LES FACTEURS DU RELIEF : PLISSEMENTS ET EFFONDREMENTS
Suess a comparé les ondulations de l'écorce terrestre, dans ces régions, à des vagues qui seraient nées aux confins méridionaux de la Sibérie et se seraient propagées vers le Sud ^ traversant le centre et l'Est de l'Asie, avec une direction presque constante Ouest-Nord-Ouest-Est-Sud-Est. Ce sont les Altaïdes, auxquelles appartiennent le Tian-chan, le Kouen-lun, le Nan-chan et les Tsinling. Aux abords du lac Koukou-nor, Loczy distingue jusqu'à cinq chaînes alpestres parallèles; plus à l'Est, elles divergent et semblent disparaître sous la " Terre Jaune » qui couvre les reliefs de la Chine septentrionale. Leur direction primitive se retrouve dans la muraille que longe le Wei, c'est-à-dire dans le rebord des Tsin-ling, puis dans l'Ouest des monts Houai-chan.
Le système des Tsin-ling sépare deux régions différentes comme passé géologique et comme architecture du sol.
Le massif plissé de la Chine du Sud. — Dans la Chine du Sud-Est dominent les plissements. Des cuvettes du Sseu-tchouan à Changhaï et Canton, s'étend un massif où partout, sinon dans le relief actuel, du moins dans la disposition des strates, apparaissent des plissements Sud-Ouest— Nord-Est, d'une régularité, d'un parallélisme remarquables (pl. XXV, B). Sans le travail de l'érosion, la Chine du Sud-Est ressemblerait assez au Jura oriental, mais à un
1. Actuellement on pense plutôt que la poussée serait venue de l'Océan, ou que le Centre de l'Asie et la mer intérieure qui l'occupait en partie, la Tethys des géologues, ont été comprimés entre des massifs anciens situés, d'une part, au Sud de celle-ci, de l'autre, dans la Sibérie orientale et le Turkestan chinois. Mais bien des vues de Suess restent acceptables.
l'asie orientale.
Jura qui s'étendrait sur 10 degrés de latitude et 20 degrés de longitude. A cette direction Sud-Ouest-Nord-Est, caractéristique de la Chine, a été donné le nom de direction sinienne. Préparés depuis l'Archéen, ces plissements se sont achevés pendant le Secondaire, après avoir été plusieurs fois arasés et recouverts par la mer. Au Jurassique, la Chine du Sud émergea définitivement, et, dès lors, elle ne subit plus de plissements, mais seulement des effondrements dans l'intervalle des anticlinaux. Vers le Nord, les plis siniens s'infléchissent en rencontrant la barre rigide des Tsin-ling; ils viennent s'y souder en prenant une direction Ouest-Nord-Ouest -Est-Sud-Est, très visible dans le Ta-pa-chan. Vers l'Ouest de la Chine méridionale, ils rejoignent d'autres systèmes de plissements, plus récents. Ces plis « Indochinois » semblent parcourir toute la région où la Chine confine au Tibet et à la Birmanie, avec une direction Nord- Sud. Ils formeraient les massifs formidables des Alpes du Sseu-tchouan. Dans le Yun-nan et le Kouei-tcheou s'étend une vaste plate-forme, un Causse, de calcaires carbonifères. On a signalé des charriages importants dans le Yun-nan, et il paraît probable que les nappes du Tonkin proviennent de cette province, de telle sorte que le Sud de la Chine se serait avancé sur le Nord de l'Indochine. Mais, au voisinage du Tonkin comme à celui du Tibet, bien des recherches géologiques seraient encore nécessaires.
Les effondrements et les cassures de la Chine du Nord. — Si la structure de la Chine méridionale a été déterminée surtout par des plissements, celle du Nord est due surtout à des effondrements. Sans doute on y reconnaît des contractions de l'écorce terrestre, anticlinaux et synclinaux. Croisant parfois d'autres alignements, les plis siniens se poursuivent dans les péninsules du Chantong, du Leao-tong, et sans doute, au delà de celle-ci, dans les chaînes orientales disloquées de la Mantchourie; de même dans une grande partie de la Corée; de même le Grand Khingan, au moins vers le Nord, est une montagne plissée. Mais, ce qui caractérise toutes ces régions situées au Nord des Tsin-ling, c'est leur architecture tabulaire : des plateaux, hachés de fractures qui ont souvent donné issue aux laves, et des plaines d'effondrements. Les mers qui s'attardèrent vers le Sud de la Chine se sont retirées du Nord dès la fin de l'ère primaire, découvrant un continent qui s'étendait sans doute de la Mongolie au Japon. Après avoir été aplani par l'érosion pendant des milliers de siècles, il fut brisé par des failles, et la mer pénétra dans les parties affaissées. Ainsi le Japon fut séparé de la Corée. Dans le Ho-nan la chaîne des Tsin-ling fut rompue, et son extrémité orientale s'abaissa. Le massif du Chan-tong fut isolé et devint une île. Surtout une immense dépression se forma entre les monts du Chan-si, du Tche-li, du Grand Khingan à l'Ouest et, à l'Est, ceux du Chan-tong, du Leao-tong, de la Mantchourie orientale. Les mers qui envahirent la majeure partie de cette aire en ont disparu aujourd'hui, exception faite pour le golfe du Tche-li. Ailleurs, elles ont été comblées par les sédiments arrachés aux terres voisines; c'est par ces alluvions déposées dans un fossé tectonique qu'ont été formées les fertiles campagnes de la Mantchourie et de la Grande Plaine chinoise. Les plateaux de la Mongolie et du Chan-si se sont affaissés vers elles par une série de paliers, limités par des systèmes de fractures ou de flexures, sur les flancs desquels il y a eu souvent un léger tassement à l'Ouest, de sorte qu'on franchit une crête pour descendre d'un gradin à l'autre. Sauf au voisinage du Fleuve Jaune, où elle dévie vers le
LE RELIEF DE LA CHINE ET DU JAPON
Sud, la direction de ces accidents reste celle des plissements siniens, Sud-Ouest- Nord-Est; de même, celle de la grande faille qui limite à l'Ouest la presqu'île par laquelle se ferme au Nord le golfe du Tche-li et qui paraît se prolonger en Mantchourie jusqu'au delà de Ghirin. Naturellement ces cassures ont favorisé l'activité volcanique.
Le volcanisme. — De Nankin à l'ancien cours du Fleuve Jaune, il y a une quantité de cônes et de coulées de lave. Le basalte ou le trachyte se trouvent à l'entrée du golfe du Tche-li, dans les îles Miao-tao et dans les deux péninsules voisines, dans les montagnes voisines de la frontière coréenne et très loin vers le Nord aux environs de Mergen. Au Nord-Ouest de Kalgan, le plateau de Mongolie est recouvert par des coulées de basalte sur plusieurs milliers de kilomètres carrés. Si les forces éruptives ont laissé moins de traces sur le rebord méridional du plateau, elles se décèlent près des tombes des Ming (Nankin) et apparaîtraient sans doute en bien d'autres endroits, si leurs dépôts n'avaient été ensevelis sous les limons. Tandis que, sauf près de la Birmanie et de la côte Sud-Est, elles sont presque inconnues dans la Chine du Sud, on peut considérer que les grandes plaines alluviales du Nord, préparées par des effondrements, reposent sur des produits volcaniques. Mais c'est surtout dans les arcs insulaires que les forces éruptives se manifestent; assoupies en Chine, elles sont encore à l'œuvre au Japon (pl. XI, B).
Dans l'ensemble des archipels japonais, il est facile de reconnaître une certaine symétrie de structure. La terre principale, Hondo, recourbée en arc de cercle, est accompagnée au Nord comme au Sud d'une île étendue, et dans chacune de celles-ci pénètrent les alignements volcaniques d'un archipel secondaire, en forme d'arc : les Riou-kiou dans Kiou-siou, les Kouriles dans Hokkaido.
Parmi les Riou-kiou, on peut distinguer une rangée extérieure tournée vers le Pacifique, constituée surtout par des roches primaires, et une rangée intérieure d'îles plus petites, où l'on ne compte pas moins de quatorze volcans; c'est exactement la disposition des Antilles, des îles Nicobar et Andaman, des Mariannes. Cet arc paraît s'attacher au Nord de Formose, où existe un groupe de volcans actifs, et se continuer dans l'intérieur de Kiou-siou par une ligne de volcans jusqu'au mont Aso.
L'arc qui lui fait pendant au Nord, celui des Kouriles, semble tout entier constitué par des roches volcaniques; on y a dénombré trente-six volcans, dont la moitié en activité. Il vient traverser le Nord-Est de Hokkaido jusqu'à empiéter sur les chaînes centrales de cette île. Composées de terrains crétacés, de schistes cristallins et de granités, celles-ci s'étendent de part en part, déterminant les saillies du cap Yerimo au Sud, du cap Soya au Nord et, au delà de celui-ci, elles se prolongent dans la Cordillère principale de Sakhaline. Vers l'Ouest, au delà de la dépression marécageuse de Sapporo, Hokkaido s'élargit en un puissant massif volcanique, puis se rétrécit, se recourbe autour de la baie des Volcans, et, dans cette partie terminale, c'est la structure de Hondo qui s'annonce.
Telle que celle-ci a été décrite par Naumann en 1895, elle apparaît comme assez simple. Les montagnes de Hondo et de Sikok correspondraient à deux Cordillères en arc, tournant elles aussi leur convexité vers le Pacifique. Elles se rejoindraient à l'Ouest de Tokyo. Au point de rencontre, le long de fractures transversales, s'est produit un effondrement Nord-Nord-Ouest-Sud-Sud-Est,
l'asie orientale.
la fossa magna, et se sont dressés les volcans qui accompagnent le Fouji. D'autres séries de cassures ont contribué à morceler les plissements et à multiplier les phénomènes éruptifs. Ce sont d'abord des dislocations grossièrement parallèles à la direction générale de Hondo et de Sikok, Situées sur la zone extérieure de la Cordillère, elles y ont creusé des dépressions envahies par la Mer Intérieure ou suivies par les rivières, et amené au jour les matières en fusion. Ainsi, dans le Nord de Hondo, les volcans se succèdent à l'Ouest d'une suite de vallées longitudinales depuis Tokyo jusqu'au détroit de Tsougarou, et, au delà, la dépression de Sapporo continue la même aire d'affaissement. Vers l'Est de cette ligne médiane, peu de roches éruptives. Au contraire, sur les bords de la mer du Japon, on trouve des bassins d'efYondrement dont chacun a été occupé par un massif volcanique, depuis le Sampei jusqu'à l'Iwaki et aux volcans du Sud-Ouest de Hokkaido. Les minutieuses études poursuivies par les géologues japonais n'ont guère modifié cette esquisse dans ses lignes essentielles, sauf dans le Nord de Hondo. Dans cette région, il n'y a pas de cordillère parallèle à la côte, mais bien plusieurs zones de plissement alignées Nord-Ouest— Sud-Est; la direction du littoral provient de fractures qui ont tranché obliquement ces plis. Mais pour le reste le schéma que nous venons de retracer ne paraît pas inexact. En particulier, l'importance de la fossa magna n'a pas été exagérée; ce grand alignement semble même se continuer très loin vers le Sud par les archipels des Schitchi-to et des Bonin.