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HABITATION, NOURRITURE

Les villes. — Le rapport de la population urbaine à la population totale est certainement faible : 6 p. 100 vivraient dans des villes de plus de 50000 habitants, 6 p. 100 dans des villes de 10 000 à 50 000, 88 p. 100 dans les bourgades et les campagnes. Ces chiffres sont ceux du China Continuation Committee; encore a-t-il exagéré la population des grandes cités. Ce fut la tendance de nombreux voyageurs, qui jugeaient d'après le grouillement des passants dans les rues principales et d'après les vastes enceintes comme celle de Nankin. On n'avait pas observé que la plupart des maisons n'ont pas d'étages, et que ces remparts enferment souvent d'immenses espaces vides. La plupart des grandes villes se trouvent sur le Fleuve Bleu et sur la côte méridionale; le noyau de forte densité situé dans la plaine en compte relativement peu, car cette région, restée toute agricole, fait beaucoup moins de commerce.

La Chine est peut-être le seul pays civilisé où les groupements humains

LE PEUPLE ET L ETAT CHINOIS

n'ont pas encore eu la liberté de s'adapter aux conditions du milieu local actuel, en recherchant les sites qui conviennent le mieux aux besoins économiques. Alors que la plupart des cités européennes sont depuis longtemps descendues de leurs acropoles et n'étoufîent plus dans leurs remparts, celles de la Chine portent encore la marque de l'insécurité qui les éprouva à tant de reprises, dans des périodes de guerres civiles et de piraterie, comme celle qui s'est ouverte en 1910. Les cités où résident les administrations locales, généralement anciennes (Si-ngan, Ho-nan-fou, etc., remontent aux premières dynasties), ont conservé leurs enceintes de terre ou de briques, qui embrassent souvent de vastes terrains vagues, des quartiers en ruines, des jardins, même des champs nécessaires en cas de siège. Les villes sont souvent divisées en quartiers murés, munis de portes qu'on clôt tous les soirs, ainsi que celles de l'enceinte commune. Chaque rue s'isole de sa voisine par des barrières fermées la nuit; des veilleurs ambulants font leur ronde, comme dans les cités européennes du moyen âge. Parfois cette division en quartiers reflète les diversités ethniques, comme dans quelques parties des Balkans. Au Kan-sou, au Yun-nan, les Musulmans sont souvent relégués dans des quartiers séparés. Partout la ville chinoise est distincte de la ville mantchoue oîi les garnisonnaires tartares traînaient leur oisiveté.

Ces clôtures entravent la circulation et gênent le commerce. Aussi celui-ci déserte-t-il les cités où s'érige le yamen des mandarins, d'autant plus que le voisinage de ces derniers est souvent onéreux. Dans certains cas, il se réfugie dans de simples marchés. Ainsi, à l'Est du Sseu-tchouan, la préfecture est Kouei-tcheou, mais la ville la plus prospère est Wan, port très fréquenté sur le Fleuve Bleu, à l'origine de la grande route vers Tcheng-tou. Richthofen prétendait même que les centres de négoce les plus actifs ne sont pas les grandes villes, confinées dans leur rôle administratif et industriel. D'ordinaire, cependant, elles le combinent avec leur fonction commerciale, mais sans les confondre. La ville officielle a souvent des faubourgs commerçants qui forment une agglomération distincte, protégée par son enceinte propre, aussi animée que la première paraît morte.

Dans la position, dans la forme des villes se marque ainsi le souci de défense. L'empreinte de la religion n'est pas moins nette. Les Chinois recherchent le site qui conciliera à la cité les faveurs des génies du ciel et de la terre, selon les règles compliquées du fong-chouei. Ainsi "Wan est à leurs yeux parfaitement située, parce qu'une saillie rocheuse dans le lit du fleuve ressemble au dragon tutélaire, qu'à son abri les jonques peuvent s'ancrer, et aussi parce qu'en aval une gorge parée de pagodes empêche le Yang-tseu de « porter trop vite vers la mer la prospérité de la ville ». On devine que le fong-chouei n'ignore pas les avantages géographiques.... Mais la religion a fixé depuis longtemps la forme idéale dont toute cité, comme toute maison doivent se rapprocher, et se rapprochent souvent en fait. L'une comme l'autre doivent être, à l'imitation des anciens temples, des carrés ou des rectangles, percés de quatre portes vers les points cardinaux. Ces prescriptions ont été fidèlement suivies dans une foule de villes, des plus petites jusqu'aux énormes agglomérations de Pékin et de Tcheng-tou. Fréquemment, les rues se croisent à angle droit; dans le Sud, beaucoup n'ont que deux à trois mètres de largeur; dans le Nord, elles sont plus larges, car on n'y redoute pas la chaleur, et, d'autre part, les rues doivent admettre la circulation des voitures, ignorées au delà du Yang-tseu. Presque partout elles sont en terre battue, trouées d'ornières, souvent spécialisées chacune dans un corps de métier,

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et généralement immondes. Aucun édifice ne se distingue des voisins par sa hauteur. Les maisons riches sont dans des ruelles écartées, et rien n'annonce du dehors leur opulence; les façades n'ont d'autre ouverture que les portes : de là, en partie, l'extrême monotonie des rues. Jamais un caractère monumental, même dans les palais des mandarins; ce ne sont que des cours nombreuses, entourées de constructions basses. Rien de fait pour durer : la tradition n'apparaît pas dans la solidité des constructions, mais dans la persistance du type antique.

Les villes bâties sur les grands fleuves de la Chine méridionale comprennent souvent une «population flottante », dans toute la force de ce terme. Près de leurs remparts s'amarrent des flottilles où les bateliers naissent, vivent et meurent, entassés dans l'étroite cabane ménagée à l'arrière des jonques. Souvent les cités murées ont un faubourg temporaire sur les rives, couvertes, dans l'intervalle des crues, de cabanes où grouille une population qui vit du trafic fluvial. Même les agglomérations rurales peuvent ainsi se dédoubler près des fleuves sujets à de fortes inondations; presque toutes les localités s'écartent du Han inférieur, et l'on ne devine les plus importantes que par les villages d'hiver, en argile et en roseaux; de même sur les bords du lac Po-yang. Quelquefois, si elles sont bien situées, les bourgades temporaires peuvent s'accroître et donner naissance à des villes permanentes et prospères. Telle serait l'origine de Cha-che, le « marché sur le sable » du Hou-pei.

Les groupements ruraux. L'habitation. — Les villages agglomérés prédominent dans la plupart des dix-huit provinces. Ils sont entourés d'arbres formant un rideau, souvent assez mince, de saules et de grêles peupliers dans le Nord, de vergers, de bambous dans le Sud (pl. XVII, A, et XXXIII, E). Ces villages apparaissent comme des îles de verdure dans les campagnes septentrionales, si dénudées, évoquant de façon inattendue un aspect caractéristique de la Picardie. Comme ceux des plateaux limoneux du Nord de la France, les bourgs du Kan-sou ont dû creuser des puits, souvent profonds de plus de 30 mètres. Ici la concentration des habitations est sûrement en rapport avec la rareté des points d'eau sur le lœss, mais aussi, sans doute, avec la nécessité de se protéger contre les nomades. Dans la plaine du Tche-li, les eaux surabondent au contraire, mais le danger des inondations impose encore la concentration : les innombrables et riches villages, dont on peut toujours apercevoir quinze à vingt sur l'horizon aux environs de Tien-tsin, se ramassent sur des éminences artificielles ou s'étirent le long des digues. Le « village en rue » semble fréquent dans les régions alluviales, les pays de rizières, où il suit volontiers les levées qui bordent les canaux. Mais c'est à condition que la sécurité soit assurée. Sinon, et c'est malheureusement fréquent, les paysans restent assemblés dans des bourgs, souvent entourés de fossés et de remparts de terre, bâtis sur les tertres qui les protègent à la fois contre les brigands et contre les crues. Dans d'autres cas, la concentration traduit la force du groupement familial. Dans le Hou-nan, où le pouvoir paternel s'est conservé intact, on voit de nombreux clans de trente à cinquante personnes abritées par un groupe de maisons très rapprochées, ou même par une seule maison, comme en Indonésie. Et partout le village aggloméré convient à cet esprit grégaire des Chinois qui aiment à vivre entassés, qui pratiquent encore l'entr'aide pour les travaux de- la terre.

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Cependant on trouve de curieuses variantes, où il nous est difficile de distinguer dans quelle mesure les habitudes locales sont déterminées par une véritable nécessité géographique. Pourquoi, dès l'entrée au Hou-pei, ne voit-on plus, comme dans le Ho-nan, des bourgs importants, mais de simples hameaux, composés en moyenne d'une douzaine de huttes en boue? La raison en serait-elle dans une différence de richesse ou de sécurité? Et pourquoi les fermes isolées prédominent-elles dans le Bassin Rouge? Ici le propriétaire préfère vivre au milieu de son exploitation, et, dans les régions purement rurales, les villages sont remplacés par des hameaux minuscules, entourés de cyprès et d'orangers.

Pour subvenir à leurs besoins, se sont créés des organismes particuliers, des bourgs exclusivement peuplés de commerçants; on voit, en pleine campagne, des rues de boutiques, de maisons de thé, toutes fermées et abandonnées hors des jours de marché. C'est là que les cultivateurs affluent tous les cinq ou sept jours et que se forme l'opinion publique parmi cette poussière humaine. Cette dissémination est d'autant plus singulière que les ravages des Tai-ping forcèrent les habitants à se retirer sur les sommets tabulaires des collines, où se dressent encore de nombreux fortins pittoresques.

Mais ces lieux de refuge ne sont pas devenus des villages permanents, à la différence de bien d'autres pays, peutêtre parce que celui-ci était particulièrement plantureux dès qu'il recouvrait la sécurité, peut-être simplement par suite de traditions locales.

Quelques-uns des types de construction les plus curieux, vraisemblablement très anciens, s'observent sur les plateaux lœssiques (fig. 32). On connaît ces habitations souterraines, souvent superposées, pénétrant parfois à 30-60 mètres de la façade. Les Chinois les creusent de préférence au bord des vallées profondes, ou sur les parois des entonnoirs où commencent les ravins; ils y ménagent des terrasses, et ainsi les villages montent comme sur les degrés d'un amphithéâtre. Il y a des régions du Kan-sou, du Chen-si septentrional, etc., où tous les ruraux vivent sous terre; pourtant, en général, ils préfèrent construire à la surface dans les régions qui possèdent des bois; les cavernes habitées apparaissent parfois comme liées au début du peuplement ou du repeuplement (p. 67, 75; pl. XIV, A).

Il y aurait à rechercher si ce type, en se transformant, a pu conduire au type de la maison subaérienne. Des termes de transition paraissent exister. Au Chen-si, là où la coupure du Fleuve Jaune leur livre d'excellents maté-

FiG. 32. — Habitations souterraines dans le lœss au Chen-si, d'après Myron L. Fuller.

I. Dans un ravin. — II. Suri e plateau, dans une excavation artificielle. — G, Chambre avec kang (plateforme sur laquelle on dort); M, Magasin; G, Grange; E, Étable. — Hauteur des pièces, 4 m. 50.

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riaux, les habitants reproduisent avec des pierres le plan de la cave lœssique. Au Chan-si, on voit des édifices bâtis chacun sur un palier, utilisant comme verandah le toit de la maison située plus bas, selon un style qui fait songer à l'Italie et qui paraît dérivé des demeures souterraines en amphithéâtre. Il y a aussi, sur ces plateaux, des dépressions rectangulaires aux parois raides, dont un côté est occupé par l'escalier, et les trois autres, par des logements souterrains prenant jour sur l'excavation centrale qui sert de cour. On peut se demander s'il n'y a pas quelque rapport entre cette disposition et le plan des maisons à ciel ouvert, ce « type en cour » qui paraît général dans toutes les provinces de la Terre Jaune.

Au Sud-Ouest du Kan-sou comme au Chan-si et au Chan-tong, très souvent les bâtiments de la ferme s'ouvrent vers une cour carrée, dont ils forment trois côtés; le quatrième consiste en un mur, avec une porte cochère sur laquelle se trouve parfois un échafaudage pour remiser la paille. Comme matériaux, l'argile, seule ou mêlée à de la paille hachée, ou, dans les habitations plus cossues, les briques et les tuiles. Le bois est rare, et l'on perce peu d'ouvertures dans les parois pour ne pas compromettre leur solidité; surtout vers la rue, on ne pratique guère de fenêtres. Et ainsi la ferme du lœss chinois ressemble étrangement à la ferme du limon picard par son aspect, sa disposition, ses murs de torchis, son groupement en villages compacts entourés d'arbres^. Elle offre la même adaptation au milieu naturel et aux besoins de la culture, puisque ici encore nous sommes dans un pays de céréales. Les dilïérences semblent être dans l'absence fréquente de granges, les gerbes étant battues et conservées au milieu de la cour, et dans la séparation plus nette, au moins pour les paysans aisés, entre les bâtiments d'exploitation et les logements; ceux-ci, au Tche-li comme au Kansou, donnent souvent sur une cour plus petite, éloignée des fumiers. A mesure que la famille augmente, on ajoute quelques chambres basses sur les côtés ou sur une nouvelle cour, ce qui finit par produire un labyrinthe de constructions basses.

Le type imaginé sur la Terre Jaune s'est naturellement modifié lorsque le peuple chinois s'est répandu dans des pays tout différents. Cependant certains traits semblent s'être conservés grâce au traditionalisme chinois.

Sur les bords du Yang-tseu et dans le Sud, on retrouve fréquemment la cour intérieure, carrée, parfois abritée, parfois découverte, toujours bordée de bâtiments bas. Au Bassin Rouge par exemple, les constructions sont rangées sur trois faces; au-devant, c'est un mur percé d'une porte que recouvre une triple toiture; de même souvent dans le Tcho-kiang. Quelquefois cette disposition a été rendue nécessaire par l'insécurité (Sud-Ouest du Ngan-houei) ; les bâtiments qui entourent la cour n'offrent qu'une porte unique vers le dehors et de rares meurtrières en guise de fenêtre. Mais ce souci de se mettre à l'abri des regards indiscrets, derrière un mur d'enceinte, semble bien général en Chine, et dérive plutôt d'antiques conceptions familiales.

Peut-être est-ce aussi par une survivance de l'époque où les fils de Han vivaient dans les steppes du lœss qu'il faut expliquer leur curieuse préférence pour l'emploi, dans les constructions, de l'argile crue ou en briques, même dans les pays où ils rencontrent des matériaux plus solides. Il est vrai que c'est le

1. Ce type a été introduit en Mantchourie par les colons chinois (fig. 15, p. 87).

l'iiol. Liia-long.

K. — L.N villa(;e dans le delta de canton.

RizièrfîS préparées pour U- repiqtiiigc Maisons assez ornéos, entoiiii'o d ;ii'l)ros.

! .. I. i\, l'i,. xxxm.

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moins cher de tous; mais dans les régions humides il est facilement détrempé, et les murs fondent vite sous les pluies de la mousson. Plus solides, plus élevées, plus gaies apparaissent les maisons rurales dans le Bassin Rouge, le Kiang-si et en général dans les provinces qui ont conservé quelques restes de leurs forêts. Des pièces de bois constituent parfois la carcasse, dont les interstices sont garnis de briques en bas et de pisé en haut, sous la couverture de chaume ou de tuiles. Les poutres peintes en brun se détachent sur les murs passés à la chaux, comme dans les fermes normandes; ce qui donne un aspect chinois, c'est seulement la courbure du faîte, retroussé aux deux extrémités, et souvent des angles de la toiture avec leurs volutes. Sauf çà et là dans le Sud, la pierre n'est pour ainsi dire pas utilisée, même dans des régions où elle abonde, comme aux environs de Han-tchong, de Tcheng-tou, au Yun-nan. Il semble que ce soit une habitude prise dans les pays du lœss, où le roc affleure si rarement. Dans les Alpes du Sseutchouan, on a remarqué souvent que les Chinois ne tirent nul parti de très belles pierres de taille; nouveaux venus dans ces vallées, ils continuent, comme dans leurs plaines originelles, à construire en roseaux, en chaume, tout au plus en bois pour les plus aisés. Dans les villages voisins de Ta-tsien-lou, les Chinois conservent leurs baraques en bois au toit recourbé, alors que les Tibétains possèdent des maisons carrées plus solides, en pierres, surmontées de terrasses, mieux en harmonie avec le climat. Cependant, sur le Min supérieur, Mrs. Bishop constate que, lorsque le Chinois bâtit, c'est à la manière du pays, la seule appropriée, par l'épaisseur des murs, à la violence terrible du vent. Ici les colons occupent souvent les villages des Man-tseu, après le départ de ceux-ci, et probablement ils ont imité ce type qui convient au climat comme à l'insécurité de ces montagnes : ce sont des bourgs haut perchés sur des pitons ou accrochés jusqu'à 2 700 mètres aux flancs des rochers, des maisons en pierres, de trois à cinq et même sept étages, percées de fenêtres seulement à 5 ou 6 mètres du sol, et terminées par un toit plat qui sert d'aire, de lieu de réunion. Dans tout le Kientchang, en dehors des cités, les immigrants chinois sont obligés de s'enfermer dans des maisons-blockhaus en terre battue, s'élevant en tronc de pyramide à 6-12 mètres; on n'y accède que par des échelles, comme dans les koula de l'Albanie, qu'elles rappellent. Ainsi le souci de la défense a parfois obligé le Chinois à abandonner son type traditionnel. Mais c'est à la dernière extrémité, semble-t-il. Il y aurait à étudier comment les nécessités locales triomphent çà et là de ses habitudes, et si ce ne sont pas souvent les indigènes qui l'ont initié au .travail du bois et de la pierre.

L'aménagement intérieur des maisons rurales a été l'objet de jugements très divergents selon la prospérité des régions. Dans des provinces stériles, ou surpeuplées comme le Nord du Ngan-houei, « le mobilier est réduit à des proportions telles qu'on se croirait chez les plus misérables peuplades d'Afrique ». Au Tche-li, au Chan-tong, par contre, de bons observateurs y remarquent un air d'aisance, un sentiment d'art qui pénètre toute la vie courante. Mais en général il ne faut rechercher en Chine ni le confort, ni la propreté la plus élémentaire. Les portes qui donnent accès aux appartements, souvent séparés, des hommes et des femmes laissent passer le vent et le froid; de même, les fenêtres, béantes ou closes seulement par du papier. La moitié de la pièce principale est prise par une banquette haute de deux coudées, le kang, qui sert de lit, de table pour manger et pour travailler. On y accumule couvertures, cous-

Géooraphie U.N1VER3ELLE. — Asie des Moussons, I.

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sins, et on le chaufïe par des tuyaux intérieurs qui répandent une épaisse fumée dans une atmosphère souvent infecte.

Le vêtement. La nourriture. ■ — Partout l'hiver est assez rigoureux pour imposer alors des vêtements chauds, que les moussons estivales et leur atmosphère de serre rendraient intolérables. A ce contraste thermique les Chinois ont trouvé une adaptation originale. Ils portent en toute saison le même genre d'étoffe, mais en épaisseurs variables. Leur costume se compose de pièces amples, ne s'ajustant pas au corps; ils en ajoutent ou en enlèvent selon la température, et ces épaisseurs superposées qui emprisonnent l'air leur permettent, même quand soufflent les vents glacés de la Sibérie, de porter seulement des soieries ou des cotonnades. Par là le coton peut être le principal textile d'une région déjà froide. Peu de lainages, de fourrures : ainsi le Chinois utilise beaucoup plus sa flore que sa faune.

De même, pour sa nourriture, restée essentiellement végétarienne. Sans doute, il est gourmand de lard et de graisse de porc, de volaille, particulièrement de canards, qui pullulent en troupes de plusieurs milliers. Mais la viande coûte très cher, et c'est un luxe que le paysan se permet seulement au Nouvel An. Il ne demande aux bovidés ni leur chair ni leur lait pour lequel il a une singulière répugnance. Près des rivières et des étangs, il consomme beaucoup de poissons, qu'il pêche avec des engins ingénieux ou à l'aide de cormorans dressés. Pourtant ce n'est pas un ichthyophage au même degré que le Japonais; l'azote nécessaire à son régime lui est fourni en très grande partie par maintes variétés de pois, haricots, etc. Son jardin, qu'il soigne avec prédilection, lui procure une multitude de légumes. Surtout les céréales forment le fond de son alimentation. Le riz est le mets essentiel sur les tables aisées. Mais la masse doit y ajouter, ou y substituer, des céréales moins à son goût. Dans le Nord, pendant la majeure partie de l'année, elle vit de millet, d'avoine; plus au Sud, de maïs. Le blé est beaucoup moins apprécié que le riz; pourtant la nécessité a développé récemment sa consommation, et la Chine est devenue un gros client pour les minoteries de l'Ouest des États-Unis. Comme boisson, les riches seuls connaissent le vin, si l'alcool de riz et de millet est assez répandu. Le thé est considéré comme le breuvage national, et cependant le peuple doit souvent le remplacer par des infusions moins coûteuses. En somme, le Chinois, malgré son ingéniosité, est loin d'avoir tiré parti de toutes les ressources naturelles. A cause de cela, de la surpopulation et des difTicultés de transports, la masse n'a pas régulièrement une alimentation suffisante. II serait intéressant, pour un médecin, de rechercher l'influence de ce régime et de l'usage de l'opium, si difficile à abolir, sur le tempérament du coolie chinois, capable d'une activité prolongée, mais si pauvre en force nerveuse, merveilleux comme porteur, ouvrier d'usine, parce que lui-même est une mécanique!

Tel est le genre de vie chinois. On l'a dit d'une extrême uniformité quels que soient la classe sociale et le milieu géographique. Il a souvent donné l'impression de s'être constitué très anciennement, d'avoir peu évolué, de s'être maintenu avec une extrême ténacité, malgré la diversité des régions où il se propageait. Peut-être ce jugement devrait-il être nuancé, comme nous l'ont montré l'histoire des plantes cultivées, l'étude de l'habitation dans certaines provinces. Et la Chine, nous allons le voir, n'a pas toujours été une nation immobile, figée dans sa routine.

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