IV. — LE COMMERCE EXTÉRIEUR
Si l'on aperçoit tout de suite les raisons de l'essor économique du Japon pendant la guerre, on aurait pu croire, par contre, que celui de la Chine pouvait être arrêté par les conséquences de la crise européenne et l'insécurité qui se prolonge depuis la Révolution de 1911. Pourtant, comme le dit M. E. F. Taylor, secrétaire des Douanes chinoises, « la guerre a démontré que le commerce extérieur est ici une plante robuste, demandant peu d'encouragement, et prête à s'adapter aux circonstances les moins favorables ». Ainsi, on constate une plus grande puissance d'achat dans la classe aisée, — sinon dans la masse du peuple, puisque la moyenne des achats à l'étranger par tête d'habitant n'est encore que de 8 francs. L'argent nécessaire paraît venir, en grande partie du moins, des achats du Japon et des États-Unis qui s'enrichissent (achats de soie pour l'Amérique) et qui ont besoin des matières premières chinoises pour le prodigieux développement de leur industrie. Cependant la prolongation de la crise a ralenti les affaires; la balance se solde en déficit, bien que le marché chinois se ferme, faute de ressources, aux produits étrangers.
Les listes des produits exportés comprennent la soie, le thé, les tourteaux vendus au Japon comme engrais, les huiles, la houille, les métaux, notamment l'étain et l'antimoine. Les objets manufacturés, jadis absents de ces listes, y apparaissent pour des quantités notables : shirtings, coutils, briques, ciments, sacs et autres articles d'une industrie naissante dont la presque totalité des produits est d'ailleurs réservée au marché intérieur. Par contre, on remarque peu de progrès pour les produits traditionnels du sol chinois, la soie et le thé, parce que le paysan s'obstine dans des procédés défectueux qui le mettent en état d'infériorité sur les marchés d'Europe et d'Amérique. Ainsi la production de la soie grège ne dépasse guère 8000 tonnes, alors que le Japon, dont l'exportation, il y a cinquante ans, atteignait seulement 17 p. 100 des ventes chinoises, arrive aujourd'hui à exporter 23 000 tonnes. La soie de Canton est pourtant meilleure à plusieurs égards, mais elle est mal préparée, et la science séricicole, qui fait la fortune de son rival, est ignorée du Chinois. Pour le thé, la vente de 1925 n'a été que de 49 980 tonnes, alors que la moyenne de 1872-1881 était de 111 240 tonnes.
Les importations consistent encore en produits manufacturés, à part le riz et les poissons secs expédiés surtout par l'Indochine. Ce sont en majeure partie les fils et tissus de coton, pour lesquels le Japon a dépassé comme fournisseur les États-Unis; il n'est pas favorisé seulement par la proximité, mais aussi par le caractère de son industrie qui vise avant tout au bon marché, élément essentiel de succès auprès du peuple chinois. Les articles de qualité supérieure restent fournis par l'Europe et par l'Amérique; parmi eux, on voit augmenter chaque année le matériel d'électricité, les machines, les automobiles, le matériel d'impression et de lithographie : cette énumération ne montre pas seulement l'esprit de progrès, le désir d'imiter la civilisation occidentale, elle met aussi en évidence la création d'un outillage pour l'industrie indigène.
GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE
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