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LA TERRE JAUNE

On pourrait définir la Chine du Nord « le pays de la Terre Jaune », définition incomplète, mais qui en indiquerait déjà l'un des traits essentiels. Sauf quelques plaines alluviales et sauf la péninsule du Chan-tong, elle est presque entièrement couverte par cette curieuse formation à laquelle le fleuve qui la traverse, la mer où aboutit celui-ci ont emprunté leur couleur et leur nom. Vers le Nord, la Terre Jaune fait la fertilité de la Mantchourie ; vers le Sud, elle s'arrête presque partout à la barrière des Tsin-ling et des monts Houai; elle arrive même jusqu'au Yang-tseu près de Nankin, mais on n'en trouve plus guère de trace ailleurs dans le bassin du Fleuve Bleu, ni dans la Chine du Sud, et sa présence dans les seules régions septentrionales suffirait à créer leur originalité. Rien que dans la Chine des dix-huit provinces, la Terre Jaune s'étend au moins sur 630 000 kilomètres carrés.

Qu'est-ce que cette Terre Jaune? On y distingue des graviers, du sable, et — c'est la formation qui la caractérise, dont le nom est devenu celui de tout l'ensemble pour les géographes européens — du lœss. Comme celui de l'Alsace,, le lœss chinois est une terre d'un jaune brun, très friable, composée de particules extrêmement ténues de sable et d'argile, mélangées de calcaire qui, à certains niveaux, se rassemble en concrétions bizarres. La masse est traversée par un réseau de conduits capillaires, presque toujours verticaux, qui se ramifient seulement vers le bas. Grâce à cette disposition, la Terre Jaune, perméable à l'excès, boit l'eau comme une éponge, tant que les pores n'ont pas été bouchés î par suite, pas de ruissellement à la surface, mais des routes boueuses. Autre trait distinctif, en relation peut-être avec ces tubulures verticales : la tendance à se décomposer en pans verticaux. On ne descend pas dans les vallées par des versants arrondis ou aplatis, mais par une succession de terrasses séparées par des abrupts souvent hauts de plus de 20 mètres; ainsi, près de Houai-king, dans le Ho-nan, le Houang-ho longe des falaises verticales de lœss dont il sape la base, provoquant l'éboulement de masses hautes de 30 mètres. Toutes les

1; Pour suivre les descriptions régionales, se reporter, soit aux croquis spéciaux qui les accompagnent, soit aux cartes générales de la Chine : carte tectonique, fig. 12, p. 57 (pour le relief); carte économique, fig. 27, p. 153; carte politique, fig; 31, p. 171.

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vallées sont ainsi des gorges, limitées par des murailles, ce qu'explique en partie la circulation souterraine. En effet, sur un sol aussi poreux, l'eau s'infiltre jusqu'à la rencontre, soit d'un lit de concrétions calcaires, soit d'une roche imperméable dont elle suit désormais la pente comme un ruisseau souterrain; mais les parois de ce canal, la voûte qui le couvre s'écroulent de proche en proche jusqu'à atteindre la surface. Ainsi se creusent des canons, comme celui que Michaelis vit dans le Chen-si, descendant à 266 mètres de profondeur par une série de vingt-cinq gradins. Des épaisseurs pareilles ne sont pas absolument exceptionnelles, du moins si l'on tient compte des formations associées au lœss typique. On a exagéré; mais les évaluations les plus modérées donnent encore à cet ensemble 400 mètres en quelques points du Kan-sou. Comme l'épaisseur de la Terre Jaune, son altitude varie de façon déconcertante. Si dans le Tche-li elle s'étale presque au niveau de la mer, elle monte fréquemment à plus de 2 000, même à plus de 3 000 mètres sur les bords du Koukou-nor, aux confins du Tibet. Et c'est la difficulté capitale dans une théorie sur l'origine du lœss : comment peut-il se trouver avec la même structure, les mêmes propriétés, dans la plaine et sur le haut des montagnes? Par cette singulière distribution, il comble toutes les cavités; il couvre les régions où il domine comme d'un manteau, que dépassent seules quelques crêtes raccordées aux dépressions par des pentes douces. Le relief primitif est enseveli, exactement comme il le serait sous une prodigieuse couche de neige. Rien de plus uniforme, bientôt de plus monotone, mais aussi de plus étrange au premier abord que les plateaux de la Terre Jaune ; rien de plus captivant dans la littérature géographique que les pages où Richthofen nous décrit ceux du Chan-si. A perte de vue s'étendent des plaines jaunâtres, sans aucun relief, où il semble que des régiments de cavalerie pourraient manœuvrer à l'aise. Or, que l'on quitte la route : on rencontre un ravin profond de plusieurs dizaines de mètres. Suit-on le rebord? Un autre ravin aboutit au premier; il faut le contourner en s'écartant de la direction primitive; dans celui-ci aboutissent d'autres cluses qui se ramifient à leur tour. Bientôt le voyageur est perdu, qu'il soit resté sur ces plateaux si capricieusement découpés, ou qu'il soit descendu dans ce labyrinthe de canons. Près d'un confluent, le pan triangulaire qui sépare les deux ruisseaux se rétrécit, toujours limité par des falaises à pic; à son extrémité il se réduit à une muraille, souvent large de 1 m. 50 seulement, au-dessus de véritables abîmes; puis il se divise en blocs aux faces verticales, et c'est une variété infinie de piliers terreux, de tours jaunâtres, où parfois les villageois ont perché une pagode ou un réduit fortifié (pl. XIII). Si la Terre Jaune était parfaitement homogène, ces régions seraient infranchissables. Heureusement, chaque falaise se divise en une série de terrasses, si bien que l'on a pu ménager des sentiers de l'une à l'autre. Le topographe croit voir les courbes de niveau toutes tracées sur les versants par la succession de ces gradins si réguliers. Chacun d'eux est cultivé avec le soin le plus minutieux. Et cependant, parfois, la contrée paraît d'abord déserte; pas de maisons sur ces mornes plateaux, sinon de loin en loin une hutte pour surveiller les récoltes. Où demeurent donc les habitants? Au-dessous de leurs champs (pl. XIV, A). Ils ont creusé leurs demeures dans le rebord qui sépare chaque gradin du gradin suivant, et l'on voit s'enfoncer dans le lœss des chambres blanchies avec la chaux des concrétions ou « gingembres pétrifiés », des fermes entières, des auberges qui pénètrent à plus de 50 mètres sous terre (fig. 32). Ces habi-

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tations qui semblent nous ramener à l'âge des cavernes ont leurs avantages : bon marché, dans des pays où il y a peu ou point de pierre et de bois, température toujours égale, solidité, car plusieurs ont logé la même famille pendant des siècles. Ainsi les champs s'étagent comme sur les degrés d'un amphithéâtre, devant des parois évidées d'où, lorsque passe un voyageur, tout un peuple d'abord invisible se précipite, comme tourbillonnent des guêpes au sortir d'un nid détruit (pl. XIV, B).

Tout ce peuple vit de culture, sauf dans quelques districts miniers. Aucune forêt sur les plateaux, trop secs et battus des vents. Quand l'homme en prit possession, c'étaient des steppes; ni bois épais, ni marécages ne s'opposaient à sa marche, au défrichement, et la charrue put sillonner aisément ces sols profonds sans cailloux. Comme partout où s'étend la Terre Jaune, comme en Picardie, en Alsace, en Hongrie, dans les Prairies et les Pampas de l'Amérique, ces régions devinrent par excellence le domaine des cultures. Celles-ci montent communément jusqu'à plus de 2 000 mètres dans le Chan-si, tandis que dans la Chine du Sud, plus favorisée cependant par le climat, elles s'arrêtent vers 600 mètres. Point n'est besoin de fumer le sol pour le rendre productif; les mêmes récoltes s'y succèdent depuis des siècles, sans que sa fécondité paraisse en souffrir (sauf dans quelques régions ravinées ou couvertes de sables par le vent du désert). Il semble, dit-on, réparer lui-même ses pertes, peut-être parce que la circulation capillaire ramène à la surface les sels dissous dans l'intérieur de la masse.

Cependant les plateaux de Terre Jaune, dans la majeure partie du Kansou, du Chen-si, même du Chan-si, sont parmi les provinces les moins peuplées et les plus misérables de la Chine. C'est qu'ils manquent d'eau. Cette terre poreuse absorbe si vite les pluies qu'un été sec ruine la récolte partout où l'on ne peut irriguer, ce que l'encaissement des vallées rend généralement impossible; les puits n'atteignent les nappes souterraines qu'à des profondeurs de 40 et 60 mètres. Il n'y a guère d'année, dit Obrutschew, où l'une ou l'autre des provinces du Nord ne souffre de sécheresses très meurtrières causées par les vents du désert En somme, au moins pour la technique chinoise, le lœss n'a vraiment la fertilité qu'on lui attribue que là où il s'étale en couche relativement mince dans les vallées et les plaines d'alluvions, là où sa surface reste à proximité des nappes souterraines ou à portée des arrosages.

D'autre part, la difTiculté des communications a pu influer sur l'évolution historique, comme elle contrarie aujourd'hui le développement économique. Il s'agit, en effet, de pays découpés par des canons enchevêtrés, entre lesquels le chemin passe souvent par des faîtes de partage à peine assez larges pour le porter, parfois même minés par-dessous, de façon à présenter le profil d'un rail. Ailleurs le sentier s'est encaissé de lui-même, le sol étant désagrégé par la circulation et emporté par le vent; on voyage fréquemment au fond d'une tranchée entre des murailles hautes de 20 à 30 mètres (pl. XXXI, B). Il en est ainsi, par exemple, pour l'une des routes stratégiques les plus importantes, celle de Si-ngan à Lan-tcheou. Pour éviter les ravins, elle suit le plus longtemps possible le fond des grandes vallées; elle ne s'en écarte que vers leur origine, lors-

1. Sowerby pense que la Chine du Nord s'assèche, à cause de l'insouciance des paysans, qui détruisent la végétation sur le lœss, et de l'avance continue des sables du Gobi et de l'Ordos par vent de Nord- Ouest. Mais en réalité cette avance est arrêtée net par l'augmentation des pluies vers l'Est.

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qu'elles deviennent si étroites qu'il faut craindre les éboulements. Elle se continue alors par des chemins creux dominés par des parois d'au moins 15 mètres, sa largeur se réduit à 2 m. 50, et, de place en place seulement, des garages permettent la rencontre des carrioles, qui doivent signaler de loin leur approche. Qu'on se représente la marche d'une armée dans de telles conditions : elle ne pourra quitter les routes, et il sera facile de l'arrêter dans ces défilés ou sur le bord des précipices. Mais, si elle parvient à s'établir dans ces régions, elle pourra prolonger indéfiniment une guerre de partisans dans ce labyrinthe. Des principautés ont pu ainsi maintenir leur indépendance contre la centralisation impériale. Aussi les souverains chinois ont toujours eu pour politique de barrer l'entrée de la Terre Jaune, par la construction de la forteresse de Tong-kouan au coude du Houang-ho, par celle de la Grande Muraille qui devait protéger le Chen-si contre les nomades de l'Ordos, par le choix de villes de cette région comme résidences.

L'origine du lœss. — Quelle peut être l'origine de la Terre Jaune, avec ses caractères si spéciaux, avec l'incroyable diversité des altitudes où l'on peut l'observer? Richthofen a vu dans le vent la cause première, essentielle, de sa formation. A l'époque où se déposa le lœss, dit-il, l'Est de la Chine était occupé par des bassins sans écoulement vers la mer, analogues à ceux de la Mongolie. Dans l'intérieur de ces cuvettes, autour de lacs salés en voie de dessèchement, s'étendaient des steppes désertiques, comme celles que parcourent, dans le Gobi, des ouragans de sable assez épais pour cacher le soleil. Or la désagrégation des roches, si active dans les régions de ce genre, livre à ces tourbillons des masses de débris qu'ils roulent, qu'ils rendent de plus en plus ténus, qu'à la fin ils emportent en nuées de poussière. Après la bourrasque, si ces particules tombent sur un sol complètement dénudé, le vent pourra les déplacer sans cesse. Mais il n'en sera pas de même dans une steppe : les herbes les arrêteront; près de chaque touffe, il y aura un amas de poussière, une dune en miniature fixée par cette touffe. Bientôt la plante disparaîtra, enterrée ainsi que ses voisines, mais d'autres naîtront sur le sol ainsi exhaussé, favoriseront à leur tour la naissance de ces mottes, et la plaine s'élèvera peu à peu, tout en conservant son aspect de steppe. Ainsi deux agents sont à l'œuvre : le vent, qui pulvérise les rocailles et transporte les poussières, la végétation qui fixe celles-ci. On comprend dés lors la présence du lœss à des altitudes où le ruissellement n'eût pu constituer de dépôts de ce genre; seul le vent peut le porter assez haut pour combler les cavités des montagnes. Quant aux tubulures ramifiées, ce sont les traces laissées par les racines et les tiges des herbes ensevelies; elles nous montrent dans la Terre Jaune « le cimetière d'innombrables générations de plantes ». Tout semble donc s'expliquer dans l'hypothèse de Richthofen, la théorie éolienne, si l'on admet que chaque bassin de lœss a été jadis une dépression steppique.

A cette théorie, vraiment belle dans sa forte simplicité, diverses objections ont été présentées. Dans leur ensemble, elles nous amènent à insister sur le rôle du ruissellement, rôle que Richthofen avait indiqué, mais en le subordonnant par trop à celui du vent. Cette tendance se voit déjà chez Loczy (fig. 13). Pour lui, le lœss ne se dépose pas dans une steppe désertique. Pour arrêter ses éléments si fins, il faut une végétation assez drue; on trouvera celle-ci, non au centre de la dépression fermée, mais sur le rebord montagneux où se condensent les nuées.

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OÙ s'écoule l'eau de fonte des neiges. Ainsi le versant Nord du Nan-chan, avec ses pluies d'été régulières, avec ses herbes qui atteignent le genou, a des murailles de lœss hautes de 170 mètres, tandis que vers l'Est elles disparaissent à mesure que les pluies diminuent. Le lœss, dont les molécules ont tourbillonné dans le désert sans s'y fixer, ne se constitue donc que dans des régions beaucoup plus humides, généralement sur les pentes des montagnes qui circonscrivent les dépressions. Mais souvent le ruissellement l'entraîne plus bas, l'étalé au loin dans la plaine, et ce lœss ainsi remanié couvre beaucoup plus d'espace que le lœss de pure origine éolienne. Ce processus, bien observé dans le Kan-sou, explique mieux que la théorie de Richthofen pourquoi le lœss est plus épais sur le rebord des bassins.

Bailey Willis prête aux eaux courantes un rôle beaucoup plus important

Loess de formation éolienne

Loess remanié

Dépression steppique

ûirecèîon du t/ent

7bi/r6U/ons de poussière

Ruisse/iement

FiG. 13. — Formation du lœss, suivant Loczy.

encore. L'un des mérites de sa théorie est justement de marquer la relation entre la formation du lœss et l'évolution hydrographique. Notons tout de suite que, d'après ses observations, la Terre Jaune — ce que Richthofen appelle lœss — ne comprend pas seulement un limon pulvérulent, mais aussi du sable et des graviers, même dans les régions typiques. Toutes ces matières proviennent des sols profonds qui recouvraient l'ancienne pénéplaine de l'Asie orientale, des résidus de sa désagrégation superficielle. A la fin de l'ère tertiaire, quand survint une époque de sécheresse, cette couche meuble fut dépouillée de sa végétation, exposée aux vents et aux pluies qui la décapèrent et entraînèrent ses débris. Transportés alternativement par ces deux forces, par le vent sur les vastes plaines et pendant la saison sèche, par les pluies ruisselantes dans les vallées et pendant la saison humide, ces débris furent en grande partie réduits en une fine poussière, le lœss, mais toujours mêlée d'éléments plus grossiers. En aval des dépressions semi-désertiques, ces débris descendaient les vallées creusées dans un cycle antérieur, — la seconde phase décrite par Bailey Willis, — les comblaient, remplissaient les bassins lacustres et s'étendaient sur les plaines d'inondation voisines du Pacifique. Mais les particules les plus légères étaient reprises par le vent, emportées sur les flancs des montagnes et s'amoncelaient sur les versants les mieux abrités. Pendant ce voyage, tous ces dépôts se décomposaient, s'oxydaient; une fois fixés, ils se chargeaient de sels fertilisants, grâce au mouvement des eaux souterraines. Ce serait aussi cette circulation de matières dissoutes qui expliquerait les tubulures verticales, simples concrétions autour de conduits capillaires, et non traces de graminées enfouies. Bailey Willis, comme Loczy et Obrutschew, montre avec force qu'un climat désertique n'est pas indispensable à la formation du lœss; il suffit du climat actuel de la Chine septentrionale, avec ses alternatives d'été humide et d'hiver sec pendant lequel le vent souffle

G. U.. I. IX l'i. Mil

(jfiiflins étages. Entre les origines de deux profonds ravins, le faîte de partage laisse à peine passage pour une piste suivie par une caravane.

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avec rage sur un sol que ne protègent ni la neige, ni la végétation. Et de fait il se crée aujourd'hui de vrai lœss dans le Chen-si ; près de Si-ngan, un lœss semblable à celui du fond des vallées recouvre des médailles et des poteries. Ainsi la formation de la Terre Jaune, commencée au Pliocène, se continue sous nos yeux. Mais ce n'est plus dans les mêmes conditions de relief qu'à ses débuis — et c'est ici le point essentiel dans l'hypothèse du géographe américain. De l'analyse morphologique, il conclut que la majeure partie du lœss s'est déposée sur des surfaces de maturité en voie d'affaissement, si bien qu'il ensevelit peu à peu les montagnes. Puis les grands gauchissements du Quaternaire l'auraient porté à des altitudes très diverses. Les profonds canons qui entaillent sa masse seraient dus à ce rajeunissement de l'érosion. Théorie séduisante; car il semble bien difTicile d'admettre que les ouragans les plus fréquents, les plus violents puissent combler les cavités du relief jusqu'à des hauteurs atteignant plus de 3 000 mètres, même de 4 000 mètres dans le Kouen-lun; la surprenante altitude de ces amas paraît liée à ces efforts de surrection, dont la réalité n'est pas douteuse ^.

Les études les plus récentes ont conduit à insister de plus en plus sur le rôle des rivières (Andersson vient de montrer que les dépôts épais de lœss se trouvent dans les vallées des anciens fleuves) et sur la complexité de la Terre Jaune. Elle semble offrir une succession très composite. De puissantes couches d'argiles rouges néogènes supportent des conglomérats, des sables fins fluviatiles et, au-dessus, le lœss proprement dit, qui souvent forme un placage très vaste, mais relativement mince : quelques mètres seulement. Pour ce vrai lœss, qui présente une faune steppique, ses grains ont sûrement été roulés par le vent; c'est bien une formation éolienne. Ainsi la théorie de Richthofen s'applique seulement à une partie de cet ensemble composite qu'il appelait le lœss; elle doit être rectifiée, complétée en combinant avec l'action du vent celle du ruissellement et peut-être celle des mouvements du sol. Mais il y reste une grande part de vérité.

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