CARACTÈRES GÉNÉRAUX
Le drainage du continent vers l'Est. — Richthofen, auquel nous devons tant de vues d'ensemble comme de faits minutieusement observés au cours de ses longues explorations, a insisté sur le contraste entre l'Asie centrale et les régions périphériques de l'Extrême-Orient. Dans le Tibet et la Mongolie se juxtaposent des dépressions closes par des ceintures de montagnes, des pays sans écoulement vers la mer, encombrés de cailloutis et de sables, couverts par une maigre végétation de steppe. Au contraire, toute la Chine proprement dite est drainée par de puissants fleuves qui vont recueillir les pluies tombées jusque sur le rebord des plateaux tibétains à 5 000 kilomètres de la côte. Aussi le modelé n'est pas resté inachevé comme dans les déserts, les régions arides. Plus varié, mieux en harmonie avec la nature des roches, la structure du sous-sol, il porte en chaque point la marque de l'érosion par les eaux courantes. On y trouve aussi, il est vrai, des dépressions en cuvette. Des bassins plus ou moins fermés se
1. Termes géographiques chinois : Chan, montagne. — Hai, mer. — Ho, fleuve (dans le Nord.) — Hou, lac. — Kiang, fleuve. — King, capitale. — Ling, col. — A an, Sud. — Pei, Nord. — Si, Ouest. — Ta, grand. — Tong, Est.
Termes géographiques japonais : Gawa, rivière. — Nada, partie de mer. — San, montagne. — Shima, Ta, île. — Yama, montagne.
En Chine, depuis la réforme administrative de 1914, beaucoup de noms de villes ont été modifiés. Les préfectures de première classe (fou) ont été remplacées par des cercles (lac). Les préfectures de deuxième et de troisième classe (anciens tcheou et ting) ont été supprimées; on n'a conservé que des sous-préfectures (hien). — Nous avons conservé les noms anciens, les seuls que l'on trouve dans les atlas. L'index donne, à côté de chacun de ceux-ci, la forme offlcielle.
Voir les cartes générales de la Chine (flg. 31) et du Japon (carte hors texte en couleurs).
l'asie orientale.
succèdent au Chan-si le long du Fen-ho; d'autres séparent les plateaux du Chensi des monts Tsin-ling, et, au Sud de cette chaîne, le fleuve Han traverse une dépression dont l'altitude descend à 450 mètres. De même, au Sseu-tchouan, la région si peuplée à laquelle sa forme et la couleur du sol ont valu le nom de Bassin Rouge s'enfonce jusqu'à 433 mètres à Tcheng-tou, dans un épais massif dont les chaînes occidentales s'élèvent à plus de 5 000 mètres. Dans le Yun-nan, les plateaux sont troués de cavités dont un lac occupe souvent le centre. Qu'ils résultent du travail des eaux souterraines ou d'effondrements locaux ou — cas plus fréquent — d'un vaste bossellement de l'écorce terrestre, les bassins intérieurs ne sont pas rares en Chine. Mais, à la différence des cuvettes mongoles, ils sont drainés par un exutoire généralement superficiel qui les rattache à la circulation générale. Grâce à cette trouée dans les montagnes qui les enferment, ces dépressions fertiles entrent en relation avec le monde extérieur : ainsi le Sseutchouan par la voie du Yang-tseu. Les vallées qui rayonnent de l'Asie centrale se prêtent aux échanges, aux mouvements de population.
L'abaissement du relief vers l'Est. — Ce qui facilite encore les relations d'Ouest en Est, c'est que le relief s'abaisse assez graduellement dans cette direction. On descend vers l'Océan par une succession de paliers qui d'ordinaire se relèvent vers leur rebord oriental, mais sans qu'aucune chaîne méridienne vienne faire obstacle. Ces terrasses étagées sont limitées par des cassures ou des flexures de la croûte terrestre, qui s'alignent grossièrement du Sud-Ouest au Nord-Est et qui, au moins dans le Nord, se décomposent en arcs dont la convexité est tournée vers le Pacifique. Depuis la Sibérie jusqu'au golfe du Tonkin, elles séparent les hautes terres à l'Ouest, les régions basses à l'Est, obligeant souvent les fleuves à passer des unes aux autres par des rapides.
La dénivellation est plus considérable, plus brusque au Nord qu'au Sud. Les plateaux de Mongolie se relèvent à plus de 2 000 mètres dans le Grand Khingan, de 3 000 mètres dans le Wou-tai-chan, avant de venir tomber dans les dépressions de la Mantchourie et du Tche-li. Ceux du Chan-si dominent de haut la Grande Plaine chinoise qui s'étend entre eux et les monts du Chan-tong, ancien massif insulaire rattaché au continent par les alluvions. Au Sud du Yang-tseu, le ressaut devient beaucoup moins sensible. Entre la mer et les tables calcaires du Yun-nan, du Kouei-tcheou où beaucoup de villes sont à plus de 1 500 et même de 2 000 mètres, la transition est ménagée par un pays de coUines, disposées en gradins dont le talus terminal n'est nulle part aussi raide que celui du Tai-hangchan au-dessus du Tche-li. Ces basses montagnes forment la plus grande partie des provinces méridionales — et nous entrevoyons ici une des différences essentielles entre le Sud et le Nord de la Chine (fig. 12).
La Chine du Nord et la Chine du Sud. — Comparons en effet les provinces orientales de l'Empire de part et d'autre du Fleuve Bleu. Au Nord, c'est une vaste plaine, parcourue par des rivières qui déposent chaque année une nouvelle couche de limon. L'irrigation, les communications sont aisées; une population généralement dense trouve à s'employer sur ce sol le plus souvent fertile, ou sur les routes, les canaux qu'utilise un trafic intense. Un immense espace s'ouvre à son activité dans la Grande Plaine chinoise, comme dans les campagnes mantchoues entre le Grand Khingan à l'Ouest et, à l'Est, ces chaînes
LE RELIEF DE LA CHINE ET DU JAPON
qui vont de l'Amour à Port- Arthur et ont longtemps protégé l'indépendance de la Corée. Dans la Chine du Sud, plus de plaines, sauf dans quelques vallées et quelques dépressions lacustres. Les montagnes n'atteignent pas de hautes altitudes (dans l'Est, elles ne dépassent guère 1 500 m.), mais elles couvrent
100° lin°EGr 120»
iSO" 110° 120°
FiG. 12. — Carte tectonique de la Chine, d'après la carte séismique de la Chine, de^WoNG.
1, Plis et chevauchements; 2, Failles (la flèche indique les parties effondrées); 3, Régions séismiques. — On a laissé en blanc les régions alluviales. — Échelle, 1 : 18 000 000.
presque tout le pays de leurs crêtes souvent escarpées. Plus de routes, mais des sentiers rocailleux; les marchandises n'y sont plus transportées en voitures, mais à dos de mulet ou d'homme. Des tribus d'aborigènes ont pu défier les envahisseurs grâce à la sauvagerie de leurs montagnes. Le relief ne se prête pas au pullulement de la race chinoise comme dans le Nord, Par contre, son contact
Géographie universelle. — Asie des Moussons, I. 8
l'asie orientale.
avec la mer convient mieux à la navigation. Du delta du Fleuve Rouge à celui du Fleuve Bleu, il se termine par une côte rocheuse, découpée en une multitude d'anses où s'abritent les jonques qui, plus au Nord, ne trouvent plus de refuges sur ce littoral bas, sablonneux, par lequel finit la Grande Plaine. La monotonie de ces plages et de ces bancs de vase n'est interrompue que par le massif du Chan-tong. Ici seulement, comme dans la presqu'île montagneuse du Leao-tong qui ferme de l'autre côté le golfe du Tche-li, réapparaissent les hauts rivages accidentés, les bons ports. Sur la bordure du continent comme à l'intérieur, la distribution des montagnes et des plaines explique quelques-uns de ces contrastes si frappants entre la Chine du Nord et celle du Sud.
Entre l'une et l'autre, vers l'Ouest, ils éclatent brusquement quand on franchit la barrière des Tsin-ling (pl. XI, A). Venant de l'Asie centrale s'enfoncer comme un coin jusque dans le Ho-nan, épais de 150 kilomètres avec une altitude moyenne de 2 500 mètres remarquablement constante, ils font une limite pour le climat, la végétation, la vie humaine. Le Nord connaît des hivers rigoureux, très secs, avec des vents violents, des trombes de poussière qui parcourent des plateaux chargés d'un limon singulièrement fertile, la Terre Jaune. Au Sud, le climat reste doux, même l'hiver; les pluies plus abondantes et plus régulières permettent des récoltes plus variées, bien que la Terre Jaune s'arrête généralement au rebord des Tsin-ling; le blé domine dans le Nord, et le riz dans le Sud avec le thé, la canne à sucre. C'est un peu au Sud du massif que disparaissent beaucoup de végétaux d'affinité méridionale : le palmier Chamœrops, le bananier, l'oranger et des arbres à feuilles persistantes. A l'Est de 112^ longitude, les chaînes des Tsin-ling s'abaissent; elles semblent dévier vers le Sud-Est, en diminuant de largeur et de cohésion comme d'altitude. A partir de Ngan-king, elles laissent la Grande Plaine s'unir à la vallée marécageuse du Yang-tseu et arriver jusqu'aux collines du Tcho-kiang. Du Fleuve Bleu au Fleuve Jaune et au Pei-ho, ce sont alors les mêmes aspects : plames alluviales, rizières, étangs et canaux; ce sont les mêmes paysages, avec une lente dégradation de la nature méridionale. Rien ici ne pouvait arrêter l'expansion chinoise vers le Sud.
Les arcs et les « guirlandes » du Pacifique. — Quittons maintenant le continent pour les bords du Pacifique. Depuis les mers boréales jusqu'au voisinage de l'équateur, un même dessin se poursuit dans le tracé général du rivage asiatique et dans l'alignement des îles japonaises. C'est par une série d'arcs que se termine le continent, et ces courbes présentent toujours leur convexité vers l'Océan, comme celles qui limitent les hauts plateaux du Nord de la Chine. Ainsi les côtes toungouses, de l'embouchure de l'Amour à Gensan; puis celles de la Corée au Sud de ce port, de la Chine méridionale entre Changhaï et Haïphong, de l'Annam entre Vinh et le delta du Mékong. Pour les îles, il y a longtemps que l'on a remarqué leur distribution en « guirlandes », en arcs. C'est d'abord l'arc des Aléoutiennes suspendues, pour ainsi dire, entre l'Alaska et le Kamtchatka; puis celui des Kouriles, entre cette péninsule et Hokkaido. Les trois grandes îles qui constituent le vrai Japon, Hondo, Sikok et Kiou-siou, décrivent aussi un arc convexe vers le Pacifique, et un autre, celui des Riou-kiou, se détache au Sud jusqu'à Formose.
Ces archipels sont très rocheux, très élevés au-dessus des flots. Parmi les
LE RELIEF DE LA CHINE ET DU JAPON
Kouriles, les Riou-kiou, plusieurs îles se dressent à plus de 1 000 mètres presque d'un seul jet. Dans l'ancien Japon, on monte à 3 780 mètres sur le Fouji-yama, le point culminant de l'Empire jusqu'à la conquête de Formose (mont Morrison, 4150 m.). Peu de plaines ou peu étendues; c'est l'une des causes de l'émigration japonaise. A voir la carte, on prendrait ces îles souvent si abruptes pour les sommets de nouvelles chaînes encore submergées dans leurs parties basses. Ces cordillères à demi noyées doivent être considérées comme le rebord des terres asiatiques. Vers l'Ouest, en effet, elles ne sont séparées du continent que par des mers peu profondes, dont les fosses ne dépassent guère 3 000 mètres. Vers l'Est, au contraire, la sonde atteint 8 513 mètres près des Kouriles, 9 800 mètres à 50 kilomètres à l'Est de Hondo, et encore plus de 5 000 mètres à l'Est de Kiou-siou. Les archipels reposent donc sur le socle qui porte le continent, mais à sa limite extrême, au delà de laquelle l'Océan commence par une dénivellation très rapide. Nous voici amenés par là à l'idée que l'Asie se termine vers le Pacifique, soit par de gigantesques cassures, soit par des rides en voie de formation. D'autant plus que ces îles, sur toute la longueur de leur alignement, sont secouées chaque année par des tremblements de terre souvent terribles; d'autant plus encore que la plupart de leurs montagnes sont des volcans, dont beaucoup restés en activité. Les archipels arqués de l'Asie orientale appartiennent à ce cercle de feu qui entoure le Pacifique. On ne compte pas au Japon moins de cent soixante-cinq volcans éteints et de cinquante-quatre volcans actifs.