé et du millet, dans l'Indonésie, où le manioc, les ignames, le sagou sont si répandus et si utiles. Ce qui reste \Tai, c'est que les progrès du bien-être chez les Asiatiques se traduisent par une augmentation du nombre des mangeurs de riz.

Autres cultures. — Parmi les autres plantes alimentaires, les plus répandues sont le sorgho et le millet, deux graminées très plastiques. Au premier, dont les tiges parfois hautes de 4 mètres produisent beaucoup de fourrage, sont consacrés surtout des sols argileux, assez fertiles; le second, de taille moitié moindre, se contente de sols siliceux, de terrains accidentés. Leurs graines, très nutritives, renferment plus de matières grasses et azotées que le riz, mais leur rendement est très inférieur. Bien qu'on rencontre certaines de leurs multiples variétés dans des régions très humides, leur principal mérite est de supporter la sécheresse grâce à leurs profondes racines; ils demandent bien moins de travail que le riz. Aussi les trouve-t-on chez les civilisés qui veulent utiliser des terrains non submersibles ou n'ont pas assez de main-d'œuvre et d'engrais. Et surtout chez les primitifs qui ne pratiquent pas l'irrigation : il est significatif que, chez les païens de la péninsule malaise, le premier pas vers la nourriture civilisée soit la culture du millet; puis vient celle du maïs, et enfin seulement celle du riz. Originaire d'Amérique, le maïs s'est déjà largement répandu en pays tropical partout où le sol est profond, fertile et pas trop humide; c'est souvent le succédané du riz dans les pays moins pluvieux, et il arrive à nourrir des populations denses. Le blé est avec l'orge une plante de culture hivernale sous les tropiques (Inde), ou bien une plante de climat tempéré (Chine du Nord). Dans l'Inde, c'est une culture subordonnée à celles de l'été, qui lui laissent cinq mois seulement, au lieu des neuf à dix des blés d'hiver européens; son rendement est bas (7,7 quintaux par hectare, au lieu de 16 pour le riz) et aléatoire. Les légumineuses, très diverses, sont une ressource importante, surtout dans les régions tempérées : d'après des textes chinois du viii^ siècle, elles ont permis de grandes migrations du Kan-sou au Chen-si. La canne à sucre aurait son origine entre le Bengale et l'Annam. Les meilleures conditions sont une moyenne annuelle de 23°, deux mètres de pluies, un sol meuble et riche; elle peut s'accommoder d'une saison sèche. Elle réussit donc surtout dans les plaines alluviales des types climatiques du Malabar, de Hong-kong, de Calcutta. Le thé se contente d'arènes assez pauvres, et il peut monter jusqu'à plus de 1 800 mètres à Ceylan. C'est l'une des plantes subtropicales qui exigent le moins de chaleur (il lui suffit dans les Xilgiri de 16o,5 en août). Mais il demande une humidité constante, l'hiver, parce que c'est la saison de la reproduction, l'été, parce que son feuillage se défend mal contre la transpiration. Aussi correspond-il aux types climatiques de Malacca et de Hong-kong, même à celui du Malabar là où le relief assure des pluies de toute saison. La cueillette et la préparation des feuilles sont de ces travaux longs et minutieux qui occupent toute la famille.

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Le coton, — Le coton, le principal textile de l'Asie, est indigène dans l'Inde sous ses deux grandes variétés, arborescente et herbacée; en Indonésie, les primitifs vont récolter dans la brousse les gousses du cotonnier sauvage. D'autre part, il a été introduit dans l'Extrême-Orient jusqu'en Corée, et il atteint le 38^ parallèle dans Hondo. C'est presque exclusivement comme plante annuelle qu'on le sème, et ainsi il a pu s'étendre dans des régions déjà soumises au gel l'hiver. Il demande des températures moyennes de 15° à 18° pendant six mois, de 25° pendant deux mois, une humidité considérable (qu'elle provienne de la pluie ou de l'irrigation), mais sans excès. Des pluies trop abondantes font pourrir le fruit. Aussi n'est-il guère cultivé, en dehors de ce qui suffit aux besoins locaux, dans la zone équatoriale, particulièrement à Java où sa fibre est plus grossière que dans l'Inde. Les sols qui lui conviennent le mieux, comme les fameuses terres noires du Deccan, sont ceux qui contiennent toujours un peu d'humidité, les terres fertiles et profondes où sa racine pivotante s'enfonce aisément. C'est une plante délicate, qui veut une main-d'œuvre abondante et soigneuse pour donner les fibres longues et fines recherchées par l'industrie européenne. Les peuples primitifs et même les Chinois, se contentant de qualités médiocres, lui consacrent peu de travail. Mais, dans des régions comme le Goudjerat où la culture est très soignée, elle implique toute une série de défonçages et de fumures en saison chaude, de labours répétés, de sarclages après les semailles de juin; en octobre, soit au début de la floraison, il faut encore retourner la glèbe pour l'empêcher de durcir et de se dessécher. La cueillette commence en janvier et dure jusqu'en avril; elle doit recommencer quatre ou cinq fois à mesure de la maturité. Avant de les filer, il faut débarrasser les fibres de leurs graines. On voit la série d'opérations, les unes pénibles, les autres n'excédant pas les forces d'un enfant.

La sériciculture. — Le domaine de la sériciculture est beaucoup plus réduit que celui du coton : la soie est, en effet, un produit de luxe et non la matière essentielle du vêtement asiatique. Le mûrier est peut-être l'une des plantes cultivées les moins exigeantes comme sol et comme climat, puisqu'il est indigène à Java et qu'il prospère dans le Nord du Japon. Il ne peut cependant être utilisé que si, après la cueillette des feuilles, les nouvelles pousses reçoivent assez de chaleur pour se reconstituer avant l'hiver, ce qui suppose une température moyenne de 13° pendant trois mois. A la différence des « vers à soie sauvages », dont les cocons alimentent d'ailleurs une industrie assez considérable, le bombyx du mûrier accepte la domestication. Dans l'Asie des moussons, la plupart des races sont polyvoltines : elles donnent plusieurs pontes par an, comme la chaleur humide laisse porter au mûrier plusieurs feuillaisons; d'où une production beaucoup plus considérable qu'en Europe. Pendant l'éducation, il faut que la température ne descende pas au-dessous de 15°. Ainsi la sériciculture semble convenir spécialement au type climatique de Hong-kong, avec la constance de sa tiédeur humide pendant la belle saison. Mais elle a pu excéder ses limites, parce que les magnaneries créent le climat du ver à soie» au prix sans doute de dépenses et d'efforts supplémentaires. On a remarqué que le climat équatorial ne lui convient guère; à Java, l'excès d'humidité entraîne pour le bombyx une grande inortalité, une dégénérescence rapide. Dans l'Inde» la sériciculture est assez récente, encore restreinte, à cause de la température excessive du printemps, dit-on. Mais ces localisations s'expliquent peut-être

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autant par les conditions sociales que par le milieu physique. L'entretien des magnaneries donne un travail de tous les instants pendant l'éducation. Ici encore, c'est un travail de femmes et d'enfants. Comme on peut faire quatre et cinq éducations par an, il y a de la besogne toute l'année, alors qu'en Europe c'est une besogne supplémentaire, répartie sur quelques semaines seulement. On voit la liaison avec les pays de population dense.

Le bambou. — Par la diversité de ses variétés et de leur taille, le bambou est l'un des végétaux les plus répandus et les plus utiles. De son bois, solide, élastique, on fait les piliers et les poutres des maisons; avec les tiges fendues et reliées par des rameaux, on façonne les claies qui forment les murs et les planchers. Les toits en chaumes de bambous sont complètement imperméables. Les populations primitives lui empruntent les armes du guerrier, l'attirail du chasseur et du pêcheur. L'ingéniosité chinoise en tire une grande partie du mobilier, des escabeaux et des lits aux nattes et aux récipients obtenus en coupant les tiges près des nœuds. C'est la matière première de certains vêtements et chapeaux, des sandales. Les jeunes pousses sont mangées comme légumes; les souches servent à fabriquer du charbon. Le batelier recourt aux bambous des rives pour ses avirons, ses voiles, ses radeaux, le toit de sa cabane; le paysan, pour les conduites d'eau, les claies, les paniers. On a pu dire sans trop exagérer que « le bambou suffit au Chinois pour ses ustensiles, comme le riz pour sa nourriture ». Il en est de même dans la plupart des pays de moussons.

La végétation spontanée de l'Asie offrait donc à l'humanité nombre de plantes utiles, d'autant plus précieuses que beaucoup d'espèces sont assez plastiques pour que leurs multiples formes se prêtent à des acclimatations très diverses; d'autant plus aussi que beaucoup ont un cycle végétatif très rapide; la combinaison de la chaleur et de l'humidité estivales leur permettent de l'accomplir pendant les quelques mois des pluies; après quoi, leur place sera prise par des plantes d'affmités tempérées; de cette heureuse combinaison naissent l'abondance et la variété des ressources. Ajoutons que plusieurs fournissent la matière première des industries domestiques, si actives encore; celles-ci remplissent les intervalles des travaux champêtres et ces chômages imposés par l'irrégularité des pluies toute une saison ou même toute une année : en pays de moussons, c'est une sauvegarde presque nécessaire contre la famine.

La diversité de la production, l'accumulation singulière de matières nutritives créées par la culture justifient les densités surprenantes des régions les plus fertiles, et celles-ci entraînent à leur tour l'extrême morcellement de la propriété rurale. La fécondité de la famille est une obligation religieuse; en Chine, en Annam, le culte des ancêtres l'impose pour assurer sa perpétuité. Mais n'est-elle pas stimulée par le milieu physique? Il la rend possible, en donnant de quoi manger à ces multitudes d'enfants qui assaillent le voyageur dans le moindre village chinois. Il la rend profitable aux parents, car un caractère essentiel de cette agriculture, c'est d'exiger bien plus de main-d'œuvre que l'agriculture européenne, mais d'une main-d'œuvre qui peut être celle de femmes et d'enfants (pour le riz, le coton, la soie, le thé). Ainsi la famille si prolifique de l'Inde et de l'Extrême-Orient, étroitement groupée autour du père qui dirige le labeur, trouve dans ces pratiques un appui qui la soutiendra peut-

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être quandrévolution des idées tendra à la dissocier et à la restreindre. D'autre part, l'irrigation renforce d'un lien économique la cohésion de groupes plus vastes : le paysan ne peut espérer une bonne récolte que par des travaux collectifs; il ne peut, comme les fermiers d'Europe, se désolidariser des voisins. N'y aurait-il pas un rapport entre ces conditions de l'activité et cet esprit grégaire si marqué dans le monde indo-sinien? On a l'impression que, si les sociétés asiatiques ont conservé une prodigieuse stabilité à travers une histoire si tumultueuse, la nature les a singulièrement aidées à maintenir intactes quelquesunes de leurs règles essentielles. Cela soit dit, s'entend, sans expliquer le culte des ancêtres par le rendement du riz. La futilité du déterminisme géographique, nous allons la vérifier en constatant la diversité des « genres de vie » dans des milieux physiques très semblables.

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