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III. — QUELQUES CONSÉQUENCES DES MOUSSONS

Multiples sont les effets des moussons. Leurs vents sont parmi les plus constants et les plus réguliers, avec ceux des hautes latitudes australes. Sur les côtes orientales de l'Asie, ils peuvent faire varier le niveau moyen de la mer de 0 m. 50 à 1 m. 50 selon les saisons. Ils rapprochent ou repoussent du littoral les courants marins. Dans le Nord de l'océan Indien et dans la mer de Chine, le courant se renverse de l'été à l'hiver, tout en conservant une vitesse qui atteint dans le Sud-Ouest du golfe du Bengale 150 ou même 180 kilomètres par jour. Les vents du Sud-Ouest dans l'océan Indien et les parages de la Cochinchine, ceux du Nord-Est de l'Annam au Japon sont assez violents pour arrêter la pêche et la circulation des jonques. Ils retardent même les puissants vapeurs; on risque une mauvaise traversée, si l'on va pendant l'été de Marseille à Colombo et Saigon; pendant l'hiver, d'Hanoï à Changhaï et Yokohama.

Tombant par grosses averses, les pluies de moussons ne s'infiltrent qu'en faible partie, ce qui est fâcheux pour la végétation, les nappes souterraines, l'irrigation. Elles s'attaquent au relief avec une puissance que n'atteignent jamais les fines pluies parisiennes. Dans les régions à longue saison sèche, sur r Indus et même au Deccan, aux confins de la Mongolie, le relief est modelé tour à tour par les actions éoliennes et par des torrents aussi violents qu'éphémères. Au Yun-nan, le ciel est troublé l'hiver par d'abondantes chutes de poussière, tandis que l'été les crues bloquent souvent les villes des plaines.

Le régime des rivières est naturellement très irrégulier. De grands fleuves se réduisent l'hiver à de minces filets d'eau au milieu de larges plages de galets, de sables parfois relevés en dunes; puis ils se gonflent subitement à un niveau et avec une rapidité qui font l'effroi des riverains, des ingénieurs : qu'on relise les Bâtisseurs de Ponts, de Kipling. Cette soudaineté catastrophique, en rapport avecl' « explosion de la mousson », est surtout le fait de l'Inde et particulièrement du Deccan. Mais elle se présente partout, à un moindre degré, et elle peut se répéter

l'asie des moussons.

plusieurs fois par saison, puisque les pluies d'été ont un caractère spasmodique. Les neiges ne contribuent à ce régime que dans l'Himalaya, les Alpes du Sseutchouan, les Tsin-ling. Leur efïet est de hâter la crue, surtout dans la plaine hindoue où la chaleur précède les pluies, de la faire monter à un niveau plus élevé quand les premières pluies tièdes accélèrent leur fusion; mais ensuite elles donnent un peu plus de stabilité aux hautes eaux. Dans les pays de moussons, les variations des fleuves sont parmi les plus considérables que l'on connaisse. Le rapport des hautes aux basses eaux dépasse 100 pour les affluents méridionaux du Gange. La Kaveri roule en été 38 000 mètres cubes à la seconde. Dans la boucle du Yang-tseu, en cluse il est vrai, on observe des traces d'inondation à 40 mètres au-dessus du niveau hivernal (pl. IV, A et B).

Ces gonflements arrêtent souvent la navigation. D'autre part elle doit chômer tout l'hiver dans les rivières peu profondes. A cet égard la Chine du Centre et du Sud est plus favorisée que l'Inde, puisque la sécheresse de l'hiver y est moins complète et beaucoup plus courte. C'est l'une des raisons pour lesquelles la batellerie y joue un rôle si important. Les fertiles alluvions découvertes sont recherchées pour les cultures riches; malheureusement les flaques abandonnées par l'inondation sont des foyers de malaria. Les villes chinoises se prolongent sur les laisses par des faubourgs de huttes en roseaux, qui disparaissent l'été; des agglomérations temporaires se créent chaque hiver dans les sites favorables aux transactions, et certaines, en s'élevant sur un tertre ou sur une digue, sont devenues des cités permanentes. Sur les eaux continentales, la pêche aussi prend un caractère saisonnier, comme nous le verrons pour le lac cambodgien. Pour se garantir des inondations, beaucoup de peuplades juchent leurs habitations sur des pilotis parfois hauts de 2 à 3 mètres (pl. IX, B).

Le cours des saisons n'imprime pas le même rythme à l'activité humaine que dans les contrées de l'Europe tempérée. Les ondées diluviennes de l'été, surtout à leur début, l'interrompent, comme en France les neiges de l'hiver. C'est le moment où les indigènes se claquemurent dans leurs villages, laissant frandir le riz, auquel suffit alors une surveillance intermittente. Ils mettent à profit ces loisirs de l'été, comme les montagnards français ceux de l'hiver, pour vaquer aux travaux intérieurs, ou préparer ceux de la belle saison, çà et là pour l'industrie domestique. Les travaux des champs se placent au début et à la fin des grandes pluies pour les cultures qui dépendent de celles-ci, pendant toute la saison sèche pour nombre de cultures presque aussi essentielles.

L'intensité des averses estivales restreint tout labeur à la saison sèche pour bien des corporations. L'extraction de la houille et des minerais devient très difficile dès l'arrivée de la mousson; les sauniers quittent alors les lagunes. C'est pendant le règne des vents continentaux que les bûcherons abattent les bois, pour les faire flotter quand les pluies gonfleront les rivières, que l'on recueille les résines, la laque, la cannelle, la cire. Les tribus primitives débroussaillent alors par l'incendie les coins choisis pour leurs cultures temporaires. Surtout c'est lorsque ces vents ont desséché le sol que l'on voyage par voie de terre. A cette époque les Annamites visitent les marchés des montagnes; les caravanes du Tonkin s'organisent vers les confins chinois et le Laos; les colporteurs chans et birmans visitent le Tran-ninh; les pèlerins gagnent les sanctuaires lointains; les missionnaires, les administrateurs et les touristes choisissent cette période pour leurs randonnées dans l'intérieur. Un pittoresque va-et-vient grouille sur les

LE CLIMAT

sentiers, tandis que les rivières trop basses ne portent guère alors que des barques de pêcheurs. Ainsi la saison froide est l'époque de la circulation sur les routes, mais non sur les fleuves, et cela ne laisse pas que d'être gênant pour des pays dépourvus de rails. D'autre part, dans les régions comme l'Inde, où le maximum thermique survient en avril-mai, toute vie s'arrête en ce printemps torride ou ne se poursuit qu'au prix d'extrêmes fatigues. Cette chaleur sèche, puis l'atmosphère de serre, lourde et moite de l'été font fuir les Européens vers les « villes de santé » établies sur les hauteurs, — complément nécessaire de toute colonie tropicale.

Il faudrait chercher pour chaque pays la durée de la suspension d'activité imposée par le climat et constituer comme un calendrier économique. Bien des traits de la vie populaire, même de la vie militaire et politique, dépendent de ce r\i;hme. D'autre part, longtemps encore, les souffrances qu'entraînent les famines menaceront la stabilité politique et sociale des États, peut-être même la paix. Un climat aussi variable est un grave obstacle à tout développement continu dans la vie des peuples.

BIBLIOGRAPHIE

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Voir aussi les bibliographies du Japon, de l'Inde, de l'Insulinde.

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