BASSES EAUX HAUTES EAUX
Tchong-king 0 m. 20 22 m. 80
Itchang 0 m. 10 13 m. 20
Han-keou 0 m. 80 13 m. 30
Kieou-kiang 1 m. 20 12 m. 20
Wou-hou 0 m. 80 7 m. 80
En même temps, l'influence régulatrice des lacs donne à l'ascension et à la descente de la crue une allure moins saccadée que dans le Sseu-tchouan où les variations sont très brusques. L'inondation se soutient longtemps à Han-keou et à Kieou-kiang, parce que son écoulement est ralenti par les défilés qui resserrent le bas fleuve et par le flot du lac Po-yang. Son amplitude y dépasse de beaucoup celle du cours inférieur, de Wou-hou, par exemple (fig. 24).
Dès le confluent du Han, la fonte des neiges qui couvrent les montagnes du Tibet et du Sseu-tchouan n'apparaît plus comme la cause des grandes inondations. On ne peut lui attribuer que le premier gonflement du fleuve, en avril, qui le porte à 3 ou 4 mètres au-dessus de rétiage;le reste de la crue est dû aux pluies de mousson tombées dans le bassin du Yang-tseu supérieur, dans celui du Han et dans le Hou-nan. Les eaux rouges proviennent du premier; celles d'un jaune boueux, du second; et les eaux claires, du lac Tong-ting qui a décanté les rivières du Hou-nan. Si les pluies n'ont été abondantes que dans un seul de ces bassins, la montée sera brusque et courte; si elles l'ont été dans les trois et si leurs rivières se déversent à la fois dans le Hou-pei, la crue sera très forte, surtout si les affluents d'aval se gonflent eux aussi et viennent barrer le chenal. Alors se produisent des catastrophes comme celles de 1849, 1870; les digues qui contiennent le fleuve sont alors impuissantes à protéger les campagnes voisines. Toutefois ces cataclysmes sont rares. Les villes en ont beaucoup moins souffert que des guerres civiles. Loin de fuir le fleuve, de le laisser dans le désert, comme le Houang-ho, elles se sont établies près de lui. Quelques-unes se prolongent même sur les eaux par des faubourgs sur pilotis, par de vastes agglomérations temporaires de cabanes, qui, l'hiver, s'étendent jusqu'au bord extrême du chenal.
A la diflérence du Fleuve Jaune, le Yang-tseu est en effet une de ces voies commerciales qui créent les cités sur leurs rives. Nul autre fleuve ne permet de remonter aussi loin dans le continent asiatique, à travers des campagnes aussi riches et peuplées. En somme, il est navigable pour de petits vapeurs à partir de Soui-fou, ou parfois de Ping-chan-hien, à 2 850 kilomètres de son embouchure. En amont, le capitaine de frégate Audemard a bien pu descendre en barque depuis le pont de Tseu-li-kiang, au Sud-Est de Li-kiang, jusqu'à Soui-fou; mais ce fut un tour de force, et en aval de Long-kai se présentent deux séries de rapides que même des radeaux ne pourraient remonter (fig. 25). La pente atteint de 1 m. 50 à 5 mètres par kilomètre dans cette section, et les crues peuvent s'élever dans les gorges à 40 ou 50 mètres. Si le commerce local peut utiliser certains biefs, la liaison n'est pas possible par eau entre le Yun-nan et les parties riches du Sseu-tchouan. Par contre, le Bassin Rouge est traversé par un réseau de rivières grâce auxquelles la soie, les grains, l'opium, les huiles affluent dans le grand port de cette région, Tchong-king. Le régime
LA RÉGION DU FLEUVE BLEU
de ces cours d'eau est très capricieux; pendant la saison sèche, la navigation est gênée par des rapides, mais dans l'ensemble les jonques et les petits vapeurs à fond plat peuvent pénétrer partout. Les produits du Sseu-tchouan arrivent à bon compte jusqu'à l'entrée des gorges, en aval de Wan; mais de là à Itchang s'étend une section très difficile. Les rapides s'y comptent par dizaines, et chacun donne lieu à une longue manœuvre, souvent périlleuse. Avant de tenter le passage de l'un d'eux, les mariniers se distribuent leurs postes, vérifient les agrès, saisissent les énormes rames sur lesquelles ils s'appuient par groupes de huit ou dix. Les haleurs s'attachent aux cordelles; à la vingtaine de coolies qui constituent l'équipage ordinaire, il faut souvent adjoindre un renfort de 100, 200, quelquefois même 300 hommes pour une seule jonque (pl. XXIII, B). C'est à grand'peine qu'ils avancent, pliés en deux, agrippés des mains aux rochers. Aux hautes eaux, la plupart des barrages sont assez profondément immergés pour que beaucoup de ces obstacles disparaissent; mais la violence du courant en crée d'autres plus dangereux. Dans ce couloir trop étroit, la crue monte de plusieurs mètres en une nuit; elle atteint fréquemment de 18 à 30 mètres, même 45 mètres au-dessus de l'étiage; on devine avec quelle rapidité foudroyante elle s'avance. Aussi la circulation des jonques s'arrête presque complètement de juillet à septembre. En temps ordinaire, elles mettent près d'un mois pour aller d' Itchang à Tchong-king (800 km.), soit le temps nécessaire pour aller de Marseille à Changhaï. Trajet long, coûteux, dangereux, car on calcule qu'une sur dix fait naufrage ou subit de grosses avaries. Pourtant les bénéfices sont tels que près de 13 000 jonques sont inscrites à Itchang, dont quelques-unes de 130 tonnes.
Depuis longtemps déjà on avait songé à gagner le Sseu-tchouan par de petits vapeurs qui relieraient les deux biefs utilisables par les steamers toute l'année, de Soui-fou à Wan en amont des gorges et, en aval, d' Itchang à la mer. Dès 1898, Archibald Little parvint à remonter jusqu'à Tchong-king avec un vapeur, mais de très faible tonnage et qu'il fallut haler comme une barque ordinaire. Des canonnières anglaises et françaises parvinrent jusqu'au Bassin Rouge. Mais il fallut attendre jusqu'en 1914 pour que la navigation commerciale à vapeur entrât dans le domaine de la pratique. Actuellement, le service est assuré par des steamers, dont les plus grands n'atteignent pas 1 000 tonnes pour l'été et 500 pour l'hiver; ils mettent six jours à la montée, deux à la descente dans les rapides, et pénètrent jusqu'à Soui-fou et Kia-ting. En moyenne, ils peuvent circuler pendant six mois, parfois de la fin mars à la fin novembre. Les rapides, bien moins dangereux que ceux du Mékong, pourront être corrigés avec quelques travaux : enlèvement d'éboulis, balisage déjà commencé, pose de chaînes de louage et de cabestans. Sans doute les transports resteront toujours de capacité relativement réduite et de prix plus élevé qu'en aval. Mais, dès 1920, Hosie remarquait combien le trafic du Sseu-tchouan, malgré les troubles, s'était déve-
J FIVIAMJJASOND
mm
FiG. 24.
Régime du Yang-tseu.
Niveau moyen au-dessus de l'étiage, en mètres, pour chaque mois : 1, à itchang; 2, à Wou-hou.
LA CHINE
loppé grâce à la voie fluviale. Malgré ses inconvénients, elle peut « débloquer » cette région qui produit tant de denrées précieuses sous un faible volume. Elle sera une rivale pour la ligne française du Yun-nan et pour celle que l'on projette de Han-keou au Bassin Rouge
A partir d'Itchang (1 800 km. de Changhaï), commence la grande navigation régulière. Jusqu'à Han-keou, on ne peut employer que des navires jaugeant 2 000 à 3 000 tonnes; l'extrême mobilité des sables les oblige à aller très lentement, tandis qu'une chaloupe va en éclaireur sonder le chenal et s'assurer qu'il n'a pas changé. Parfois ils échouent et restent à sec pendant plusieurs jours, dans l'attente du flot de crue qui les dégagera. En aval de Han-keou, soit sur 965 kilomètres, ces dangers sont moindres. A part quelques mauvais passages, d'ailleurs balisés et éclairés, des bâtiments de mer de plus de 15000 tonnes font facilement ce voyage aux hautes eaux. Même, le reste de l'année, les vapeurs de mer ne tirant pas plus de 4 m. 50 peuvent remonter jusqu'au port du Hou-pei, sans rompre charge. C'est ce que font régulièrement, par exemple, certains navires des compagnies japonaises qui sont devenues de dangereuses concurrentes pour les services des sociétés anglaises, allemandes, françaises et chinoises. Cette rivalité contribue à animer l'immense fleuve et à en faire l'une des principales artères du commerce asiatique.
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l'Iicil. llliisIviiHoii.
A. — cha>'(;haï.
F;\çade monumentale de la ville sur la rive gauche du Houang-pou, évoquant les grandes cités maritimes modernes de l'Europe et des Etats-Unis.
i; - (.IIA.NOIIAÏ. AL CŒLIt DE LA CITÉ. Uarques échouées dans le canal à marée basse, humbles cabanes, haillons, tas d'ordures, dont I a-pr-cl nji-érable contraste avec l'élégance des pagodes qu'ils entourent.
il. l,., 1. IX, l'i. XXV.
Pliot. ooraiii. par M. Weiilersse.
A. ENVIUONS DE NANKIN.
Piste conduisant au tombeau des premiers empereurs de la dynastie des Ming. qui résidaient dans la capitale du Sud. Collines dénudées et ravinées de la Chine méridionale.
l'Iiol. W. [I. Jones, ('.op. L'niv. of Cliicaso Press.