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mais, trop basses, trop exposées aux inondations, elles n'ont que de rares hameaux protégés par de hauts talus.
A bien des égards, le lac Po-yang ressemble au Tong-ting. La crue du Fleuve Bleu y refoule aussi les eaux qui viennent de la Chine méridionale; elle relève tellement le niveau du lac que de lourdes jonques peuvent passer au-dessus des ponts établis sur les chenaux tortueux de la saison sèche. Le rivage se reporte alors à 30 et 50 kilomètres de sa limite hivernale; au Sud, il va jusqu'à Nantchang. Mais, à la différence du Tong-ting, le Po-yang n'est jamais complètement à sec. D'autre part, si dans le Sud il est bordé comme lui d'une immense plaine alluviale aux contours mal définis, sa partie septentrionale s'allonge entre des massifs rocheux qui, dans le Lou-chan, font figure de haute montagne; à son débouché dans le Fleuve Bleu, elle se resserre même à 780 mètres entre des falaises abruptes. C'est sans doute un bassin d'effondrement. Recevant toutes les eaux de la province du Kiang-si, le lac — ou plutôt ses canaux latéraux, car les mariniers chinois évitent le plus possible les espaces découverts exposés aux tempêtes - — • est animé par une active batellerie qui conduit le thé, la houille, les bois, les porcelaines vers les entrepôts du Yang-tseu : la cité militaire de Houkeou et le port ouvert de Kieou-kiang dont les exportations de thé ont bien diminué.
Dans son cours inférieur, le Fleuve Bleu ne reçoit sur sa rive gauche qu'un seul affluent important, le Han. Celui-ci entre en plaine à Lao-ho-keou, où les grandes jonques chargent dans de plus petites les marchandises destinées soit aux villes du haut fleuve, soit à Si-ngan, que la vallée d'un affluent permet de gagner assez aisément en traversant les monts Tsin-ling à 1 220 mètres. Un peu plus bas, conflue le Tang-ho; pour celui-ci, il donne accès à la « Terre de la Fleur centrale », le Ho-nan, et au Nord de la Grande Plaine. Aussi s'est-il établi au confluent deux villes jumelles, stations d'entrepôt et de transbordement, célèbres par leurs foires qui attirent les commerçants de toute la Chine, surtout ceux de Pékin où mène une route carrossable. Vers Ngan-lou commence décidément la plaine alluviale du Han, longue de 450 kilomètres et large de 200. Le fleuve y fait force détours entre des lacs, des bras morts, des canaux ramifiés à l'infini; il s'élargit jusqu'à 2 et 3 kilomètres entre des bancs et de hautes berges sablonneuses que minent les crues. Celles-ci se produisent lors des pluies, de juin en août; comme les montagnes de son bassin sont absolument déboisées, le fleuve est alors gonflé d'un limon fertile qu'il répand sur ses rives. Il est souvent enserré par des levées très bien entretenues, mais peut-être trop rapprochées, qui le forcent à exhausser son lit de 3 ou 4 mètres au-dessus des plaines voisines. Derrière les digues s'allonge une file ininterrompue de villages, entourés de mûriers et de saules. Construits en argile ou en bambous, la plupart ne comptent guère que des huttes où le bétail est logé à côté des habitants. On est loin de pratiquer l'irrigation avec le même soin que dans le Kiang-si et les environs de Changhaï. Dans les plaines aUuviales du liou-pei, comme dans celles du Hounan, le limon, l'humus apportés par la crue dispensent de féconder les champs. Quand elle s'est retirée, on sème des haricots, des céréales et, sur les terres plus élevées, du coton (fig. 27) : le coton du Hou-pei est très réputé, et il n'est guère de hameau où on ne le tisse pour l'exportation. Peu de riz au voisinage du fleuve; Han-keou doit en importer beaucoup du Hou-nan. Partout on fabrique en quantité, avec l'argile alluviale, des briques, des tuiles, des poteries, comme
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ces grandes jarres où les Chinois conservent leurs grains et leur huile. Par une singularité qu'explique la traversée de collines gréseuses, le fleuve se rétrécit dans son cours inférieur et n'a plus que 60 mètres au confluent. En même temps, le courant devient plus rapide. La crue, qui à Ngan-lou dépassait l'étiage de 6 mètres seulement, le dépasse de 15 mètres à Han-keou. Plusieurs fois elle y a envahi les concessions européennes.
Han-keou, Wou-tchang, Han-yang. — Des collines qui dominent le Fleuve Bleu près du confluent, le regard s'étend sur une vaste agglomération qui se partage en trois villes distinctes, un peu comme celle de New York à l'embouchure de l'Hudson (fig. 21). A elles trois, elles comptaient, dit-on, 3 millions d'habitants au milieu du siècle dernier. Ce chiffre a été réduit à environ un demi-million par les ravages des Tai-ping, et sans doute aussi par une appréciation plus exacte des recensements chinois. Sur la rive droite du Yang, c'est Wou-tchang, la cité murée, assez morte en comparaison de ses deux voisines : des yamen de mandarins, des casernes, quelques usines modernes. Sur l'autre rive, entre la plaine alluviale submergée l'été et le fleuve où se croisent jonques et steamers, des cheminées d'usines, des silhouettes de hauts fourneaux donnent à certains quartiers de Han-yang l'aspect des villes industrielles d'Europe (pl. H et XXIV). Un vice-roi progressiste réussit à y créer un arsenal et une aciérie conçue sur des plans grandioses, avec un coke à bon marché et d'excellent fer à proximité; mais elle déclina, et le Japon la contrôle. De l'autre côté du Han, Han-keou, aussi populeuse à elle seule que ses deux voisines réunies, est la ville du grand commerce. Au confluent s'étale la ville indigène, labyrinthe inextricable de ruelles où grouille une foule affairée; plus en aval, les concessions européennes, suite de cottages en briques, de maisons de commerce, de banques, protégées contre les inondations par une haute digue, plantée d'arbres, le Bund. En même temps que le centre métallurgique le plus actif de la Chine, l'agglomération de Han-keou est le marché le plus important de tout l'intérieur. Les récentes guerres civiles ont montré sa valeur stratégique, qui lui vient, non seulement de sa forte garnison, de son arsenal, de sa monnaie, mais aussi de sa position dominante dans le bassin du Fleuve Bleu. En effet, celui-ci laisse remonter à Han-keou les vapeurs de mer. Les marchandises du Sseu-tchouan y arrivent par jonques depuis Soui-fou et par vapeurs depuis Itchang. Celles du Hou-nan y aboutissent en majeure partie; une route mandarine se prolonge à travers cette province et le Kouei-tcheou jusqu'à la capitale du Yun-nan. Au Nord, le Han conduit vers le Chen-si et les plateaux de la Terre Jaune, ou vers la Grande Plaine et le Tche-li. Enfin, depuis 1905, on va par chemin de fer à Pékin (1 209 km.) en vingt-huit heures; parmi les projets de construction, les plus prochainement réalisables semblent ceux qui relieront Han-keou à Canton et au Sseu-tchouan. Ainsi on voit se croiser, juste au centre de la Chine, des voies d'un intérêt primordial, soit politique, soit économique (fig. 27). De nombreux négociants européens et japonais y sont établis. Récemment encore, Han-keou était par excellence le marché du thé; de grands navires anglais et russes venaient le charger de mai à juillet. A cette exportation s'est ajoutée, depuis l'ouverture de la ligne de Pékin, celle du sésame, des huiles, des peaux; à l'importation, ce sont des cotonnades, des machines, du pétrole qui arrivent sur les quais.
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Le bas fleuve. Nankin. — En aval de Kieou-kiang, au débouché du lac Po-yang, le Fleuve Bleu décrit un coude vers le Nord jusqu'au delà de Nankin,
FiG. 21. — Plan de Han-keou, Han-yang et Wou-tchang. — Échelle, 1 : 50 000.
Il contourne ainsi les massifs de la Chine méridionale, composés de chaînes alignées suivant la direction sinienne. Celles-ci se relaient en coulisses le long du
CÉooRAPiiiE UNIVERSELLE. — Asie des Jloussons, I.
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fleuve. Dans son voisinage, elles ne sont plus continues, mais fragmentées en tronçons derrière lesquels se succèdent des chaînes de plus en plus élevées, tout un pays de jolies collines couvertes d'arbres toujours verts, de chênes, de myrtes, de camélias. Sur la rive gauche, au Nord de Nankin, s'étend un plateau de lœss, dominé par des dômes isolés, hauts de 125 à 200 mètres, dont les uns sont d'anciens cônes volcaniques, et les autres, les restes de coulées de lave; ailleurs, on voit encore des collines assez élevées, mais plus éloignées. La plaine alluviale est plus développée sur cette rive, tout en restant toujours exiguë par rapport au Hou-pei. A Nankin, elle n'a que 3 km. de large. Le fleuve lui-même se resserre; il traverse parfois des défilés rocheux, et, dans tout son cours Sud- Ouest— Nord-Est, il n'a que 600 à 700 mètres en moyenne. Il est vrai qu'ici encore la crue se répand au loin dans une campagne extrêmement fertile, par un labyrinthe de canaux bordés de bourgs innombrables. Des cabanes faites de nattes soutenues par des bambous s'édifient l'hiver le long des chenaux ou du fleuve, surtout aux ancrages. Une multitude de villes se succèdent sur les bords du fleuve; presque anéanties au milieu du xix^ siècle, elles réparent ces ravages grâce au trafic si actif du Yang-tseu et à la fécondité des plaines voisines (fig. 27). Celles-ci produisent assez de riz pour en envoyer chaque année d'immenses quantités dans les provinces du Nord, où il est porté par les vapeurs étrangers dont une flottille stationne toujours près des quais de Wou-hou. Plus bas, Nankin fut jadis la capitale de l'Empire sous les premiers souverains de la dynastie des Ming, et on voit encore les vestiges de leurs tombeaux près de la ville (pl. XXVI, A). Après la révolte des Tai-ping, il ne restait de celle-ci qu'un amoncellement de décombres. Dans ses remparts, de 38 kilomètres de tour, où des millions d'habitants tiendraient à l'aise, la cité chinoise avec ses rues commerçantes et ses tissages de soieries, l'ancien camp tartare et les palais impériaux aujourd'hui saccagés, n'en abritent en tout que 200 000 à 300 000. Le reste de l'enceinte n'enferme que des champs, des jardins, des hameaux, des tertres boisés, des tumuli où pâture le bétail. Nankin se relèvera-t-il de ses ruines? En 1912, il a failli devenir la capitale de la jeune république chinoise. La défaite des armées nordistes lui donnera peut-être ce rang aux dépens de Pékin, trop excentrique et longtemps jalousé des provinces du Sud. Peut-être le chemin de fer qui le relie à Changhaï à l'Est, à Pékin au Nord par l'actif port de Pou-keou, lui rendra-t-il un peu de son ancienne prospérité. Mais il a en aval des rivaux redoutables dans Changhaï, même dans Tchen-kiang, situé à la jonction du Grand canal, au point extrême atteint par la marée.
Les embouchures. — Nous arrivons ici aux embouchures du Fleuve Bleu. Depuis Tchen-kiang, sa largeur est partout de plusieurs kilomètres; mais la chute d'énormes masses de sédiments encombre l'estuaire d'îles aux contours variables, très peuplées, malgré la médiocrité de leurs terres sablonneuses et le retour toujours possible de la mer. La plus grande, Tchong-ming, parvient à nourrir sur 720 kilomètres carrés plus d'un million de paysans, de pêcheurs (fig. 18, 22, 28, 29). Les vastes polders qui se continuent vers le Nord jusqu'au massif du Chan-tong sont certainement l'œuvre combinée du Fleuve Bleu et du Fleuve Jaune; mais toute cette région de deltas, malgré le voisinage de Changhaï, est à peu près ignorée. Celle du Sud, entre l'estuaire et la baie de Hang-tcheou, est un peu mieux connue, bien que l'histoire de sa forniation reste très incertaine.
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Canal ( largeun lO'P j
C'est bien, comme l'a dit Karl Ritter, par un paysage hollandais que se termine ici la Chine : à perte de vue, une plaine, haute à peine d'un ou deux mètres; des canaux de navigation et de dessèchement (pl. XXXI, A), qui se croisent en tous sens et donnent à des villes comme Sou-tcheou des aspects analogues à ceux d'Amsterdam; des lacs, dont le plus grand, le Tai-hou, baigne des collines plantées de mûriers ; des rizières, irriguées par des roues que font tourner des bœufs ou des coolies : tout cela est protégé contre la mer par une double digue, construite depuis le vii^ siècle.
Cette levée, qui va de Wousong à Hang-tcheou, sur près de 200 kilomètres, est extrêmement forte, surtout au Sud, le long de cette baie en entonnoir, où le mascaret roule des vagues de 3 à 4 mètres. Jusqu'à l'achèvement de ce gigantesque travail, les chenaux qui traversaient ces polders étaient souvent modifiés. De temps à autre, le fleuve s'ouvrait une nouvelle issue, tandis que les anciennes étaient envasées ou bloquées par le courant côtier qui porte vers le Sud les eaux troubles du Yang. Depuis plus de dix siècles, il n'en est plus ainsi, et le delta n'est plus remanié. Les changements se bornent à l'estuaire, jonché de bancs mobiles qui le font redouter et rejoindront quelque jour au rivage les îlots rocheux de l'embouchure. On a calculé, sur des données bien imprécises, il est vrai, qu'il arrive à la .mer 6 mètres cubes d'alluvions par seconde, soit plus de 180
millions par an, quantité relativement faible,' si on la compare à la masse des sédiments roulés par le Houang-ho. Le Yang-tseu a dû combler les dépressions lacustres, qui s'étagent depuis le Hou-pei, avant de commencer à former son delta; il les colmate encore, et, par suite, ce delta est loin d'atteindre les proportions des parties de la Grande Plaine dont l'origine revient au Fleuve Jaune.
FiG. 22. — Colonisation sur les alluvions dans l'île de Tchong-ming, à l'embouchure du Yang-tseu.
Chacun des colons occupe un liao, bande allongée entre canaux et fossés, au centre de laquelle s'élève sa demeure (A).
Changhaï. — Un port ne pouvait manquer de s'établir à l'embouchure du Yang-tseu. Et cependant la fortune de Changhaï, qui absorbe actuellement la moitié du commerce de la Chine, date seulement du siècle dernier (fig. 23). Au ve siècle, il n'y avait encore là que des huttes de pêcheurs sur le bord d'une petite rivière, le Houang-pou, à 19 kilomètres de la mer. Un marché, un
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ancrage s'y créèrent, mais bien insignifiants : les grands ports restaient dans l'intérieur, à la tête ou au croisement des canaux qui traversent le delta. En 1842, les Anglais, puis les Français et les Américains furent autorisés à installer des comptoirs. Dès lors, le commerce et la population se développèrent très rapidement. Et même la première impression que produit Changhaï est tout à fait une impression d'Europe (pl. XXV, A). Quand on arrive, on passe devant des docks, des filatures de coton et de soie, des chantiers de constructions navales; on ne rencontre guère que des navires d'Occident ou d'Amérique;
FiG. 23. — Plan de Changhaï. — Échelle, 1 : 50 000.
les jonques sont stationnées en amont, près de la cité indigène, qu'on n'aperçoit pas d'abord. Le long de la rive gauche, la ville européenne se poursuit selon une courbe semblable à celle de Bordeaux : des quais, un magnifique boulevard, le Bund, bordé d'énormes édifices où logent les administrations, les banques et les clubs. Derrière cette majestueuse façade s'étend la ville, concession internationale au Nord, concession française au Sud. Dans les faubourgs et dans la cité crénelée du Sud, il y aurait plus de 4 millions de Chinois (pl. XXV, B). Chassée par la révolte des Tai-ping, la population des campagnes se réfugia près des Européens et s'accrut rapidement. Tout ce peuple trouve à s'employer dans les constructions de la ville, dans les usines qui se sont bâties même sur la rive droite jusqu'ici déserte, surtout dans les entrepôts et sur les quais. Le port de Changhaï est le centre du commerce européen en Chine. Situé à l'issue des plus riches provinces, à la tête d'un superbe réseau de voies fluviales, il est aussi l'escale ordinaire des navires qui vont vers le Nord ou vers le Japon. C'est le grand entrepôt des soies de la Chine entière, le lieu de transbordement des denrées qui entrent dans le bassin du Yang-tseu. Sans doute les marchés de l'intérieur, surtout après l'achèvement des voies ferrées qui
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leur assureront des relations plus rapides avec Tien-tsin, Hong-kong et l'Europe, tendront à se passer de son intermédiaire. Les ports fluviaux, Hankeou surtout qui est accessible aux vapeurs de mer, lui enlèveront peut-être une partie de son trafic. Mais Changhaï restera le port avancé, à la pointe de l'estuaire, un point d'escale pour tout le Nord de l'Extrême-Orient, un entrepôt de distribution et de réexpédition. Sans doute aussi lui faudra-t-il améliorer son accès. La rivière de Changhaï est balayée par de forts courants de marée qui atteignent 3 mètres en vives eaux, mais à son embouchure les alluvions du Yang-tseu ont édifié une barre dont l'exhaussement gêne l'entrée du chenal, d'ailleurs tortueux; les grands steamers sont parfois obligés de s'arrêter à Wou-song. De grands travaux sont nécessaires pour donner un accès facile aux navires qui calent 8 mètres. Mais ces mauvaises conditions locales comptent pour bien peu quand il s'agit d'une position d'une telle valeur économique : nul doute qu'avec quelques efforts Changhaï ne reste l'un des grands emporta mondiaux^.