I. — NOMADES ET DEMI-NOMADES
Chasseurs et pêcheurs. — Dans l'Asie des moussons, il ne reste guère de peuplades qui ignorent totalement la culture. C'est cependant le cas pour les Negritos de la péninsule malaise, les Semang. Ils vivent exclusivement du produit de leur chasse et de leur pêche, des racines et des fruits de la forêt. Pas d'animaux domestiques, pas d'armes sauf leurs flèches empoisonnées, aucun vêtement sinon une ceinture de feuilles. Beaucoup se contentent de s'abriter sous une roche surplombante ou derrière un simple écran de palmes liées assez étroitement pour que la pluie ne le perce pas. D'autres, pour se protéger contre les fauves, établissent leur hutte entre les branches d'un arbre, parfois à 10 mètres au-dessus du sol. Dans cette existence, rien qui arrête l'instinct de migration si puissant chez certains sauvages, et l'on connaît des groupes de Semang qui ne séjournent jamais plus de trois jours en un endroit. Ils partent dès que le gibier ou les fruits se font plus rares, abandonnant sans regret ces abris qu'il leur sera facile de retrouver ailleurs. A ce degré de barbarie, l'homme n'a aucune attache avec le sol; il parcourt indifféremment tout l'espace où il retrouve les mêmes conditions de vie. Du moins, sans doute, tout l'espace où il ne rencontre pas de compétiteurs. Car, chez les Bassap (Nord-Est de Bornéo), nous voyons que les territoires de chasse sont strictement délimités, le plus souvent par les faîtes
l'asie des moussons.
qui entourent un bassin fluvial; ils ne se risquent pas sur ceux des voisins; aussi sont-ils divisés en tribus de dialectes très différents. Tels sont aussi les Koubou qui vagabondent par groupes de quinze à cinquante dans les silves épaisses du Sud-Est de Sumatra, et les Negritos des Andaman, auxquels les Anglais n'ont pu enseigner la culture. Cependant on rencontre déjà chez ceux-ci un commencement de fixation, mais temporaire : ils ont de grandes huttes où ils logent en commun jusqu'à plus de cent, mais ils ne les occupent qu'à certaines saisons. Même prédominance de la vie nomade chez les Malais Orang-Laut, répandus depuis Malacca jusqu'à l'Australie. Les pirogues de ces pêcheurs portent cinq à six personnes, avec le foyer à une extrémité et, à l'autre, l'auvent de nattes qu'il est facile d'installer sur le sol quand on débarque. Elles errent par deux ou par trois le long des côtes, à la recherche du poisson ou des fruits; elles ne s'arrêtent quelques semaines sur une plage que lorsque le vent de mousson devient trop violent.
Ces populations sont les plus misérables. Constamment exposées à la famine, émiettées en groupes infimes, elles sont réduites à un total de quelques milliers d'individus, qui ont cherché un refuge dans les silves et les mers de la zone équatoriale. C'est un genre de vie qui disparaît. Ses derniers représentants vont l'abandonner au contact de populations plus avancées. Tantôt celles-ci leur ont fait connaître de nouveaux besoins : le Bassap qui s'est habitué à manger du riz prend l'idée de cultiver. Tantôt le pays s'est transformé : les Toala du Sud-Ouest de Célèbes ont dû abandonner la chasse pour la culture, à mesure que les populations côtiéres ont fait reculer la forêt devant la savane et que le gibier est devenu plus rare.
Tout en demandant aux ressources spontanées la majeure partie de leurs aliments, plusieurs peuplades commencent à les combiner avec la culture. Elles savent déjà faire un choix parmi les espèces végétales, multiplier celles qui leur sont utiles en élaguant l'exubérance de la nature. Certains Negritos coupent les broussailles au-dessous des arbres fruitiers et sèment leurs graines dans les clairières. Quelques « Bohémiens de mer » des îles Mergui, tout en vivant surtout de poissons et de coquillages, plantent parfois des dourians et des bananiers; mais la plantation et l'entretien des arbres demandent bien peu de soins. C'est une commode ressource pour les gens des Moluques que le palmier sagou, mais il les dispense de l'effort, et leur paresse a préparé leur esclavage. La culture ne commence vraiment que lorsqu'une tribu remplace un coin de forêt par un champ de racines ou surtout de céréales.
La culture nomade. — Presque tous les « sauvages » sont parvenus à ce que nous appellerons le stade de la culture nomade. Il se retrouve avec des variantes insignifiantes dans toutes les montagnes, dans l'intérieur des grandes îles malaises. Nous l'étudierons en particulier chez les Moï qui habitent les hauteurs de l'Annam méridional.
Ce qui le caractérise, c'est l'écobuage, cette forme de culture primitive qui consiste à semer ou planter sur brûlis pour en tirer deux ou trois récoltes. Réduite à des survivances en Europe, elle est générale dans les régions tropicales où l'existence d'une saison sèche facilite la combustion des arbres abattus. Elle se pratique dans la forêt dense, mais mieux encore dans la forêt subtropicale moins humide et dans la savane, pourvu que le sol soit assez profond et humique.
LES GENRES DE VIE
Nous lui donnerons le nom deray, qui désigne dans la montagne annamite le coin de forêt ainsi exploité. Au début de l'hiver on coupe les broussailles, on tranche les grands arbres à 1 mètre de terre; à la fin de cette saison, on y met le feu, et on étale les cendres. Naturellement on ne peut guère labourer dans un champ qui reste encombré de souches; on se contente en général de creuser avec un bâton des trous où les femmes déposent quelques grains de riz. En même temps et sur le
eo* eo^ 100° e Gr 120° m'
FiG. 7. — Les genres de vie dans l'Asie des moussons.
1, Chasseurs; 2, Pêcheurs; 3, Cultures nomades; 4, Cultures nomades et sédentaires; 5, Cultures sédentaires, où la population est inférieure à 100 habitants au kilomètre carré; G, Cultures sédentaires, où la population varie entre 100 et 200 habitants au kilomètre carré; 7, Cultures sédentaires, où la population dépasse 200 habitants au kilomètre carré; 8, Limite orientale et méridionale des régions où domine la vie pastorale; 9, Villes de plus de 500 000 habitants. —
Échelle, 1 : 55 000 000.
même terrain, les Moï sèment du mais qui mûrira avant le riz et permettra d'attendre sa récolte, des courges, des patates, des ignames, etc. (pl. IX, A). Ceux des indigènes qui ne sont pas en contact avec des populations plus civilisées ne s'occupent ensuite du ray que pour le défendre contre les animaux au moyen de palissades et de pièges. Vers la fin de la saison des pluies vient la récolte qui se prolonge sur plusieurs mois, à mesure que mûrissent des variétés plus tardives. Le rendement dépend uniquement des précipitations, plus régulières il est vrai dans les montagnes que sur les plaines. Il peut être élevé la première
Of-OORAMIIE LMVEBSELLE.
Asie des Moussons, I.
l'asie des moussons.
année, mais il diminue dès la seconde; après trois ou quatre ans au plus, il faut abandonner le ray épuisé par la culture et peut-être autant par l'entraînement du sol sous les violentes pluies de mousson. D'où cette nécessité d'attaquer sans cesse de nouvelles parcelles forestières, qui fait du ray une culture essentiellement nomade. Ce nomadisme a été parfois exagéré. Chez les Moï, comme chez la plupart des primitifs, chaque tribu a son territoire bien défini où nul n'oserait empiéter; elle ne déplace ses cultures qu'à l'intérieur de ses frontières. Seulement les ray s'éloignent de plus en plus du village, parfois à un jour de marche; il faut alors y construire, soit des abris temporaires, soit un nouveau village, tandis que les huttes de l'ancien, envahi par la jungle, ne logent plus que les reptiles et les paons. Les Moï entretiennent des jardins près de leurs cases, mais ils ont peu d'arbres fruitiers, à cause de leurs migrations. Dans le Nord de Célèbes, où les populations sont plus sédentaires, les villages s'annoncent au contraire par l'apparition dans la forêt d'arbres fruitiers qui peu à peu se substituent aux essences spontanées.
Cette culture primitive est loin de suffire à assurer une subsistance régulière. Soit insuffisance de rendement, soit imprévoyance, les Moï n'ont plus de grains deux ou trois mois avant la récolte. Alors c'est le retour saisonnier à des modes de vie plus rudimentaires encore. La hotte sur le dos, ils s'enfoncent dans la forêt pour y chercher les feuilles tendres, les fruits, les tubercules; tout animal devient comestible, et les voyageurs sont exposés à manger des omelettes aux abeilles. Cette « cueillette « pour la nourriture se combine d'ailleurs avec la cueillette pour le trafic, qui fournit de précieux moyens d'échanges, la cire, la cannelle, le caoutchouc de lianes. Elle s'accompagne de la chasse et de la pêche, qui procurent, non plus l'essentiel de la nourriture, mais un appoint dont le prix, chez les Moï, se marque à l'ingéniosité des engins : arcs, arbalètes, pièges à détente. Ces piètres cultivateurs sont obligés de conserver l'adresse, les sens aiguisés, la patience du sauvage. Leur subsistance doit encore se compléter par l'élevage. Tous possèdent des porcs, des chèvres, des volailles; ceux de la forêt subtropicale, où les arbres assez espacés laissent pousser de l'herbe, ont des bovidés, parfois nombreux; sur les plateaux de l'Annam méridional, le prix des objets s'indique en têtes de buffies. Mal nourris, ces animaux ne donnent pas tout ce qu'on pourrait en attendre; ils ne servent ni aux transports, ni parfois à la culture. L'élevage est moins perfectionné encore que celle-ci. Pourtant il offre, avec quelques perspectives intéressantes pour l'avenir économique de ces montagnards, la possibilité de l'unir à la culture par un lien qui semble inconnu aux peuples beaucoup plus avancés des plaines. Les écobueurs recourent donc à des ressources plus variées que bien des sédentaires étroitement spécialisés dans la riziculture. Mais le total reste maigre, et la population infime. La densité des montagnes, en Indochine, est évaluée à 3, et encore est-ce en comptant bien des peuplades plus à l'aise.
Par ses déplacements, le ray sollicite l'éparpillement des habitations en petits hameaux, pour rester à portée des brûlis. Mais souvent l'insécurité entraîne la concentration en villages fortifiés (fig. 8). La disposition du groupement et celle de l'habitation doivent admettre bien des facteurs sociologiques; ainsi, la maison commune des villages moï, où logent les célibataires, ou encore, çà et là, leurs maisons qui s'allongent jusqu'à 50, 100, même 215 mètres, pour abriter plusieurs dizaines de familles. Mais l'influence du milieu naturel agit sur le choix
I'))(it. Ilir. Services Econ. Indochine.
A. .MOI Ltlil ltU;ilAM U.\ liAY.
Djirinjr. haut Dori-nai. Hay déjà cultive aulrel'ois, dont la vo-g-étalioii est restée basse.
riiof. Service Pliolonr. Indocliine
li. — CASli MOI.
I4éj;^ifiii i\f l!ii'ii-lioa (iocliiiicliiiM' . Longues cases élevées sur pilotis.
l'iml. l'liili|i|iiiie l'iiireiiii ni' Scicili'O.
A. TKIiliASSRS DES IFUCAO (xOliD DE LUÇON).
Los vors;mls sonl soiivi'iil, tailh's, sur uni' liaiitoui' do 1000 mètres, on gradins sontonus, ([iiand la torro ost éboiilouse, par des murailles do rocs ou do galets.
l'Iiiil. Liia-l'ong.
B. ItlZlÈltES IRRIGUÉES (dELTA DE CAKTOn) .
L'eau ost distribuée jiar tout un réseau do canaux. Villages cachés dans les arbres. Au fond, les collines qui limitent le delta.
G. U., L IX, Pl. X.
LES GENRES DE VIE
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des matériaux : le bambou est utilisé pour les parois et souvent pour les toitures; le bois peut le remplacer dans le haut Tonkin. Chez la plupart des montagnards Indochinois, sauf ceux qui occupent la forêt subtropicale moins humide, ou quelques tribus misérables, la case est portée par des pilotis hauts de 1 m. 50 à 5 mètres (pl. IX, B). C'est'^une défense contre les pluies de la mousson et les animaux. Il en est de même chez les Thaï et les Cambodgiens des plaines. Mais la différence essentielle est que les demeures temporaires des écobueurs sont moins bien construites, moins confortables, et cela d'autant moins qu'ils
sont plus nomades; les Meo ^
du haut Tonkin bâtissent des cases étroites, grossières, qui les protègent à peine du froide
Les conséquences du ray s'étendent à la vie sociale.
Peut-être comprennent-elles ce curieux communisme signalé dans la région d'Attopeu, où le sol, les instruments, la récolte restent en commun : la culture nomade ne peut transformer le champ en objet de propriété privée, et ses produits, de même que ceux des expéditions de chasseurs, doivent être répartis entre tous, puisque ses travaux ont réclamé l'entr'aide de tous. D'une façon générale, le village a sa vie propre, mais il peut s'unir aux autres groupes de la même tribu pour une action collective, qui est généralement belliqueuse. La guerre peut avoir bien des causes dans ce chaos de petits groupes où le voisin est presque
toujours l'ennemi héréditaire. L'une d'elles est le ray, qui crée un besoin constant de terres nouvelles. Sans doute la forêt peut ordinairement se régénérer, au moins sous une forme dégradée; mais les anciens ray sont souvent livrés au feu chaque hiver, soit pour améliorer les pâturages, soit pour chasser les fauves. Alors l'humus n'a pas le temps de se reconstituer. Aussi voyons-nous aujourd'hui plusieurs tribus moi obligées, pour cultiver, de défricher au-dessus ou au-dessous de leur habitat préféré; d'autres, n'ayant plus assez de terre, cherchent à s'en procurer par la force.
1. Sur les déplacements, la structure des villages et leurs rapports avec la végétation, voir les exemples cités pour l'Insulinde (IV« Partie, 2^ volume).
Brousse
• Brousse épaisse ■ ,
FiG. 8. — Un village moi fortifié, d'après H. Maître.
Dans la grande hutte allongée, couloir central, avec foyers communs, entre deux lits de camp ; à gauche, couloirs vers une vérandah. — B, Enclos à buffles; P, Porcheries. — 1, Bananiers; 2, Fortes palissades; 3, Palissades secondaires, hautes de 1 mètre au plus.
l'asie des moussons.
Une autre cause de guerre, c'était la chasse aux esclaves. Dans un pays où il n'y a pas de richesse foncière, la fortune est représentée par le nombre de bras qu'on peut contraindre au travail. De tribu à tribu, tout était prétexte pour faire des prisonniers, que souvent on allait vendre aux Laotiens ou aux Annamites. Ceux-ci ont maintes fois razzié les montagnards, qui descendaient chaque été dans la plaine pour enlever des captifs. Aussi les tribus les plus sauvages sont elles-mêmes fortement métissées. Souvent elles sont séparées des plaines par une ceinture de populations soumises aux grands États voisins; c'est dans cette zone que se tiennent les marchés où les montagnards viennent troquer les produits de la cueillette et de l'élevage contre les jarres, les gongs, surtout contre le sel dont le besoin les oblige à ces relations avec des voisins détestés.
Avec ses répercussions économiques et sociales, l'écobuage a marqué de
son empreinte les races les plus diverses, soit qu'elles aient habité la montagne de toute antiquité, soit qu'elles y aient été refoulées par les conquérants des plaines. Mais toutes semblent présenter une longue acclimatation, qui les immunise contre ces « fièvres des bois » si redoutées parles Annamites qu'elles leur défendent l'accès du haut pays. De là cette singulière stratification ethnique du haut Tonkin (fig. 9). Jusqu'à 400 mètres les flancs des montagnes sont occupés par des Tho ; de 400 à 800 mètres, par les Man; au-dessus, par les Meo. Or il est presque impossible pour les Man et les Meo de descendre au-dessous de leur limite sans s'étioler en quelques mois. Il y a là un curieux problème de géographie médicale. Bien peu de populations dépendent de l'altitude à ce point. Certaines, comme en Annam et au Laos, préfèrent les sommets où la forêt subtropicale n'offre pas au défrichement les obstacles de la forêt de plaine; d'autres, comme en Birmanie, évitent au contraire les crêtes, qui disparaissent sous les nuées pendant l'été, et s'établissent sur les flancs où le soleil brille l'hiver, tandis que les brumes remplissent les dépressions. La légende oppose la santé et la vaillance du montagnard à la faiblesse maladive de l'homme des bas pays.
Cette culture primitive ne suffit pas à tirer une population de la misère et de la barbarie. Elle restreint son horizon à celui des clairières temporaires. Et elle a ce grand défaut de nécessiter, pour peu d'hommes, d'immenses espaces de terrain. Dans le haut Tonkin il faut en effet attendre dix ans, plutôt même vingt à trente ans, pour qu'un peu d'humus se reconstitue et qu'on puisse revenir sur le même champ. On a trop lieu de déplorer les suites de cet immense déboisement, la recrudescence des inondations, l'envasement des ports. Pour les éviter, beaucoup jugent nécessaire d'interdire l'écobuage et de parquer les écobueurs dans les vallées, bon gré mal gré. Dans l'Inde, les forestiers anglais leur assignent des cantonnements où leurs dégâts sont moins funestes, et les surveillent
Fig. 9. — Répartition en altitude des populations au Tonkin.
1, Culture par ray (riz de montagne, maïs); habitations plutôt disséminées, faible densité; 2, Rizières irriguées; habitations plutôt groupées, forte densité. — F. T., Forêt tropicale; F. S., Forêt subtropicale, très souvent dégradée ou remplacée par des landes.
LES GENRES DE VIE
pour réprimer les abus. Mieux vaut peut-être, en effet, leur faire leur part que de supprimer les seules populations capables d'habiter et d'exploiter ces futaies fiévreuses. D'autant plus que leur genre de vie pourrait se corriger sur place.
Il présente, en effet, au-dessus du Moï, des types plus évolués. Chez certains Meo apparaît une technique agricole plus avancée : ils emploient un araire de bois primitif, mais bien approprié à la nature du sol; ils utilisent le fumier de leur bétail, qu'ils nourrissent à l'étable, et par l'élevage ils sont très supérieurs aux Annamites. En se généralisant, ces procédés permettraient de rendre aux champs leur fertilité et de ne plus les déplacer aussi souvent. L'écobuage amélioré peut ainsi conduire à une densité relativement élevée, comme chez les Batak de Sumatra, chez quelques Moï pacifiques dont les villages ont un air de prospérité. Même, quand il est pratiqué sur un territoire suffisamment étendu et fécond par une population laborieuse, il peut donner des rendements très supérieurs à ceux qu'obtiennent certains sédentaires des plaines. Le riz des Dayak excite parfois la jalousie des nonchalants Malais de Bornéo; les habitants des molles vallées laotiennes ne vivraient pas sans celui des Kha, Ces faits sont assez rares, mais ils se multiplieront à mesure que le « pays sauvage » sera pacifié, du moins là où la pauvreté du sol n'exige pas de longues jachères. Quand ils auront la certitude de ne plus être razziés, les indigènes quitteront leurs bourgs fortifiés pour fonder des villages plus petits dans des sites plus propices à la culture et aux échanges. C'est ce que nous voyons au Darlac (Laos), dans les monts Lushai (Assam). A Célèbes, les Hollandais ont imposé aux Toradja cette création de villages permanents, qui a eu les plus heureux effets en donnant l'habitude d'un travail plus régulier et du commerce; elle a transformé les Minahassa, qui étaient il y a cinquante ans de belliqueux « chasseurs de têtes », en une population pacifique et riche. On est en droit d'attendre beaucoup de nombreuses tribus montagnardes, à condition de les surveiller, de limiter leurs déplacements, de les protéger contre leurs voisins des plaines,