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CHAPITRE VII

LA CHINE DU SUD

I. — LE CENTRE DE LA CHINE MÉRIDIONALE LE PAYS DES COLLINES ET DES FLEUVES

Richthofen disait de la Chine méridionale, le Yun-nan et le Kouei-tcheou mis à part, que c'est la région de collines la plus vaste du monde. Sur une étendue qui dépasse de moitié celle de la France (700 000 à 800 000 km^), s'enchevêtrent en effet des chaînons dont l'altitude moyenne n'est que de 500 à 800 mètres, dont les plus hauts sommets ne dépassent guère 1 500 mètres, mais qui couvrent à peu près complètement cette contrée. D'autre part, les fleuves sont navigables jusque dans leur cours supérieur; par des cols faciles, on passe de Canton dans les bassins des rivières qui aboutissent aux lacs du Yang-tseu. Grâce à l'activité de cette batellerie, l'influence de Canton et de Hong-kong rayonne non seulement dans les deux Kouang, mais encore dans le Hou-nan et le Kiang-si. Bien que ces dernières provinces soient drainées vers le Fleuve Bleu, leur vie économique, comme leur structure et leurs aspects, les rattachent à cet ensemble que forme la Chine des collines. La partie côtière de celle-ci, avec ses nombreux ports qui la rendent indépendante de Canton, peut être réservée pour une étude spéciale (fig. 31).

L'orographie de cette région est d'une extrême confusion. Les cartes chinoises, qui juxtaposent pêle-mêle les cols et les cimes les plus connus, ne s'éloignent guère plus de la réalité que la plupart des cartes européennes, où l'on trace les chaînes principales suivant la ligne de partage des eaux. Or cette coïncidence n'existe presque jamais. Aucun ordre apparent dans la disposition des hauteurs et des vallées, des crêtes et des bassins. Cependant la tectonique semble assez simple. Les plis siniens s'y succèdent parallèles, alignés de l'Ouest- Sud-Ouest à l' Est-Nord-Est; ils dessinent ainsi comme une « grille » qui dut avoir à l'origine ses vallées longitudinales reliées par des cluses (pl. XXVI, B). Mais le travail des eaux courantes les a morcelés, de telle sorte que, le plus souvent, les rivières coupent obliquement les plis, bien que certains tronçons aient conservé la direction sinienne (par exemple, les tributaires du lac Po-yang). Richthofen a bien décrit comme axe médian de cette grille une chaîne qui allait de Wou-tcheou à Ning-po et aux îles Tchou-san; mais elle-même a été divisée par l'érosion en une suite de collines, dont l'importance orographique n'ap-

GÉOGRAPHIE UN'ivERSELLE. — Asie des Moussons, I. 17

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paraît plus aujourd'hui qu'à l'extrémité Nord-Est. Dans le Fou-kien et le Tcho-kiang, ses sommets escarpés et pittoresques séparent les fleuves cô tiers des affluents du Yang-tseu; ailleurs sa continuité ne se manifeste guère que par l'affleurement de roches très anciennes et surtout par celui des massifs granitiques. Le granité marque souvent aussi l'axe des chaînes parallèles, au Nord et surtout au Sud de cet alignement. Sur leurs versants s'appuient parfois les couches du calcaire carbonifère, qui occupent la majeure partie du Kouang-si. Tout le centre de cette province, dit Leclère, deviendrait absolument semblable à la baie d'Along (Tonkin), si le niveau de la mer se relevait de 200 mètres. Les rivières y serpentent au milieu de pitons coniques, isolés dans des bassins alluviaux, ou s'encaissent en cafions. C'est un pays de dolines et de causses, plus ou moins couverts par les argiles bariolées du Permo-Trias, une contrée généralement pauvre, que l'altitude moindre distingue seule du Yun-nan calcaire. Dans toute la Chine des collines, on voit aussi des grès rouges, analogues à ceux du Sseu-tchouan comme texture et comme couleur, qui reposent en discordance sur les couches plus anciennes. Sur le flanc des montagnes, ils produisent des reliefs qui doivent rappeler ceux de la Suisse saxonne; l'érosion a profité de leurs diaclases pour les découper en tables aux parois verticales, en piliers gigantesques sur lesquels se juchent les villages des indigènes. L'origine de ces grès est un des problèmes capitaux de la géologie chinoise. Près de Canton, ce sont des dépôts d'eau douce du Tertiaire récent; mais il se peut que cette formation ait débuté pendant des époques antérieures. Sans doute, elle était jadis beaucoup plus étendue, et peut-être les affleurements actuels doivent-ils leur conservation à des effondrements, dirigés dans le sens des vallées siniennes, qui les auraient plongés dans les bas-fonds à l'abri de l'érosion. Quoi qu'il en soit, on ne peut nier l'existence des mouvements du sol récents, dont témoigne le réseau hydrographique. Très indépendant de la tectonique, il est certainement très évolué, mais il paraît avoir été rajeuni. En effet, les rivières traversent encore par des gorges ces vieilles montagnes; elles s'enfoncent de 100 à 200 mètres dans les plateaux gréseux; on y trouve des ruptures de pente au voisinage immédiat de l'embouchure : par exemple, dès que l'on a quitté le delta du Si-kiang, on rencontre sur ce fleuve un rapide. Il semble que le très ancien continent de la Chine méridionale ait été récemment soulevé en masse et que l'érosion ait, par suite, repris avec une nouvelle vigueur la sculpture de ces montagnes.

Bien que cette région soit traversée par le tropique, l'hiver y est assez rigoureux quand souffle le vent du Nord-Est. Au matin, il n'est pas rare de voir de la glace dans les rivières près de Canton, tandis que les feuilles des bananiers pendent flétries. Mais, dès le lever du soleil, la température se relève à 15° ou 20°; les plantes à demi gelées se raniment d'autant mieux que, même à cette époque, elles ne manquent pas d'eau. Dans le Sud-Est de la Chine, en effet, il n'y a pas de saison sèche, à proprement parler; sans doute, la différence est grande avec l'été, mais la pluie ne cesse pas l'hiver. Aussi la végétation est-elle magnifique. Dans les dépressions, les villages s'entourent de bambous, de manguiers, d'orangers, de palmiers, de champs de cannes à sucre et d'ananas. Le long des gorges, des plantes grimpantes montent jusqu'à 25 mètres sur les parois et retombent en rideaux lorsque la roche surplombe; de vieux arbres sont enserrés par les lianes des figuiers parasites qui les font plier sous leur poids. Les collines sont

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parfois jonchées de fleurs, lis, orchidées, roses, bégonias, azalées. Jadis elles devaient porter de vastes forêts, mais celles-ci ne semblent pas les avoir occupées entièrement, et elles n'ont guère subsisté que dans les pays sauvages. Les colons chinois les ont brûlées (pl. XXVI, A). Tout le centre du Kouang-si est ainsi dénudé, si bien qu'il faut conserver près des villages des steppes incultes, car les herbes sèches sont le seul combustible. Sur le Pei-kiang descendent des barques chargées d'herbes qui chaufferont les briqueteries du delta. Ailleurs, la forêt a été remplacée par des taillis de chênes, de châtaigniers, de micocouliers, surtout de Pinus sinensis semblable au pin sylvestre d'Europe, — mais plus encore par des buissons. Certains voyageurs ont comparé cette végétation à celle du maquis. Celui-ci paraît assez maigre et clairsemé dans les districts, très vastes parfois, où le sol est formé par des grès ou par de la latérite; sur celle-ci, il n'y a souvent que des chênes ou des pins rabougris, des ronces, des éricacées et le gratilier (Vitex negundo). Ce qui semble prédominer, ce sont des buissons d'arbustes toujours verts. Les uns ont des affinités méditerranéennes, comme le chêne-vert, le myrte, l'olivier, les différentes espèces de laurier. D'autres plus caractéristiques révèlent la persistance des pluies pendant l'hiver : tels le camphrier, le cannellier, surtout les camélias qui font la parure et la richesse de ces collines. Des montagnes entières sont couvertes par le camélia oléagineux, avec ses feuilles d'un vert sombre et ses myriades de fleurs blanches. Ses noix, récoltées en octobre et séchées sur l'aire, fournissent une huile comestible. L'arbre à thé est aussi un camélia, capable de supporter des froids assez rigoureux, mais ses feuilles au tissu solide, non coriace, ni protégé par un enduit cireux, ne sont pas organisées pour lutter contre la sécheresse, ne durât-elle que deux mois. Aussi son extension correspond-elle à celle des pluies permanentes.

La chaleur humide de cette contrée, la malaria qui sévit dans les dépressions en rendent le séjour redoutable pour les Européens, partout où le vent de mer ne balaye pas les miasmes et ne tonifie pas l'organisme. Même dans l'île de Hong-kong, Victoria est insalubre l'été, parce qu'une crête de 500 mètres empêche la brise du large de parvenir jusqu'à la ville. A plus forte raison, les vallées et les bassins fermés du Kouang-si : l'expérience des missionnaires prouve que les Européens ne peuvent y résider, non plus d'ailleurs que les Chinois du haut pays.

C'est peut-être l'adaptation à ce climat qui a formé le type spécial des Chinois du Sud, moins grands, moins vigoureux, plus bruns que ceux du Nord. Il faut ajouter que beaucoup sont issus de métissages avec les anciens occupants du sol. Ceux-ci, Miao, Yao, Thai, etc., sont restés assez nombreux dans les massifs escarpés, surtout peut-être dans les régions de grès ruiniformes avec leurs blocs isolés, leurs labyrinthes de ravins qui facilitent la résistance, leurs vallées fertiles qui expliquent l'agriculture assez avancée de ces tribus. A quelques journées de Canton, vers le Nord, il faut encore entretenir des stations militaires pour prévenir leurs razzias; les passes qui conduisent aux dépressions peuplées sont commandées par des redoutes. L'autorité chinoise s'exerce sans réserve dans les provinces septentrionales, mais non dans celles que draine le Si-kiang, plus malsaines, plus pauvres, et plus tardivement atteintes par l'avancée des Chinois. Celles-ci, même avant la Révolution, n'étaient pas encore sorties de l'insécurité que provoquaient souvent la misère et la lutte contre les aborigènes. Le Kouang-si

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surtout, moins facilement accessible que son voisin de l'Est, plus accidenté du fait de l'érosion souterraine, est dévasté par le brigandage. De vastes campagnes sont redevenues des déserts où abondent les fauves; la population, décimée, s'est souvent réfugiée aux abords des villes, où elle cherche une protection plus efficace contre les bandits. Et, dans toutes les époques troublées, ceux-ci viennent inquiéter les environs mêmes de Canton. Ainsi se trouve retardée la colonisation chinoise.

Partout celle-ci semble avoir suivi les rivières. A l'inverse du Yun-nan, où leurs cluses profondes arrêtent les relations, ici les fleuves constituent presque les seules voies de pénétration. Les routes, moins nombreuses, n'ont guère été établies que pour franchir les crêtes de partage. C'est par jonques que voyagent les explorateurs et que les marchands de Canton apportent dans l'intérieur les produits de la grande ville et de l'Europe, le pétrole, les filés, le sel si recherché des aborigènes et que l'on expédie jusque dans le Hou-nan. Il est vrai que les fleuves sont coupés de rapides et qu'en les remontant il faut bientôt quitter les jonques pour des barques de plus en plus exiguës. Mais, en général, ils restent utilisables presque jusqu'à leur source. Ils n'ont pas eu, pour régulariser leur profil, approximativement du moins, les mêmes obstacles que ceux des hauts plateaux. Dans le Kouang-si, où ils se sont établis à la base du calcaire carbonifère, l'altitude de cette assise est souvent tellement constante que leur navigabilité dépend uniquement du volume des eaux. Aussi la vie de ces régions converge vers les rivières qui seules les arrachent à leur isolement; et, dans l'éparpillement de leur relief, il convient de les étudier bassin par bassin.

Si-KiANG. — La plus puissante des rivières dont l'union forme le delta de Canton, le Si-kiang, naît très loin à l'Ouest, en plein Yun-nan (fig. 25). Il fait d'abord un coude vers le Sud, puis remonte vers le Nord (cette direction méridienne, fréquente dans cette région, paraît en rapport avec ses cassures), décrivant ainsi une boucle analogue à celles du Yang-tseu et du Ya-long. Après 1 100 kilomètres d'un cours en cluses, assez mal connues et peu navigables, il reçoit le Lieou-kiang, dont le débit dépasse le sien. Cet affluent vient des forêts humides qui couvrent le rebord du Kouei-tcheou ; il traverse des causses arides en une série de rapides alternant avec des bassins d'apparence fertile, mais presque déserts; le commerce est si faible qu'aucune ville ne s'est installée au confluent, malgré la descente des bois et l'importation des cotonnades. Peu après arrive le Yu-kiang, dont la branche maîtresse, accessible aux jonques pendant neuf mois jusqu'à Pé-sé, conduit dans le Yun-nan, dans la partie la plus pauvre de cette province, il est vrai. Une autre branche nous intéresse davantage, parce que ses dernières ramifications pénètrent au Tonkin, jusqu'à Langson, et qu'on a prolongé au delà de cette ville jusqu'à Na-cham la voie ferrée partant de Hanoï, pour drainer vers le Tonkin le commerce du Kouang-si occidental. Na-cham est au terminus de la navigation en pirogues; mais il ne faut pas oublier que ces confins de la colonie française n'ont guère d'avenir. Si la zone frontière a été pacifiée, le brigandage désole encore les campagnes de l'intérieur, et celles-ci semblent vouées à la stérilité par la sécheresse de leur sol. Ainsi, de Langson à Nan-ning, on voit bien, dans quelques élargissements de la vallée, des rizières, des plantations de maïs, de cannes à sucre, d'arachides, de badianes; mais, le plus souvent, la rivière coule au fond

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de gorges sauvages entre des parois calcaires dénudées. Ce paysage, avec ses alternatives de bassins et de canons, se continue jusqu'au delà du confluent du Kouei-kiang, la rivière qui arrose la capitale de la province, Kouei-lin, située dans un cirque parsemé d'étranges pitons madréporiques (fig. 31). Au moment où il va finir dans le delta, le Si-kiang traverse encore une gorge célèbre pour ses escarpements boisés et ses grottes converties en pagodes. Malgré les écueils et les rapides, Si-kiang et Yu-kiang peuvent être suivis par les vapeurs,

100° IOVEjGi-, 103'

FiG. 25. — Carte économique des provinces chinoises voisines du Tonkin.

1, Altitudes supérieures à 1 000 mètres; 2, Voies ferrées; 3, Limite de la navigation en pirogues; i, Limite d'États; 5, Limite de provinces. — H, Houille; F, Fer; C, Cuivre; Co, Cobalt; Pb, Plomb; Zn, Zinc. — Échelle, 1 : 10 000 000.

celui-ci jusqu'à Nan-ning, pendant une partie de l'année; d'autre part, plusieurs steamers font deux voyages par semaine de Canton à Wou-tcheou qui, grâce à sa position sur le réseau fluvial au point extrême atteint par la marée, centralise presque tout le commerce de la province.

La Rivière du Nord, le Pei-kiang, moins longue et moins volumineuse que le Si-kiang, traverse les chaînes siniennes par des gorges romantiques, entaillées dans le granité, les grès rouges, les calcaires ruinif ormes. Le mûrier ne remonte guère dans sa vallée, non plus que la canne à sucre ni le coton. Les villages sont rares, parfois misérables, fortifiés contre les bandits ou, dans le cours supérieur, contre les aborigènes encore redoutés. Le fleuve est encombré de rapides dangereux. Cependant, malgré ces périls et les frais de transbordement, de nombreuses barques luttent contre le courant pour gagner le haut pays.

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Ce qui vaut au Pei-kiang cette animation, c'est qu'au delà de ses sources des passes faciles conduisent à des affluents navigables du Yang-tseu et relient ainsi Canton au centre de la Chine (fig. 27). Aussi ces cols avaient-ils jadis une telle importance que les anciens géographes situaient dans leur voisinage les principaux reliefs et leur attribuaient de 2 000 à 3 000 mètres. En réalité, le Mei-ling, d'où l'on redescend vers le Kiang-si, n'a qu'environ 300 mètres, et même le Tche-ling, vers le Hou-nan, n'atteint que 330 mètres. Celui-ci est plus fréquenté, parce que l'affluent du Yang-tseu auquel il aboutit, le Siang-kiang, est plus aisément navigable; la route est toute jalonnée d'entrepôts et d'auberges pour les innombrables coolies qui ne cessent d'y circuler en deux files presque ininterrompues ^. Le Mei-ling était autrefois la grande voie de Canton à Pékin, la route des ambassades à l'époque déjà ancienne où les Européens voyaient dans Canton le principal accès de l'Empire. Aujourd'hui, ils vont par mer au Tche-li, ou ils pénètrent dans le centre de la Chine par Changhaï et le Fleuve Bleu; aussi ces voies de terre sont-elles beaucoup moins fréquentées. Mais la construction du chemin de fer Han-keou— Canton rendra à la vallée du Pei-kiang une partie de son importance économique. Et par elle l'influence de Canton, de Hong-kong disputera aux ports du Yang-tseu le commerce du Kiang-si et du Hou-nan.

Kiang-si. — • Cette province correspond au bassin du fleuve qui se jette dans le lac Po-yang, le Kan-kiang. On l'a dépeint comme un amphithéâtre de montagnes dont l'axe serait cette vallée; comparaison forcée, car les hauteurs des chaînes siniennes, morcelées par l'érosion, sont loin de s'élever avec régularité l'une sur l'autre. Mais il reste vrai qu'en dehors des riches dépressions où poussent le riz, le coton, le mûrier, la province est assez accidentée. Presque tous les transports s'y font en barque ou à dos d'hommes. Sur certaines de ces collines poussent quelques-unes des variétés de thé les plus réputées, parfois aussi une ortie textile. Le sous-sol contient beaucoup de charbon. Au Nord- Ouest, les houillères de Ping-yang alimentent la métallurgie de Han-yang. Au Nord-Est, celles de Lo-ping contribuent, avec les arbrisseaux des coteaux voisins, à chauffer les fours de King-to-tchen, le centre le plus important de toute la Chine pour la fabrication des porcelaines. Il doit son existence au voisinage d'un gîte d'argile blanche, de kaolin : Kao-ling, littéralement « la Passe élevée », est le nom local de la montagne. Cette industrie, qui naquit ici huit siècles avant J.-C. et qui aurait occupé près de 150 000 ouvriers dans ses usines de briques noircies, est déchue de son antique perfection et menacée par des villes rivales. Elle a souffert des ravages des Tai-ping, comme d'ailleurs toute la province, où les gens du Hou-pei viennent aujourd'hui remplir les vides laissés par l'insurrection.

Hou-nan. — Son fleuve, le Siang-kiang, rassemble les eaux d'une région assez montagneuse jusqu'à Siang-tan, où commence la vaste dépression alluviale du lac Tong-ting. Coupées par des rapides, les rivières sont sujettes à de fortes crues dont le flot s'écoule très vite vers le lac et découvre ensuite des

1. On arrive aussi au Hou-nan par la rivière de Kouei-lin et un col si bas qu'on a pu y ménager un. canal jusqu'au Siang-lciang. — Malgré leur faible altitude, ces passes ont formé une limite ethnique, à laquelle s'arrêtent le type de construction propre au Kouang-tong et le dialecte de Canton.

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bas-fonds. Aussi les nombreuses barques qui descendent le fleuve n'ont-elles qu'un faible tirant d'eau; elles transbordent leurs marchandises à Siang-tan ou à Tchang-cha sur les grosses jonques ou les vapeurs du Yang-tseu (fig. 27, 31). L'Ouest de la province est drainé par un tributaire du lac, la rivière Yuan, qui ouvre l'accès du Kouei-tcheou oriental, malgré les dangers de sa navigation. Ce mouvement de batellerie converge vers le débouché du lac, à Yo-tcheou; mais cette ville n'a guère qu'un commerce de transit. C'est la porte septentrionale de la province, comme le col de Tche-ling en est la porte du Sud. Infiniment plus riche que les deux Kouang, le Hou-nan produit à peu près tout ce qui lui est nécessaire, sauf le sel, et même c'est le grenier à riz du Hou-pei. Il est vrai que cette fécondité se borne à la cuvette lacustre et à quelques dépressions alluviales de l'intérieur. Les plaines sont rares, et les vallées étroites. En somme, le proverbe local n'est pas si faux, d'après lequel le sol de la province se compose de trois parties de montagnes, six parties d'eau et une seulement de terre arable. Mais ces collines souvent escarpées ont conservé dans le Sud de belles forêts de cèdres, de chênes, surtout de pins, et — exception peut-être unique en Chine — ces forêts sont rationnellement exploitées. Les aborigènes Yao replantent en effet au fur et à mesure que les marchands font abattre les arbres séculaires dont les troncs descendent en radeaux jusqu'au Yang-tseu. Ces collines portent aussi de nombreux bosquets de camélia oléagineux et surtout de thé. C'est en effet le Hou-nan qui approvisionne de thé le marché de Han-keou. D'autre part, toutes ces montagnes recèlent de très vastes gisements de charbon. L'un des ingénieurs qui ont étudié le tracé du railway Han-keou-Canton, M. Barclay- Parsons, a pu examiner le bassin principal, celui du Lai-ho, la rivière qui conduit au Tche-ling. D'après lui, ce bassin a une longueur de 320 kilomètres sur une largeur de 95; les couches d'anthracite et de charbon gras viennent à fleur de sol, parfois si près des fleuves navigables que l'équipage des jonques n'a pour ainsi dire qu'à attaquer leurs rives. On devine l'avenir réservé à ces gisements, d'autant plus que la province contient aussi d'excellent fer, beaucoup d'antimoine et de plomb argentifère. L'anthracite du Hou-nan semble convenir à la métallurgie, comme aussi aux usages domestiques, et elle est vendue depuis longtemps dans les villes du Fleuve Bleu. Le trafic a suscité des agglomérations très importantes. M. Parsons attribue environ 500 000 habitants à Siang-tan comme à Tchang-cha. Dans la première, la ville murée, avec ses yamen de mandarins, n'a aucun mouvement, tandis que la cité commerciale s'est étendue le long du fleuve sur 6 kilomètres, en face des jonques rangées bord à bord. Sa position au point où doivent s'arrêter les grosses barques du Yang-tseu en a fait un entrepôt, une ville de courtiers ^. Tchang-cha, la capitale, très commerçante eUe aussi, possède en plus une industrie très active, celle du bois. Contraste singuher : cette ville très bien fournie de marchandises étrangères, en partie éclairée à l'électricité, se ferme jalousement aux Européens. Les traités leur donnent le droit de s'y établir, mais l'hostilité des habitants et surtout des notables les en a empêchés. Toute la province partage depuis longtemps cette

1. La même situation a fait naître Tchang-to (200 000 hab.) sur le Yuan-kiang. Les jonques du Fleuve Bleu y transbordent les cotonnades du Hou-pei pour l'Ouest de la province et pour le Koueitcheou. Mais ces régions en grande partie calcaires sont beaucoup moins riches que le Sud du Hounan. Cependant, d'après M. Wingate, la houille afïleure très souvent; il y a de très riches dépôts de te: et de charbon près de Tchong-yuan, la ville où s'arrêtent la plupart des barques.

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xénophobie. Elle passe pour une de celles où il y a le plus de lettrés -et de gens aisés; pourtant la population y est violente, rude, d'esprit militaire et superstitieux. Ici, c'est par foi véritable, et non par pauvreté comme ailleurs, qu'on observe le précepte de Confucius : ne pas manger de bœuf, parce que cet animal est destiné à aider l'homme et non à le nourrir. Dans le Hou-nan, le pouvoir paternel est resté despotique, et la cohésion de la famille se marque même dans l'habitation (p. 174). Il est curieux de constater cette mentalité archaïque, exclusive de l'étranger, dans une province parcourue par un trafic intense.

Canton. — Revenons vers cette région de Canton où aboutissait jadis presque tout le commerce de ces provinces. Fleuves du Nord, de l'Ouest et de l'Est, tous trois se terminent dans une baie, parsemée d'îlots rocheux, dont la partie occidentale a été comblée par les alluvions. Dans ce delta de 8 000 kilomètres carrés, où leurs eaux et leurs limons se confondent, il est difficile de reconnaître l'œuvre de chacun : c'est un labyrinthe de canaux, de bras morts, d'arroyos parcourus par une multitude de barques, de monticules plantés de mûriers, d'îlots vaseux où l'on obtient souvent trois récoltes par an. Mais il faudra relever le niveau des digues pour lutter contre les crues désastreuses provoquées parles fortes averses du cours supérieur (pl. XXXI, C, et XXXIII, E).

Canton est situé sur le bras oriental, la Rivière des Perles; mais les navires d'un tirant d'eau inférieur à 3 mètres peuvent seuls accéder à ses quais; les autres s'arrêtent à Whampoa (Houang-pou), à 15 kilomètres en aval. La ville a envahi la rivière; plus de 20 000 Cantonnais vivent dans des sampans, sur des chalands, dans un immense quartier flottant que soulèvent la marée et les remous des vapeurs. A l'intérieur de la muraille, qui renferme près de 700 000 habitants dans un circuit de 16 kilomètres seulement, grouille une population affairée dans des ruelles tortueuses, obscures, si étroites qu'un pousse-pousse n'y passerait point. D'interminables caravanes de porteurs croisent les chaises des mandarins et des riches marchands. Désignées par leurs enseignes laquées et dorées, des boutiques s'ouvrent sur la rue, laissant voir leurs meubles incrustés, leurs ouvrages en écaille et en nacre, surtout leurs soieries, car l'industrie de la soie est restée très active. Canton est et a toujours été un grand centre industriel, si bien que le terme « article de Canton » est devenu synonyme d' « article manufacturé». Son port n'a plus en Chine la primauté que lui avait donnée sa position à l'extrémité de la route par laquelle on atteignait le Fleuve Bleu et la capitale du Nord. Mais, grâce à la convergence des voies navigables qui traversent les deux Kouang, Canton est toujours la métropole commerciale de la Chine méridionale. Ses compagnies de marchands ont conservé l'activité rusée qui a fait la réputation du Cantonnais, homme d'affaires merveilleux, entendu au vaste négoce comme au troc infime. Partout, même aux confins des tribus indigènes, on le voit s'insinuer, colporteur, usurier, prêteur sur gages. C'est lui qui a créé ces monts de piété, dont les hautes tours carrées, les murs épais percés de meurtrières, témoignent dans toute la province de la main-mise économique de Canton (pl. XXVII, A et B).

HoNG-KONG ET Macao. — Lorsquc les Européens entrèrent en rapport avec l'Empire du Milieu, ce fut d'abord par Canton, le port le plus méridional de la Chine. Dès le xvi® siècle, les Portugais s'établirent sur une péninsule rocheuse

l'Iiol. W, II, .Icirii'^. (.o|i, I ni\. of Cliicago Press. A. CANTON.

Lrs ([liais fliiviiinx. Jonques, vapeurs sur le fleuve. Constructions de style européen.

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