III. — LES HAUTES TERRES DE L'OUEST : YUN-NAN ET KOUEI-TCHEOU
Le Yun-nan et la majeure partie du Kouei-tcheou se distinguent nettement du reste de la Chine méridionale. Celle-ci est, dans l'ensemble, un pays accidenté, mais généralement assez bas, traversé par des chaînes étroites, très articulées, que séparent de chaudes dépressions remplies d'une végétation luxuriante, — de vastes rizières, — des rivières qui permettent à la batellerie de remonter très loin dans l'intérieur. Les deux provinces du Sud-Ouest se dressent à environ 1 000 mètres au-dessus de ce pays; cette altitude augmente vers l'Ouest, où l'on trouve des villes à 2 500 mètres. C'est un môle, un « horst », resté en saillie, tandis que l'Est s'abaissait. Au lieu de chaînes régulièrement alignées, on y voit surtout des plateaux, de vastes tables calcaires analogues aux causses, interrompues par des vallées profondes aux cours d'eau non navigables. Le climat y est naturellement plus froid; à Yun-nan-fou, la température ne dépasse guère 28° l'été, et les habitants portent des fourrures l'hiver. Les cultures tropicales ne se pratiquent guère que dans les vallées. Beaucoup d'espaces improductifs, partout de très grandes difficultés de communications (fig. 25, p. 133).
Peu de provinces ont été aussi souvent visitées par les Européens que le Yun-nan dans ces dernières années; limitrophe du Tonkin et de la Birmanie, il attirait l'attention par sa réputation, souvent exagérée, de richesse, par ses mines, par le projet si discutable d'atteindre, en le traversant par rail, le Bassin Rouge du Sseu-tchouan. Pourtant, malgré les travaux des ingénieurs et des géologues français et anglais, son orographie reste encore incertaine en bien des points, et plus encore celle du Kouei-tcheou.
Le relief de ces provinces, tel que nous pouvons aujourd'hui nous le représenter, descend de l'Asie centrale vers le Pacifique par une série de paliers, dont les lignes de séparation iraient à peu près du Sud-Ouest au Nord-Est, Sur cet étagement de terrasses, Richthofen est d'accord avec Leclère. Mais il faut signaler notre ignorance, et du nombre de ces paliers, et de leur limite exacte. Il semble bien qu'on doive en marquer un vers la frontière du Yun-nan et du Kouei-tcheou. Vers Hing-yi, d'après la Mission Lyonnaise, on se heurte au rebord oriental des hautes terres du Yun-nan qui atteint 1 800 à 2 000 mètres, tandis
1. M. Brenier dit que, pour franchir ce rebord, il faut traverser un triple ressaut de chaînes séparées
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que la majeure partie du Kouei-tcheou ne dépasse guère 1 300 mètres. Toute cette province, sauf près de Wei-ning, est à une altitude inférieure, et le climat l'indique : tandis que le ciel du Yun-nan est très pur l'hiver et qu'au Sud de la capitale il ne pleut jamais en cette saison, le Kouei-tcheou est souvent alors sous la brume et reçoit fréquemment de la pluie ou de la neige fondue. Jusqu'où se prolonge ce palier vers l'Est? Quelle est la véritable limite entre les hautes terres et la Chine des basses collines? Pour Leclère, c'est une grande dénivellation qui va directement d'Itchang à la baie d'Along. Pour Richthofen, elle va d'Itchang à l'angle Sud-Est du Kouei-tcheou, puis s'infléchit vers l'Ouest en suivant la limite méridionale de cette province. Le débat ne peut guère être tranché aujourd'hui. Toutefois on serait porté à préférer le tracé de Richthofen. Celui de Leclère sépare de la région côtière toute la partie Ouest du Kouang-si, c'est-à-dire un pays de basses collines, qui s'y rattache par son relief, son climat, la facilité de la navigation sur ses fleuves. De plus, la Mission Lyonnaise a noté l'existence, à la frontière de cette province, au Sud de Hing-yi et de Li-ping, d'un « bas Kouei-tcheou », une contrée gréseuse, couverte de hautes herbes, traversée de vallées malsaines, habitée par des populations sauvages qui fournissent le coton et le sucre aux hautes terres du Nord. Il y a là une limite, sinon tectonique, du moins orographique et géographique.
Cette disposition en gradins, par laquelle ces provinces s'élèvent du Sud au Nord et de l'Est vers l'Ouest, est d'origine relativement récente. Dès la fin du Tertiaire, les anciens plis, du système himalayen aussi bien que du système sinien, avaient été complètement arasés; l'érosion avait modelé de larges vallées aux versants très aplatis, parfois même des pénéplaines locales. Au Pliocène, ces « surfaces mûres » furent disloquées par des effondrements, qui les découpèrent en voussoirs plus ou moins abaissés et creusèrent de profonds fossés allongés, occupés par des chapelets de lacs et signalés par de nombreux séismes. Puis vint un soulèvement en masse, de plus en plus marqué de la côte vers le centre de l'Asie : c'est le véritable créateur du relief actuel. De même que dans les Alpes du Sseu-tchouan, les fleuves furent obligés de recommencer leur travail; de là, les rapides qui arrêtent la batellerie; de là aussi, l'encaissement des vallées actuelles qui, au-dessous des méplats des stades antérieurs, sont fréquemment très profondes et très resserrées.
Cet approfondissement apparaît surtout dans le Nord et dans l'Ouest du Yun-nan, régions qui furent les plus soulevées. Les tributaires du Yangtseu descendirent à 1 500 et 2 000 mètres au-dessous du fond des vallées qu'ils occupaient vers la fin du Tertiaire; leurs moindres affluents se creusèrent des carions vertigineux qui rendent les communications des plus difficiles entre les plateaux voisins de Yun-nan-fou et la vallée du Fleuve Bleu. D'autre part, aux confins de la Birmanie, les fleuves qui finissent en Indochine coulent côte à côte et séparent des montagnes, hautes de 3 600 à plus de 4 500 mètres dans le Nord de la province (entre le Mékong et le Yang, il y a de nombreux glaciers), de 2 000 à 2 400 mètres dans le Sud, très sauvages et fortement ravinées par
par des vallées assez profondes. Ici comme dans le Chan-si, l'expression de « palier » n'a donc qu'une valeur approchée; le bord oriental de chacun se relève avant la descente sur le palier inférieur. Leur intérieur ne constitue pas une surface absolument plane : il y a des chaînes, des massifs montagneux très accusés. Mais ce sont là, semble-t-il, des accidents locaux qui affectent des socles assez uniformes. Chacun d'eux ne constitue pas un plateau, mais l'aspect de plateau y prédomine.
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une érosion violente. Les nuages qui viennent du golfe du Bengale y déversent d'énormes quantités d'eau. Aussi, sur les sommets à l'Est de Momein, des rhododendrons géants alternent avec des bambous couverts de mousses, de lichens, et avec des halliers inextricables où s'enchevêtrent les lianes. La vie végétale y prend une force redoutable pour l'homme : c'est la terrible « forêt de mort », Plus insalubres encore sont les vallées, surtout la plus basse, celle de la Salouen. Sous le parallèle de Ta-li, la Salouen descend à 900 mètres, et les montagnes voisines la surplombent de 2 000 à 3 000 mètres par des pentes presque abruptes. Au fond de ce couloir, où le sentier reste parfois dans les blocs des torrents pendant des journées entières, la jungle tropicale est si dense qu'il n'y a point place pour les animaux supérieurs. Par contre, les insectes foisonnent, surtout les moustiques porteurs de la malaria. Dans les vieux itinéraires chinois, on voit combien, de temps immémorial, les Chinois craignaient la simple traversée de cette vallée fiévreuse. Ils l'ont abandonnée aux populations primitives, Chan dans le Sud, Lisso et tribus tibétaines dans le Nord. Au Nord du 26^ parallèle, ces peuplades sont encore absolument indépendantes. Elles-mêmes n'ont pu s'acclimater complètement dans le fond de la gorge. Les Lisso construisent leurs huttes sur des méplats, parmi leurs champs de maïs, dominant de 600 à 900 mètres leurs rizières où ils viennent faire en hâte semailles et moissons, et qu'ils abandonnent l'été de peur de la malaria. Leurs villages sont continuellement en guerre, et personne ne dépasse les limites du sien sans son arbalète garnie de flèches empoisonnées. Défendue par la forêt et par la fièvre, cette vallée sera l'un des derniers refuges de la sauvagerie. D'après K. Ward, les faîtes qui la dominent forment une limite climatique de premier ordre; car les régions de l'Est, beaucoup moins pluvieuses, ont une végétation beaucoup moins luxuriante, de type chinois et non plus de type malais, avec des arbres à feuilles caduques et des conifères; l'ours, le léopard, le loup remplacent le tigre, l'éléphant, le rhinocéros.
Les plateaux qui s'étendent sur la majeure partie du Yun-nan et du Koueitcheou ne sont nullement d'altitude ni d'aspects uniformes. Du Sud au Nord, nous voyons Sseu-mao à 1 365 mètres, Ta-li à 2 042 mètres, Li-kiang à 2 438. D'autre part, les dislocations ont morcelé ce pays en compartiments qui ont joué indépendamment les uns des autres; il faut parfois franchir de véritables chaînes, qui correspondraient souvent à des escarpements de failles. Enfin on rencontre des roches très diverses. Il y a des reliefs gneissiques sur les bords du Fleuve Rouge et du lac de Ta-li ; des laccolithes de porphyrite au Nord de Yun-nan-fou, et, plus près du Fleuve Bleu, d'énormes croupes dénudées, complètement stériles, formées par de puissantes coulées de diabase et de basalte; près de Momein, à la frontière birmane, des cratères à peine attaqués par l'érosion. Les roches détritiques tendres abondent au Yun-nan, et bien souvent les voyageurs ont décrit leurs paysages mamelonnés, aux lignes molles. Beaucoup de marnes, dont les fondrières rendent très pénible la circulation lors des grandes pluies de l'été. Ailleurs, ce sont des grès très fissiles, où ne pousse qu'une maigre végétation xérophile, de hautes herbes, des pins (pl. XXIX, A). Mais le paysage le plus fréquent, celui qui caractérise ces provinces, c'est le plateau calcaire, avec ses arêtes vives, ses aspects tabulaires, ses argiles superficielles rouges ou violettes (pl. XXIX, B). Si l'âge peut varier du Cambrien au Lias inclus, la masse principale appartient au Permo-Carbonifère. Dans cette masse, épaisse
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de 1 500 mètres, a pu s'établir une circulation souterraine qui, aujourd'hui, a parfois entièrement supplanté la circulation superficielle (fig. 26). Les rivières coulent au fond de canons et s'engouffrent dans des cavernes; des cuvettes analogues aux dolines du Karst se multiplient. Les blocs calcaires sont découpés en pitons, en castels, en cônes analogues aux îlots de la baie d'Along; mainte plaine semble une baie d'Along colmatée. Le plus souvent, il est vrai, ces collines singulières n'ont point le fouillis d'arbres, la végétation luxuriante de ces écueils. Au cours des guerres et des séditions, tout le centre de cette région a été déboisé. Il ne reste guère de vastes forêts que loin des villes, dans des contrées encore peu habitées, comme près de la boucle du Fleuve Bleu, à l'Est du Kouei-tcheou, à la frontière de la Birmanie. Ailleurs, elles ont été remplacées par la steppe, parsemée de bouquets de chênes, de châtaigniers, surtout de pins qui se profilent souvent sur les arêtes rocheuses. Comme les causses, ce sont des terres pauvres, moins propres à la culture qu'à l'élevage.
La culture ne convient guère qu'aux dépressions creusées dans ces étendues arides. Beaucoup de ces cavités sont encore occupées par des lacs, jadis plus vastes. Au début des temps quaternaires, c'étaient des dépressions fermées comme celles de la
Moneolie- un sol analogue au Fig. 26. — Type de réseau hydrographique dans les .viuuyuue, uii bui diidiugue da Causses du Yun-nan méridional, d'après Deprat.
loess s y déposa. Puis, après le Anciens bassins lacustres aujourd'hui vidés; 2, Failles. — P, Perte
grand soulèvement de l'Asie cen- "^^ ^- Résurgence. — Écheiie, i : i ooo ooo.
traie, elles furent drainées par
les rivières devenues plus vigoureuses; leurs lacs furent asséchés, ou réduits et morcelés, découvrant de fertiles plaines. Sur leurs alluvions, ou sur les éboulis des escarpements, l'irrigation est facile. Les eaux courantes, les vergers plus nombreux et plus soignés que dans le reste de la Chine, les champs de blé et de fèves près des amandiers, cette verdure qui contraste avec les tons fauves ou noirâtres des causses brûlés par le soleil, tout cela semble un rappel des huertas andalouses. Ce sont de véritables oasis où se concentre l'effort humain. Toutes les cités, à deux exceptions près, ont été bâties dans ces cavités, aussi plantureuses que les plateaux voisins sont stériles. Cette opposition se retrouve dans le peuplement : le colon chinois ne s'installe que dans les dépressions lacustres, refoulant les anciens occupants sur les hauteurs ou dans les vallées malsaines.
Le peuplement. — Les populations primitives de ces plateaux semblent appartenir à des groupes très différents, que les hasards des migrations, des guerres, du métissage ont morcelés et enchevêtrés à l'infini. Nous retrouvons dans le Yun-nan l'un de ceux que nous avons rencontrés dans les Alpes du Sseu-tchouan, les Lolo. Mais, très inférieurs aux énergiques montagnards qui ont su là-bas défendre leur indépendance, ils semblent s'être laissé amollir par le climat plus chaud, les mariages mixtes. Ici, à l'inverse du Kien-tchang, ce sont eux qui craignent le Chinois; ils lui abandonnent les dépressions fertiles; ils vivent loin des villes et des routes, dans des huttes en terre battue, ou construites, comme
GlocRAPHiE UNIVERSELLE. — Asie des Moussons, I.
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des isbas russes, en troncs d'arbres placés horizontalement. Ils font paître leurs troupeaux sur les hauteurs. Ils cultivent aussi; mais, d'après leurs traditions, ils ne connaissaient pas le riz, ni même le maïs, avant l'arrivée des Chinois, qui les ont civilisés en les soumettant. Plus belliqueux, les Miao-tseu du Koueitcheou et des régions voisines se confinent dans les régions les plus escarpées. Ce. ne sont cependant pas des sauvages; ils ont une charrue semblable à celle des Chinois;, ils excellent dans les professions mécaniques, fabriquent des étoffes aux dessins compliqués, des bijoux en argent. Habiles maçons, ils se groupent en compagnies d'ouvriers qui vont, l'hiver, travailler dans les villes chinoises, et reviennent, l'été, cultiver leurs montagnes, car la saison chaude leur serait pernicieuse dans les régions basses. Ils font des routes en galets posés debout, absolument pareilles aux rues des vieilles cités du Rhône, et fort bien tracées, ce qui semble indiquer que les Miao étaient parvenus jadis à un certain degré de centralisation politique. Aujourd'hui au contraire, ils sont divisés en une multitude de tribus dont plusieurs ont perdu le souvenir de leur indépendance. Avant même la conquête chinoise, ils semblent avoir été subjugués par les Thai qui, sous divers noms, Y-kia au Kouei-tcheou, Chan dans l'Ouest et le Sud du Yunnan, constituent peut-être le groupe le plus important et le plus répandu dans le Sud de la Chine. Assez grands et vigoureux, le visage ovale, les pommettes peu saillantes, le nez peu écrasé à sa racine, les Thai forment une race assez homogène, ne se mariant ni avec les Miao qu'ils méprisent, ni avec les Chinois qu'ils haïssent, mais dont ils adoptent souvent la langue et les usages. Ils habitent par villages de vingt à cent familles, suivant l'étendue des terrains cultivables. Leurs maisons de torchis ou de bambous, bâties sur pilotis, rappellent la disposition ordinaire des maisons du Laos et du Cambodge. Au total, les missionnaires estiment que les races non chinoises représentent les deux tiers de la population au Yun-nan et la moitié au Kouei-tcheou.
L'élément chinois lui-même est fortement métissé. Annexé à l'Empire au xiii® siècle seulement, le Yun-nan fut dès lors sinisé par des immigrants, venus surtout du Sseu-tchouan, qui ont épousé des femmes indigènes. Aussi le Yunnanais est-il très différent des autres Chinois, même de ses voisins des autres provinces méridionales. Habitué à l'air salubre des plateaux, il ne peut s'acclimater dans les basses altitudes. Déjà, à 1 200 mètres, près de la Birmanie, il ne se livre qu'au commerce, sans s'établir, et il préfère l'hiver pour ses voyages. A plus forte raison il évite les vallées profondes où sévit la malaria : ainsi celle du Fleuve Rouge. Avant la construction de la voie ferrée, lorsque le trafic avec le Tonkin se faisait par la « route des dix mille escaliers », où l'on descend brusquement de 2 100 à 150 mètres près de Manhao, les chefs de caravanes s'arrangeaient pour accomplir de jour le trajet entier, aller et retour, redoutant les fièvres s'ils couchaient une seule nuit près du fleuve. C'est cette même crainte qui rend si lente la colonisation dans le Sud du Yun-nan. Sseu-mao est à l'extrême limite de l'expansion chinoise ; les Chinois n'y viennént guère que comme marchands ou aubergistes, et il y a encore de vastes forêts vierges le long des routes les plus fréquentées. D'autre part, son genre de vie exclut le Chinois des régions trop accidentées, où l'élevage devrait être joint à la culture. On voit comment son habitat est dès lors restreint. Il se confine presque exclusivement aux dépressions lacustres qu'il cultive minutieusement comme partout, tandis qu'il abandonne aux aborigènes la possession d'immenses plateaux. Souvent
l'Iiot. J. Depnit, Service (;éul. Indoeliine.
A. RÉfilON DE GItÈS AltCILEUX AU YUN-NAX.
A 45 kilomètres Nord-Est d'A-mi-tcheou. Surfaces usées, ravinées par l'érosion actuelle. Bois de pins, trop souvent remplacés par de maigres broussailles.
l'Iiot. .1. Depial, Service (jeol. Indoeliine. li — HÉ(.|i).N ( AI.CAIliE AU YUN-XAN. Paysage tjpique des Causses : pitons arrondis ; profondes entailles des rivières ; 1 l'arrière-plan, à gauche, rebord d'un plateau calcaire. Quelques restes de belles forêts, cultui-es autour de la doline gauche), mais généralement la brousse.
l. IX, l'i.. XXIX.
G. U., I. IX. Pl. XXX.
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la ville seule est chinoise, au milieu d'une campagne entièrement Miao ou Thai.
Une assez forte proportion de Chinois professe l'islamisme. Le Yun-nan est avec le Kan-sou la province qui compte le plus de Musulmans. Comme le Kan-sou, il fut ensanglanté par leur révolte, plus encore peut-être par l'atroce répression que dirigèrent les généraux impériaux (1856-1873). Les ravages de la sédition ne sont nullement réparés. Mong-tseu n'a plus que 12 000 habitants au lieu de 80 000; les aborigènes, jadis refoulés dans les montagnes, sont parfois venus reprendre dans la plaine la place des Chinois disparus. Malgré la fertilité de sa campagne, ses relations avec la Birmanie, anciennes et toujours actives, Ta-li ne s'est pas encore relevée. Yun-nan-fou, qui lui succéda comme capitale, n'était plus vers 1900 que l'ombre d'elle-même; on y entrait par des faubourgs désolés, et dans l'enceinte à moitié démolie on se fût cru encore au lendemain de la guerre inexpiable. La population de cette ville n'était que de 120 000 habitants; celle de Tchao-tong, de 35 000; celle de Tong-tchouan, de 20 000; celle de Ta-li, de 6 000 seulement. Partout on voyait des villages abandonnés, des champs en friches, encombrés par les apports des torrents dont les forêts saccagées ne modèrent plus la violence. En somme, la colonisation chinoise avait dû reprendre son œuvre presque de fond en comble, et cela dans des conditions particulièrement difficiles. Les immigrants venus du Nord s'acclimatent malaisément dans les cavités lacustres où sévit la malaria; la mortalité est très élevée parmi les adultes; quant aux enfants, il est probable que huit sur dix meurent en bas âge. Il semble que la race soit à la limite de son expansion. Menacée par la fièvre, la peste, la famine qui diminue sa vitalité, elle ne s'accoutume que très lentement à ce pays qui rappelle si peu les riantes campagnes du Bassin Rouge. Aussi ces provinces étaient-elles parmi les moins peuplées de la Chine, Il est vrai qu'on traversait dans les plaines lacustres des files serrées de villages; la dépression de Ta-li logeait encore près de 350 000 habitants; mais, sur les plateaux, on pouvait parcourir 40, 50 kilomètres sans rencontrer une hutte. La Mission Lyonnaise estimait la population du Kouei-tcheou à 7 millions d'habitants seulement, celle du Yunnan à 7 ou 8 millions, chiffres infimes par rapport à ceux que l'on rencontre dans les plaines du Yang-tseu et qui, à eux seuls, indiquent une valeur économique bien inférieure.
Telle était la situation à la veille de la Révolution. Depuis lors, bien que le Yun-nan, s'isolant des autres provinces, ait conservé jusqu'à ces derniers temps plus d'ordre et de sécurité, bien que certaines de ses villes et surtout sa capitale aient développé leur commerce et leur population, l'ensemble de ces régions n'a pas échappé au brigandage et aux exactions qui entravent tout progrès.
Les ressources du pays. — Peut-être les a-t-on exagérées lorsque ces provinces semblèrent s'ouvrir à l'influence française. Certes, les dépressions alluviales sont d'une extrême fertilité quand elles sont bien irriguées. Très souvent, elles portent deux récoltes. L'été, on y moissonne du riz, qui, près de Ta-li, rend jusqu'à deux cent cinquante fois la semence; on comprend la densité de certaines agglomérations, la présence de hameaux dans les moindres dolines où puisse pousser cette céréale. L'hiver, elle est remplacée par le blé, l'orge, surtout les fèves et l'opium. Ces champs voisinent avec de superbes vergers où prospèrent les arbres fruitiers européens. Presque toutes les plantes de l'Europe peuvent en elïet s'acclimater à ces altitudes moyennes, pourvu qu'elles arrivent
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à maturité avant les pluies de moussons, qui inaugurent la période végétative de la flore tropicale. Dès Mong-tseu, le voyageur, qui a quitté sans regret la vallée torride du Fleuve Rouge, revoit les fleurs et les arbres de France, les violettes, les fraises des bois, les églantiers et les clématites, près des saules qui composent des paysages à la Corot. Mais cette impression de douceur et de fécondité ne le suit pas quand il aborde les plateaux. Les aborigènes n'y ont que de maigres cultures, de maïs sur les sols les moins pauvres, d'avoine et de sarrasin dans les régions les plus élevées et sur les croupes de porphyrite. Parfois c'est à grand'peine que l'Européen trouve à l'étape quelques poignées de grains avant de reprendre sa course dans un nouveau désert, A plus forte raison la culture ne peut-elle rien fournir à l'exportation. Il faut cependant faire exception pour certaines cultures arbustives. Le pays Chan, au Sud de Sseu-mao, est célèbre pour ses « thés de Pou-eul », que de nombreuses caravanes viennent chercher du Sseu-tchouan et du Tibet; mais leur arôme n'est pas apprécié des Européens. Au Kouei-tcheou, on voit beaucoup d'arbres à vernis, à huile, à cire végétale. L'un des principaux revenus de cette province provient de la « soie sauvage », produite sur les bosquets du Quercus castaneifolia qui pousse sur les sols incomplets et les montagnes. Cette soie est filée sur place et tissée par près de 500 000 familles. D'autre part, l'herbe courte des causses pourrait nourrir d'immenses troupeaux. Si le Chinois, ici comme partout, n'a que des porcs et des volailles^ les aborigènes élèvent des bœufs. Le mouton, particulier aux Lolo, semble venu du Nord avec eux, et ne descend guère au-dessous de 2 200 mètres. Sa laine sert à faire du feutre, des couvertures, des tapis multicolores. Et nous verrons que les produits de l'élevage sont peut-être parmi les plus intéressants pour le commerce extérieur de ces provinces. Seuls, avec certains arbustes, ils permettront la mise en valeur des plateaux, dont la majeure partie restera toujours rebelle à la culture. Il est presque certain que celle-ci ne sortira guère des cuvettes lacustres et des pentes irrigables voisines. Or ces zones fertiles sont relativement très restreintes. En dehors de quelques oasis, on ne peut guère en signaler que deux : un premier alignement de dépressions de Li-kiang à Ta-li, un second de Yun-nan-fou à Mong-tseu par Tong-hai et Li-ngan.
Si la culture ne peut guère s'étendre, le sous-sol est par contre assez riche. La houille affleure souvent, quelquefois pendant des kilomètres. En dehors du lignite, qui s'est déposé dans presque tous les bassins lacustres, mais ne peut guère être employé que sur place, il y a deux séries de couches houillères. Les plus anciennes se trouvent dans les calcaires permo-carbonifères qui s'étendent dans le quadrilatère Laokay, Yun-nan-fou, Tong-tchouan, Kouei-yang. Leclère évalue la contenance de ce bassin à 10 milliards de tonnes. Pour celles, moins chargées de cendres, qui appartiennent au Trias ou au Rhétien, leur extension et leur continuité défient toute comparaison avec les gisements d'Europe, selon cet ingénieur. Elles se rencontrent vers Mong-tseu (10 milliards de tonnes), vers Houei-li au confluent du Ya-long (3 à 4 milliards), vers Kouei-yang et Pé-sé (6 à 7 milliards) ^ Ce sont là des bassins très considérables, d'exploitation
1. Sauf les Chinois musulmans, qui sont souvent pasteurs de bœufs ou de moutons. Beaucoup d'entre eux conduisent aussi les caravanes de mules et de poneys. Il semble que la différence de religion corresponde à une différence de genre de vie : est-ce par suite de survivances ethniques? ou est-ce une conséquence de l'insurrection?
2. D'après Cogging Brown, ces évaluations seraient trop optimistes.
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généralement facile. Faut-il croire qu'elle puisse être actuellement rémunératrice? Les gisements voisins de la voie ferrée sont déjà exploités pour ses besoins, et pour le chauffage de la capitale; quelques-uns pourraient fournir d'excellents cokes à la métallurgie, améliorer les houilles maigres du Tonkin dans les mélanges nécessaires aux steamers et aux locomotives. Mais en général la qualité est assez médiocre, et M. Lantenois ne pense guère que le Yun-nan puisse vendre au dehors beaucoup de charbon, en raison des frais de transport. Il faut penser, en effet, que la mine la plus proche est encore à 620 kilomètres de Haïphong. La distance n'est point telle cependant qu'elle arrête à jamais l'exportation. D'autre part, à mesure que ces régions deviendront plus prospères et plus industrielles, la consommation locale y augmentera, soit pour combattre les froids rigoureux de l'hiver, soit pour développer la métallurgie. Les gisements de fer, assez fréquents, mais sans grande puissance, alimentent depuis longtemps des fonderies et des aciéries minuscules, qui ressemblent à celles de l'Europe du xviii^ siècle; ils ne permettent guère de dépasser le stade de la petite industrie locale. Le cuivre, l'une des richesses légendaires de la province qui jadis l'envoyait en tribut à Pékin, n'est plus traité que près des gisements les plus riches, et ceux-ci sont loin de la voie ferrée. Le Yun-nan et le Kouei-tcheou possèdent encore de l'or, du zinc, du plomb argentifère, du cobalt, employé pour les porcelaines bleues, du sel, qui est l'un des principaux objets d'échange avec les aborigènes. Mais l'industrie la plus importante est aujourd'hui celle de l'étain, que l'on extrait et réduit à Ko-kieou (Ouest de Mong-tseu). Il y a là un peuple nombreux, turbulent, mais habitué à ce travail sans quitter celui des champs, enrichi d'une expérience héréditaire, et qui formera un excellent personnel pour la métallurgie moderne. Déjà l'étain transité par Haïphong constitue la seconde exportation, en valeur, de la colonie française. Mais ici aussi les méthodes d'exploitation sont toutes rudimentaires, et l'on n'attaque que les affleurements superficiels.
L'état des communications fut longtemps l'obstacle le plus sérieux au développement des mines et de tout ce pays. Aucune rivière navigable dans le Yunnan; le Kouei-tcheou est beaucoup plus favorisé à cet égard, et cependant tout le centre de cette province ne peut être desservi par les jonques. Les routes consistent en de simples pistes, indiquées plutôt qu'améliorées par des dalles disloquées, accessibles aux mulets et aux chevaux de bât dans les plaines seulement, aux porteurs dans les régions accidentées. Les charrettes servent uniquement à la culture. En somme, chacune des dépressions fertiles forme un monde à part d'où l'on ne sort qu'à grand'peine. Si la récolte vient à y manquer, celle des plaines voisines ne peut y arriver; de là ces famines qui rendent si lent le repeuplement après les troubles. Le charbon ne peut être vendu que dans un rayon restreint autour des fosses; les minerais les plus riches ne sont traités qu'à proximité immédiate d'une houillère ou d'une forêt, et le déboisement a fait abandonner de nombreux gisements. Et c'est encore à ces difficultés qu'il faut attribuer, en grande partie, l'extension si regrettable prise par la culture de l'opium, qui était jadis la principale ressource de ces provinces et que l'on recommence à pratiquer. Sans doute celui du Yun-nan est le plus estimé de toute la Chine; mais surtout il avait l'avantage de mieux convenir que les céréales et les minerais à des transports malaisés et coûteux. Sa légèreté en avait fait une véritable monnaie.
LA CHINE
Cette situation s'améliorait rapidement, lorsque éclata la révolution chinoise. En 1910, fut inauguré le chemin de fer français de Haïphong à Laokay et Yun-nan-fou (465 km., à voie d'un mètre). On rencontra aux cours des travaux d'énormes difficultés : rareté de la main-d'œuvre, insalubrité de la vallée du Nam-ti, par laquelle on monte du Fleuve Rouge sur le plateau; surtout le relief opposait des obstacles formidables, avec ses cluses et leurs hautes falaises, ses pentes raides et parfois ébouleuses. Il fallut, pour réussir, toute l'audace des ingénieurs (pl. XXX, B). Le prix du kilomètre s'éleva à 353 000 francs; on put se demander si l'Indochine, qui avait largement subventionné l'entreprise, ne payerait pas très cher l'honneur d'avoir doté une province chinoise de l'instrument nécessaire à sa mise en valeur. Mais, dès que le rail atteignit des plaines fertiles vers A-mi-tcheou, le trafic prit un développement qu'on ne pouvait espérer. Les localités chinoises voisines de la voie échangèrent des denrées qui, faute de moyens de transports, n'avaient pu jusqu'alors dépasser les lieux de production. D'autre part, les exportations vers Haïphong, jadis réduites à l'opium et à l'étain, devinrent plus diverses (peaux de bœufs, de moutons, de chèvres; antimoine; thé). De nouvelles mines sont exploitées; les forêts reprennent leur valeur; les denrées agricoles parviennent à des marchés plus lointains et empêchent les famines. La capitale, souvent visitée l'été par les Français qui fuient les chaleurs du Tonkin, a doublé sa population depuis vingt ans; elle commence à se moderniser; elle étend son rayonnement commercial, tout en se heurtant à d'autres centres de distribution (pl. XXX, A).
On n'est d'ailleurs qu'au début de cette transformation, car, tôt ou tard, d'autres lignes seront construites. C'est déjà fait pour l'embranchement vers Ko-kieou. On a songé à prolonger celle de Yun-nan-fou jusqu'à Soui-fou ou Tchong-king. Certes il serait avantageux pour la France de détourner vers le Tonkin le commerce du Sseu-tchouan que les négociants du Yun-nan commencent à atteindre. Mais quelles difficultés présenterait le relief si profondément disséqué des abords du Fleuve Bleu! En outre, le projet Han-keou- Sseu-tchouan est d'exécution plus aisée et vraisemblablement plus prochaine; les produits du Bassin Rouge prendront plutôt cette direction, parce que, dès Han-keou ou même dès Itchang, elle leur ferait retrouver la voie fluviale, et celle-ci est maintenant utilisée même dans les cluses. Mieux vaudrait multiplier l'emprise de la ligne française en amorçant des embranchements vers les centres les plus importants, comme la riche plaine de Ta-li, ou bien en essayant d'arriver le plus près possible du Kien-tchang. La France aura-t-elle à lutter contre une concurrence anglaise? Depuis longtemps, on songe dans l'Inde à construire une voie de la Birmanie au Bassin Rouge. Le premier projet Bhamo—Momein— Ta-li— Soui-fou semble à peu près abandonné. La boutade de Baber exagère à peine : ce serait percer une demi-douzaine de monts Cenis et jeter autant de ponts gigantesques. Récemment, le major Davies a étudié un tracé Lashio—Kunlong-ferry— Ta-li, avec prolongement sur Soui-fou. Mais celuici aussi rencontre d'énormes obstacles, toujours par suite de l'encaissement des vallées. Peut-être les Anglais ne renonceront-ils pas toujours à leur rêve de joindre la Chine et l'Inde par voie ferrée; mais sa réalisation ne semble pas prochaine. En attendant, ils ont réussi à attirer vers Momein et la Birmanie beaucoup des caravanes qui gagnaient jadis Yun-nan-fou; malgré le chemin de
LA CHINE DU SUD
fer, Haïphong lutte difficilement contre Rangoun dans le Nord et l'Ouest de cette province.
Déjà, dans l'état présent des communications, on peut essayer de prévoir dans quel sens se développera cette vie nouvelle créée par la voie ferrée. L'extraction de la houille et de l'étain, peut-être aussi de quelque autre minerai, fera naître des centres industriels et augmentera la prospérité du Tonkin. Les champs seront toujours restreints aux dépressions lacustres; mais le blé et l'orge y remplaceront l'opium. Des plaines comme celle de Yun-nan-fou, couvertes de vergers et de jardins, peuvent fournir à Hanoï, à Singapour, à Batavia les fruits et les légumes que l'on fait actuellement venir de la Chine septentrionale. Surtout les plateaux herbeux se prêtent merveilleusement à l'élevage; ils contribueront ainsi à l'alimentation et à l'activité industrielle des stations européennes. Si le sol de ces provinces est en général pauvre, leur altitude en fait des pays tempérés à proximité immédiate de régions tropicales chaudes et humides : leur avenir le plus sûr est peut-être dans les relations qu'implique ce contraste.
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