LE CHAN-SI ET LES CONFINS ORIENTAUX DE LA MONGOLIE
Au delà du Fleuve Jaune, les plateaux de lœss se prolongent dans la partie méridionale du Chan-si jusqu'au delà du 38^ parallèle vers le Nord et, vers l'Est, jusqu'aux gradins qui scandent la descente vers la Grande Plaine. Mais leur architecture a été plus troublée par les mouvements récents du sol, plissements et gauchissements. D'autre part, tandis que le Chen-si vit exclusivement de la culture, la province voisine est, de date immémoriale, le centre de l'industrie métallurgique en Chine, et sûrement elle deviendra l'un des principaux producteurs de charbon du monde entier (fig, 27 et 31).
De la voie ferrée de Pékin à Han-keou, on aperçoit à l'Ouest une muraille haute de 600 à 900 mètres, crénelée comme un rempart géant : le Tai-hang-chan, qui se poursuit du Nord-Est au Sud-Ouest, depuis les environs de Pao-ting jusqu'au Ho-nan où il s'infléchit vers l'Ouest. Il correspond à une ligne de flexures qui limitent le « horst » du Chan-si, le massif resté en place pendant que la Grande Plaine s'effondrait. Comme les calcaires qui forment le rebord sont très résistants, le Tai-hang se dresse en falaises abruptes, percées de gorges souvent inaccessibles. Après avoir escaladé une succession de paliers, on arrive sur un plateau où les couches presque horizontales du calcaire carbonifère supportent celles qui renferment l'anthracite. Plus à l'Ouest, s'élève une seconde table, celle-ci constituée par les grès houillers, haute de 1 500 mètres en moyenne. Puis on redescend sur un plateau de même nature et de même altitude que le premier, mais beaucoup plus étroit. Tous ces reliefs sont recouverts par la Terre Jaune. Mais, comme le niveau de base est très proche, les rivières l'ont profondément ravinée et parfois même l'ont fait disparaître. Elles se sont enfoncées dans une multitude de canons dont l'enchevêtrement rend tout voyage malaisé sur ces plaines si monotones à première vue. Par contre, ces coupures facilitent l'extraction de la houille, puisque, même au centre dans les grès, la plupart sont assez basses pour atteindre son niveau.
Si nous continuons notre voyage d'Est en Ouest, nous gravissons une chaîne déchiquetée de gneiss et de granité; près de Ping-yang, elle s'appelle le Ho-chan et s'élève à 2 500 mètres; sous d'autres noms et en diminuant d'altitude, elle se poursuit vers le Sud-Ouest jusqu'au coude du Fleuve Jaune. Sur tout son parcours, elle est accompagnée vers l'Ouest par une ligne de failles, à laquelle une autre fait face plus à l'Ouest encore; entre les deux s'allonge la fosse tectonique du Fen-ho. La région drainée par le cours moyen de ce fleuve était déjà parvenue au stade de la maturité et avait été recouverte par le lœss quand, à l'ère quaternaire, elle s'affaissa entre les deux lignes de failles Sud-Sud-Ouest— Nord Nord-Est. En même temps, le fond de cette fosse très séismique fut bosselé, divisé en plusieurs cuvettes par des gauchissements transversaux à la direction générale des cassures. L'altitude de ces dépressions secondaires va en croissant vers le Nord : celle de Kiai-tcheou, avec sa lagune qui fournit le sel à tout le Nord- Ouest de la Chine, est à 260 mètres; celle de Ping-yang, à 480; celle de Tai-yuan, la plus vaste, longue de 110 kilomètres et large de 40, est à 560 mètres; celle de Tsin, à 870 mètres, et celle de Tai-tong, à environ 1 300 mètres. Malgré ces mouvements du sol, le Fen-ho réussit à se maintenir, sauf vers son confluent avec le Fleuve Jaune qu'il atteignait jadis vers Pou-tcheou; un relèvement d'environ
LA CHINE DU NORD
400 mètres l'obligea à se reporter vers le Nord. En amont, il dut traverser les gauchissements transversaux par des canons, où la raideur des parois, les rapides qui arrêtent toute navigation témoignent d'une extrême jeunesse. Ainsi, de Ping-yang à Tai-yuan par la passe de Han-sin-ling, la route ne peut suivre le thalweg et doit gagner la crête à 300 mètres plus haut. Dans les dépressions intermédiaires, le fleuve s'attarde, se divise en plusieurs bras dans de larges plaines alluviales, entre des versants très adoucis, des surfaces de maturité laissées par l'ancien cycle, qui montent lentement jusqu'aux escarpements des failles. Le lœss s'est mieux conservé ici que sur les faîtes; sans doute, il est découpé par des rivières actives; mais, grâce à sa fertilité, grâce à la profondeur des cuvettes qui atteignent les couches houillères, la suite des bassins du Fen-ho introduit une zone de forte densité dans ces montagnes.
Vers l'Ouest, elle est dominée par une falaise très raide, haute de 600 mètres environ au-dessus de Tai-yuan. Les mêmes calcaires que nous avons trouvés en venant de la Grande Plaine réapparaissent ici, formant le rebord d'un plateau très peu connu, qui s'étend jusqu'au Fleuve Jaune. Il contient certainement du charbon, mais seulement sans doute dans le fond des synclinaux, car les couches ne sont pas horizontales comme le croyait Richthofen. Une chaîne de micaschistes se dresse même au Nord-Ouest de la capitale, et d'autres crêtes parallèles lui font suite vers l'Ouest, annonçant peut-être dès cette latitude la structure des confins mongols.
Dans l'économie de cette province montagneuse, la culture ne joue qu'un rôle assez secondaire. Le relief est plus accidenté que dans les terres à blé du Chen-si septentrional. Sans doute, on y voit encore des surfaces tabulaires recouvertes de Terre Jaune, mais le soubassement rocheux affleure dans les chaînes cristallines, sur le rebord des gradins; même à la lisière des plateaux, le ruissellement a souvent mis à nu des grès stériles. Les régions agricoles, ce sont les plateaux, à 1 500 ou 2 000 mètres, là où l'érosion n'a pas encore pénétré, et surtout les dépressions souvent irrigables du Fen-ho, quand leur sol n'est ni sablonneux, ni salin. Mais elles-mêmes n'échappent pas au climat rigoureux qui sévit sur ces hautes terres : à Tai-yuan, la température est descendue à — 23°, et le lac peut être pris par les glaces de novembre à mars. Aussi n'obtient-on en général qu'une seule récolte — encore est-elle parfois compromise par l'irrégularité des pluies — et ne sème-t-on pas du riz, mais des céréales qui annoncent un climat plus froid et moins humide : du blé, du millet. Il est vrai que l'opium est très réputé et que le Chan-si, comme les autres massifs septentrionaux, produit en abondance la « datte chinoise » : c'est le fruit d'un Zizyphus, une baie très nourrissante qui, séchée, se conserve des années. Dans les dépressions, les villages ont un aspect d'aisance que Richthofen ne retrouva nulle part dans l'Empire, sauf dans le Bassin Rouge; nulle part on ne voit de maisons mieux bâties, à deux ou trois étages, et chaque bourgade a sa pagode. Par contre, sur les plateaux, en 160 kilomètres, on ne rencontre parfois que deux villages de quelque importance. Bien plus qu'à leurs champs, c'est à leurs mines, à leur industrie, à leur ingénieuse activité que les habitants doivent cette richesse.
Le bassin houiller. — Le Chan-si possède sur sa bordure orientale le bassin d'anthracite le plus étendu du monde entier; celui de la Pennsylvanie est beaucoup plus petit et, de plus, très disloqué. Or, dans le plateau limité
LA CHINE
par le Tai-hang-chan, la houille repose sur un socle calcaire assez uni; elle affleure à la surface du sol ou dans le fond des vallées; l'extraction est ainsi très facile, d'autant plus que le toit de la veine principale, souvent épaisse de 5 à 10 mètres, est formé par des couches solides de grès qui nécessitent peu de boisages. La puissance totale des veines dépasserait 12 mètres dans le Sud-Est. Non sans exagération, Richthofen évaluait à 35 000 kilomètres carrés la surface du bassin d'anthracite, qui renfermerait de 600 à 700 milliards de tonnes. Les mines importantes se groupent à l'issue des deux seules routes par lesquelles on peut descendre aisément dans la plaine : autour de Tse-tcheou et de Lou-ngan dans le Sud-Est, de Ping-ting dans le Nord (fig. 27). Des compagnies européennes ont déjà agencé des fosses en pleine activité. Plus tard, on pourra sans doute continuer l'exploitation vers l'Ouest, en allant chercher la houille sous le plateau gréseux par des galeries longues de plusieurs lieues. Au delà du Ho-chan, l'anthracite est généralement remplacée par des houilles grasses, bitumineuses, que les mineurs chinois extraient sur tout le pourtour de la dépression de Taiyuan. Enfin dans le Nord-Ouest de la province, s'étend un bassin de houille liasique, où l'on connaît sur plus de 100 kilomètres une veine épaisse de 6 mètres. Ajoutons que les argiles supra-houillères sont utilisées dans de très importantes fabriques de poteries, et surtout que le fer se trouve souvent en abondance à un niveau voisin de celui du combustible.
Le Chan-si a toujours été le grand centre métallurgique de la Chine. C'était dans le district de Lou-ngan, au Sud de la province, que l'on forgeait les armes et les outils sous les premières dynasties; des centaines de petites fonderies, de forges, de tréfileries y produisent encore, par des procédés archaïques, de la fonte, de l'acier, du fer d'excellente qualité. Par tous les sentiers de la montagne descendent des caravanes de mulets et de coolies qui vont porter au loin les fers réputés du Chan-si. Pourtant, dès 1870, Richthofen notait la décadence industrielle de ce pays, jadis si prospère que, même dans de petits villages, on voit de belles maisons ornées de sculptures. La concurrence européenne lui a enlevé tous les marchés auxquels elle pouvait facilement accéder. Mais qu'adviendra-t-il le jour où les capitaux étrangers créeront des usines dans ces régions où les minerais de fer abondent à côté de masses prodigieuses de combustible, où une vigoureuse population fournira une main-d'œuvre patiente et déjà exercée? Et quelles bourgades inconnues, près de Lou-ngan ou de Ping-ting, deviendront les rivales de Birmingham?
Le principal obstacle au développement de la province est dans les difficultés des communications. Elles arrêtent la mise en valeur de régions entières : entre le Fen-ho et les gorges du Fleuve Jaune, on se borne uniquement à extraire le combustible nécessaire aux villages environnants; de vastes forêts ont été ainsi préservées de la hache. Ces difficultés sont d'autant plus ressenties que la population des centres industriels ne produit pas assez pour sa subsistance : même la région fertile de Tai-yuan doit importer les céréales et le coton. Le Chan-si ne possède pas de voies navigables, en raison de la jeunesse du réseau hydrographique, du déboisement qui accentue le caractère torrentiel des cours d'eau : ceci, dans un pays de mines et de métallurgie, restera un gros inconvénient. Quant aux routes, on sait combien, sur les plateaux de lœss, il est difficile de les établir et de les entretenir; ce ne sont souvent que des sentes tortueuses, menacées par les éboulements; cependant plusieurs viennent d'être rendues accessibles
A. CLISE DU FLEUVE JAUiNE.
Dans les calcaires carbonifères (Ho-nan, vers 112" longitude Est Gi'eenvvich).
I'ImiI. W . 11. .I.iii.-.. Cd]!. l'niv. or ClniM^o l'i. 11. — PLATEAUX LŒSSIQUES DU CHAN-SI. Hég'ion érodéo. j)rés de 'liii-yuaii. Cultures en g-riidins sur les versants.
G, ( .. I. rx. l'i. XV.
l'Iicil. D' liniquel.
A. — LXE lîUE DE MOUKDEN (mANTCHOURIE), FIN AVltlL. Contvuste entre l'ancienne et la nouvelle civilisation. — Tas de neige à droite.
B. LAIiOLIl lis MAMCllOtlUi;, IIX AVlilI..
Plaine monotone et fertile, admirablement travaillée par les colons chinois.
G. U., I. X, Pl.. XVI.
LA CHINE DU NORD
aux automobiles. Pour descendre dans la plaine, il n'y a guère que trois brèches dans le rempart abrupt qui enserre la province : vers le coude du Fleuve Jaune, vers Houai-king et le Ho-nan, vers Tcheng-ting. Mettant en relations Pékin avec le bassin industriel de Ping-ting et Tai-yuan, celle-ci est très fréquentée, bien qu'assez pénible. Le rebord du plateau est ici accidenté par des plissements violents où le calcaire, la houille sont bouleversés. Les voitures de la plaine sont souvent déchargées à l'issue des passes que franchissent d'interminables caravanes de mulets. Actuellement, cette route est doublée par un chemin de fer à voie étroite, long de 243 kilomètres, qui relie Tai-yuan à Pékin. Nul doute qu'il ne hâte la naissance de l'industrie moderne.
Outre son importance commerciale, cette ligne permettra au pouvoir central d'intervenir plus rapidement dans les affaires locales. Comme l'a dit Richthofen, la possession de cette voie, c'est la main-mise sur la vie économique et politique du Chan-si. Il comparait la province à une immense forteresse enfermée dans une enceinte presque ininterrompue de cluses et de montagnes. Au centre, les dépressions qui logent les grandes villes forment entre leurs escarpements des réduits; d'accès souvent malaisé. La configuration du Chan-si en faisait comme un bastion contre une invasion menaçant le Tche-li, mais aussi elle lui donnait une existence à part et obligeait les empereurs à le ménager. Yao, qui aurait régné vingt-quatre siècles avant J.-C, établit sa résidence à Ping-yang, dans la vallée du Fen-ho; une sous-préfecture voisine, Hia-hien, fut le siège de la première dynastie héréditaire. De là on pouvait surveiller les routes qui allaient vers le Wei et le vieux pays de la Terre Jaune. Plus tard, la prépondérance passa à la région de Tai-yuan, dont la dépression est plus vaste et plus voisine du Tche-li.
La prospérité de la capitale provinciale, comme celle des nombreuses villes voisines, ne vient pas seulement de l'industrie, mais aussi de l'esprit d'entreprise qui anime cette race de montagnards vigoureux, âpres au gain. Les jeunes gens s'expatrient par centaines de mille. Beaucoup vont travailler comme commis dans de grandes villes, puis s'établissent à leur compte. Ce sont les négociants originaires du Chan-si qui font presque tout le commerce de la Mongolie orientale; on les trouve dans tout le Nord-Ouest de la Chine et jusqu'au Tibet. Et surtout ce sont les plus adroits banquiers de toute la Chine. Le commerce des fers, jadis très lucratif, a accumulé dans le Chan-si un capital que les gens de cette province vont faire fructifier dans les autres, s'appliquant aux affaires et non, comme ailleurs, aux études et à la recherche des grades. Mais l'argent ainsi gagné appartient à leur province natale. Ils se considèrent toujours comme ses fils; ils y envoient leurs économies; une fois fortune faite, ils y passent leurs dernières années, apportant avec eux le confort et même le luxe dans d'infimes villages. Il s'est ainsi développé dans ces régions industrieuses une forte vie régionale, positive et cossue, qui ne se ferme pas aux influences extérieures (tout homme instruit a voyagé), mais qui revient sur elle-même après s'être enrichie au dehors.
Les confins de la Mongolie. — Infiniment moins active, moins peuplée est la région septentrionale du Chan-si ^ et, de même, cette partie très vaste du
1. Cependant on commence à exploiter d'importants gisements de fer et de charbon à coke vers Tai-tong.
LA CHINE
Tche-li, le « Tche-li extérieur » que ne protège pas la Grande Muraille, ce que l'on pourrait appeler les confins orientaux de la Mongolie (fig. 31). Comme dans le Chan-si méridional, le trait essentiel de la structure consiste dans une succession de gradins affaissés vers le Pacifique; mais cette descente ne se fait pas régulièrement. Elle est interrompue par une série de chaînes limitées par des cassures alignées, selon la direction sinienne, du Sud-Ouest au Nord-Est; Richthofen les comparait aux barreaux d'un gril. Le massif le plus continu, ce Wou-tai-chan que visitent par milliers les pèlerins mongols, culmine à 3 000 mètres environ (pl. XII, A). D'après Bailey Willis, ses dômes représentent les restes de la pénéplaine qui s'étendait sur toute l'Asie orientale au début de l'ère secondaire, comme les bassins de lœss voisins conservent encore les surfaces mûres créées pendant l'ère tertiaire; puis cet ensemble de sommets arrondis et de larges vallées évasées fut tailladé, disséqué par le rajeunissement de l'érosion qui succéda au gauchissement récent^. Les rivières qui descendent dans la plaine du Tche-li ont raviné les pentes de ces montagnes, presque toutes déboisées, dont les arêtes aiguës et les découpures fantastiques terminent l'horizon de Pékin; les plus puissantes ont traversé le rebord du massif par des cluses et se sont annexé les vallées longitudinales de l'intérieur, qui les rejoignent à angle droit. Si peu que l'on connaisse la « région du gril » dans l'intervalle des routes principales, on peut, semble-t-il, lui étendre la description que Richthofen a donnée des environs de Kalgan : un pays monotone, mais non sans grandeur, tantôt balayé par des tourbillons de poussière, tantôt baigné d'une atmosphère limpide comme celle de la Grèce, des faîtes parallèles s'élevant vers la Mongolie, séparés par de larges dépressions grisâtres où se traînent des rivières languissantes, des aspects qui rappellent ceux du Bassin Salé dans les Montagnes Rocheuses; et, dans cet ensemble assez pauvre de lignes, s'ouvrent à l'improviste les profondes gorges rocheuses des affluents du Pei-ho, souvent encombrées de dépôts torrentiels (fig. 14). Ajoutons que, dans les vallées longitudinales et les bassins intérieurs, l'érosion n'a guère, encore fait disparaître les alluvions et la Terre Jaune; celle-ci ensevelit la base de plusieurs chaînes. Ainsi le voyageur qui vient de remonter les sauvages vallées transversales a-t-il parfois la surprise de trouver des vergers, des champs de blé et de millet, qui contribuent à l'approvisionnement de Pékin, surtout des cultures de pommes de terre et d'avoine qui sont la principale nourriture des montagnards. On est étonné de voir, près du Wou-tai-chan, des villages, des terrasses semées d'avoine vers 2 000 mètres; la présence du lœss explique ces altitudes. Région assez pauvre, d'ailleurs, malgré ces quelques lopins, malgré les nombreux gisements d'anthracite et le commerce qui se dirige vers la Mongolie.
Le pays mongol commence dès le faîte du dernier barreau du « gril » dans la direction du Nord-Ouest. Au delà s'étend un immense plateau, constitué en grande partie par des schistes cristallins et des roches volcaniques que recouvre longtemps encore la Terre Jaune; c'est la partie intacte de la pénéplaine que les mouvements récents ont relevée sans la bouleverser, que l'érosion régressive n'a pas encore atteinte et découpée en hauteurs isolées comme à la bordure
1. Le géologue chinois Yili admet une évolution analogue pour les montagnes à l'Ouest de Pékin; ce seraient des surfaces mûres relevées, tandis que d'autres s'affaissaient pour constituer ce golfe de la Plaine dans la montagne qu'on appelle la « baie de Pékin ».
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orientale de ces hautes terres. Pas un arbre : la steppe herbeuse à l'infini, parcourue par des rivières qui finissent dans des lagunes saumâtres. C'est le Tsao-ti, la « Terre des herbes », que les Chinois opposent au Mien-ti, la « Terre du blé ». On y traverse des solitudes angoissantes, jusqu'à la rencontre d'un campement mongol, de dix à vingt tentes, près duquel paissent des centaines de chameaux et de poneys, des milliers de moutons et de chèvres à long poil. Le Mongol ignore la bêche et la charrue; il vit uniquement d'élevage, déplaçant sa tente quand les pâturages sont épuisés ou pour aller vendre ses produits en pays chinois. A leur
FiG. 14. — • Montagnes calcaires dans la vallée du Liou-li-ho, à l'Ouesl de Pékin.
La fertilité des versants, exceptionnelle dans les calcaires de cette région, et dont témoignent les innombrables gradins de culture qui montent presque jusqu'au sommet, est due au lœss. A l'arrière-plan, tout au fond, la crête calcaire du Houa-mou-ling. Les enclos plantés d'arbres, au premier plan, sont d'anciens tombeaux. — Reproduction d'un dessin de Charles Jacot-Guillar.mod {Bulleiin de la Société Neuchdteloise de Géographie, XXXII, 1923, p. 45).
tour, les Chinois viennent dans la Terre des herbes, mais pour s'y fixer. Les émigrants du Chan-si méridional et du bas Tche-li, entre autres les chrétiens qui fuient les persécutions, achètent aux nomades la terre sans valeur pour ceux-ci. Leurs hameaux de pisé, entremêlés de meules d'avoine, font reculer les yourtes de feutre blanc. Au Nord-Ouest de Kalgan, ils ont progressé de 80 kilomètres depuis un demi-siècle. Les céréales, le thé, les cotonnades s'échangent contre les peaux, la laine, les chevaux de la steppe, dans les villes dont certaines ne sont guère que de vastes campements de caravanes. D'autres, aujourd'hui délaissées, recevaient jadis en été la cour des empereurs mongols ou mantchous : Dolonnor, que l'on appelle aussi « le Temple des Lamas », Jehol, le « Versailles de la Chine », avec ses palais et ses jardins impériaux, avec ses nombreux monastères dont l'un rappelle le Po-ta-la de la métropole bouddhique. Entre ces deux villes, le Louan-ho s'enfonce dans des montagnes sauvages qui semblent s'infléchir vers le Khingan; mais on ne sait commènt celui-ci se raccorde avec les chaînons qui composent le « gril de Pékin ». Au Nord-Est du fleuve, le Tche-li
GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. — Asie dcs Moussons, L
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se prolonge par des régions presque totalement inexplorées : des chaînes qui ne paraissent pas dépasser 2 000 mètres, des plateaux steppiques hauts de 600 à 900 mètres, où se traînent de maigres tributaires du Leao-ho; nulle part les contrées arides de l'Asie centrale n'arrivent aussi près du littoral. Pourtant la colonisation chinoise, bien qu'elle ait dépassé la Grande Muraille depuis un siècle seulement, a déjà assez largement attaqué les steppes et les forêts des chasses impériales vers le Nord-Est; ses défrichements vont déjà rejoindre les campagnes beaucoup plus fertiles de la Mantchourie (pl. XVIII, A).
Si les confins orientaux de la Mongolie, trop accidentés et trop arides, resteront toujours une terre assez déshéritée, ils sont cependant traversés par une voie commerciale jadis très suivie, qui retrouvera peut-être son importance. Kalgan n'est pas seulement un marché au contact des pays de nomades et de sédentaires, mais aussi l'étape principale entre la Chine et la Sibérie. Autrefois le thé destiné à l'Empire russe était débarqué à Tien-tsin et arrivait par la passe de Nan-keou jusqu'à Kalgan; là on renouvelait les empaquetages, et on le chargeait sur les chameaux qui le transportaient jusqu'à Ourga et Kiakhta, au Sud du lac Baikal. Le trafic de ces caravanes qui animaient les solitudes du Gobi a été très atteint dès que le thé put être expédié par le Transmantchourien. Mais Kalgan n'a pas épuisé sa destinée. Il est relié par rail à Pékin (201 km,), non sans de fortes rampes, il est vrai. Les Chinois, qui ont construit cette voie et l'exploitent eux-mêmes, l'ont prolongée jusqu'au grand marché de Koueihoua-tcheng au Nord-Ouest du Chan-si et à Pao-tou sur la boucle du Fleuve Jaune. Et surtout on peut prévoir qu'un jour une ligne suivra la piste des caravanes de Kalgan à Kiakhta vers le Transsibérien. Ce sera la voie la plus rapide de l'Europe à Pékin; mais elle risque de mettre la capitale sous la menace immédiate d'une domination russe.