CLASSIFICATION DES CLIMATS
Le jeu des moussons amène les combinaisons les plus variées selon la latitude, les conditions locales de pression et de relief. Les diversités climatiques ainsi créées peuvent cependant se ramener à quelques types généraux, où nous entreverrons certains traits des grandes unités régionales. Le critère primordial de cette classification qui va de l'équateur à 50° latitude Nord est naturellement la température. Immédiatement après vient l'humidité, non seulement par le total annuel des précipitations, mais aussi et surtout par leur répartition annuelle. Dans les pays de moussons, un élément essentiel est en effet la durée de la saison sèche^ (fig. 5 et 6.).
Climat équatorial. — Le climat équatorial est celui où la chaleur et l'un de ceux où l'humidité varient le moins. La moyenne annuelle reste supérieure à 25°, l'amplitude annuelle ne dépasse pas 5°. C'est, des grandes régions de la Terre, celle où il pleut le plus, grâce à son morcellement en presqu'îles, en archipels montagneux. Nous y ferons une distinction selon qu'il existe ou non une saison sèche. Dans le type de Malacca, il n'y a aucun mois sec; nulle part la différence entre les saisons n'est aussi faible. Il s'étend sur la majeure partie de l'Insulinde, et, grâce aux pluies cycloniques d'hiver, il arrive jusqu'à 16° latitude Nord dans Luçon. Au contraire, l'influence des anticyclones asiatiques en janvier sur les côtes occidentales de Luçon et du Deccan, celle de l'anticyclone australien en juillet dans le Sud-Est de l'Insulinde y provoquent une saison sèche très caractérisée : ce sera le type du Malabar. Sa durée atteint six mois au Sud de Bombay, au Nord de Manille, au Nord-Est de Java, dans Timor. Les précipitations restent d'ordinaire considérables; pourtant, si l'on observe sur les côtes exposées aux vents d'Ouest des précipitations égales à celles du premier type, les régions orientales reçoivent beaucoup moins d'eau. Il y a sous l'équateur des régions qui souffrent de la sécheresse.
1. « Nous appelons mois sec un mois où la somme des précipitations mesurée en millimètres est inférieure au double de la température mesurée en degrés centigrades • (De Martonne). — Il a semblé inutile de créer une catégorie spéciale pour les régions à maximum hivernal de pluies -.celles-ci se présentent soas tous les climats et n'entraînent pas des conséquences aussi importantes que la durée des pluies.
l'asie des moussons.
Climats chauds. — Nous appellerons climats chauds ceux qui, en dehors de la zone équatoriale, ont au moins deux mois où la température moyenne dépasse 25° en été, au plus quatre en hiver où elle n'atteint pas lO». Dans cet immense domaine qui comprend la majeure partie de l'Asie des moussons, la durée et la rigueur de la saison sèche augmentent presque régulièrement de l'Est
FiG. 5. — Les pluies dans l'Asie des moussons. — Échelle, 1 : 55 000 000.
Importance des précipitations : 1, De 0 à 500 millimètres; 2, De 500 à 1 000 millimètres; 3, De 1 000 à 1 500 mil limètres; 4, De 1 500 à 2 000 millimètres; 5, De 2 000 à 3 000 millimètres; 6, Plus de 3 000 millimètres.
vers l'Ouest. La région du Pacifique est en effet visitée par les dépressions continentales qui lui valent des pluies d'hiver, par des typhons qui amènent de grosses averses juste au moment où la mousson d'été commence sa retraite vers le Sud. Or ces deux facteurs n'interviennent que dans une partie limitée de l'Inde, et dans une mesure beaucoup plus faible. D'où l'opposition entre ses pluies et celles de l'Extrême-Orient, opposition qui se retrouve dans la température.
On peut rapporter au type de Hong-kong le Japon méridional, le bassin du Yang-tseu à partir de la cuvette du Sseu-tchouan, la Chine méridionale sauf
LE CLIMAT
les plateaux du Yun-nan, les deltas du Tonkin et de l'Annam septentrional. La saison sèche dure au plus deux mois : tel est le trait le plus essentiel et le plus heureux de ce climat. Et même il n'y a aucun mois sec dans les parties les plus fréquemment parcourues par les dépressions barométriques : le Japon, le Fleuve Bleu en aval de Han-keou, la côte de Changhaï à Fou-tcheou. Les'pluies dépassent
eo" 100° 120"
FiG. 6. — Les types de climat de l'Asie des moussons. — Échelle, 1 : 55 000 000.
A. Climats équatoriaux et subéquatoriaux : 1, Type de Malacca; 2, Type du Malabar. — B, Climats chauds : 3, Type de Hong-kong; 4, Type de Calcutta; 5, Type de Delhi; 6, Type de ITndus. — C. Climats tempérés : 7, Nuance tempérée; 8, Nuauce froide. — D. Climat froid, — E. Climat des hautes steppes. — 9, Limite Nord et Ouest des régions sans aucun mois sec ; 10, Limite Sud de ces régions; 11, Courants marins chauds; 12, Courants marins froids.
en général 1 mètre et même 2 mètres sur les côtes bien exposées. Par contre, les hivers sont refroidis par les vents sibériens. La chaleur ne s'élève pas autant que dans l'Inde, et le printemps n'est pas ici la saison brûlante du Pendjab.
Il y a lieu de rapprocher de ce climat celui de l'Assam oriental, humide toute l'année, et même celui de l'Himalaya jusqu'à l'altitude de 3 000 mètres où l'on trouve la même moyenne annuelle qu'à Paris. Simla, par 2 160 mètres, a bien trois mois inférieurs à 10°, mais avec un seul mois sec.
GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. — Asie des Moussons, L
l'asie des moussons.
Le type de Calcutta sera celui des régions chaudes ayant plus de deux mois secs, généralement de cinq à six. Ici encore, sur les côtes orientées vers la mousson estivale, les pluies peuvent être fort copieuses, mais la saison sèche est très marquée. Sur le littoral birman, Sandoway reçoit par an 5 m. 375, mais 14 millimètres seulement de décembre à avril. Les cuvettes intérieures, comme la haute Birmanie, les régions de sol trop perméable, comme le bas Laos, portent déjà dans leur végétation l'empreinte de l'aridité. Le maximum thermique d'avril-mai est partout très net; la saison sèche se divise, comme dans toute l'Inde, en un hiver assez froid et un printemps très chaud. L'hiver étant moins rigoureux qu'en Chine, l'amplitude est moins considérable.
Avec le type de Delhi, nous arrivons à des régions où la durée de la période sèche dépasse six mois; huit mois à Agra et dans une partie du Deccan; dixmois à Lahore et dans le Sud-Est de la péninsule qui serait si aride sans ses canaux. Les dépressions hivernales agrandissent ce domaine aux dépens du suivant le long de l'Himalaya, mais leur effet est très localisé et nullement comparable à celui des dépressions chinoises. Presque partout il tombe moins d'un mètre d'eau. La culture du riz est encore étendue, mais celle du blé prédomine, et sa limite correspond assez bien à celle de ce type vers le Bengale. Le climat est continental : l'amplitude augmente de llo,4 à Calcutta à environ 18° vers Agra et le Gange supérieur.
Le type de V Indus est la variété la plus continentale des climats chauds et la plus sèche de l'Asie des moussons. Nous le limiterons aux régions recevant moins de 500 millimètres de pluie; ce sont d'ordinaire des pays de steppes clairsemées et de modelé semi-éolien, mais il y a de vrais déserts vers la bordure de l'Iran : Jacobabad a 105 millimètres seulement, avec des extrêmes absolus de — 10,7 et 52o,2. Ici le régime des moussons ne se signale que par des méfaits sans aucune compensation. Des variétés atténuées de ce type pourraient être signalées dans quelques stations du Deccan, comme Bellari,
Climats tempérés, — Dans la zone tempérée, plus de quatre mois ont une température inférieure à 10°, et quatre mois au plus, inférieure à 0°. Elle commence au Nord de ces monts Tsin-ling qui font une limite si tranchée entre la Chine du Sud et celle du Nord, le pays du riz et celui du blé. La saison sèche est plus courte en Chine que dans l'Inde, grâce à la fréquence des dépressions issues de la Mongolie. Au Japon elle est abrégée et par celles-ci et par celles qui ont emprunté la vallée du Yang-tseu et par les typhons. On peut distinguer une variété maritime, sans aucun mois sec, une variété continentale et, dans chacune, une nuance tempérée et une nuance froide séparées par l'isotherme de — 2° dans le mois le plus froid; cette ligne limite en effet les régions où la neige reste plusieurs mois sur le sol, ce qui influe sur la végétation et le régime des fleuves. Dans la variété maritime, les pluies dépassent 900 millimètres et parfois même 1 500 sur les rivages exposés à la mousson d'hiver; mais elles diminuent vers le Nord à mesure qu'on s'approche de mers plus froides. La nuance tempérée sera celle du Sud de la Corée et du Nord de Hondo (Niigata, 1°,4 et 25», 4); la nuance froide, celle de Hokkaido et du Nord de la Corée (Gen-san, — 3o,l et 230,1). Dans la variété continentale, le Chan-tong (Tsing-tao, — 0o,4et24o,9) est plus favorisé que Tien-tsin ( — 4°,! et 26o,l), non seulement par cette moindre amplitude, mais par des pluies mieux réparties et plus abondantes (718 mm. au
LE CLIMAT
lieu de 487). Mais, dans toute cette zone tempérée, l'hiver est^déjà rigoureux, et il tend à devenir vraiment sec sur le continent.
Mantchourie et régions intérieures. — La Mantchourie appartient à la région froide dès ses ports méridionaux. A Moukden, la température moyenne de janvier est de — 13°. Mais l'été y est chaud (24°,2 en juillet); ses précipitations assez abondantes et régulières permettent la culture intensive du millet et du blé. Ainsi la mousson pluvieuse corrige les effets de l'anticyclone sibérien.
Vers l'intérieur du continent, il est encore difficile de préciser l'extension des pluies estivales. Leur limite n'atteint la mer d'Okhotsk qu'au delà de 60° latitude Nord; elle semble courir le long du Grand lihingan et approcher du Koukou-nor. La fertile cuvette de Lhassa bénéficie de la mousson indienne. Mais le contraste entre ces hauts pays et l'Asie périphérique est tel que la limite la plus intéressante paraît celle des steppes où il semble que, sauf dans les montagnes, les précipitations n'atteignent pas 400 millimètres. Nous caractériserons donc l'intérieur du continent comme les régions des hautes steppes arides.