A. COSTUME JAPONAIS
Feimiies d'Okara (au Noi'd de Kyolo).
IMiol. Iltiistration.
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LA VIE TRADITIONNELLE
Tokyo l'hiver n'est pas moins rigoureux qu'à Paris, et, bien que le système des cloisons mobiles permette sans doute de ménager un matelas d'air, on doit grelotter dans ces maisons de papier. Peut-on penser que, mal adaptées au climat de Hondo, elles conviennent à celui de Kiou-siou? qu'elles sont une survivance de l'époque, déjà lointaine, où la masse du peuple japonais demeurait dans la région subtropicale? ou même, comme on l'a quelquefois supposé sans preuves sérieuses, que ce type proviendrait de la Malaisie, avec certains détails d'ameublement? Dans quelle mesure traduit-il les besoins, les goûts, la constitution de la famille? Comment a-t-il évolué, et comment varie-t-il suivant les régions? L'étude de l'habitation est à peine amorcée; il serait pourtant fort intéressant d"y analyser les influences ethniques et l'action du milieu naturel.
La nourriture. — Encore aujourd'hui, elle diffère essentiellement de celle des Européens. Il y a plus de mille ans, l'introduction du bouddhisme fit renoncer à la viande et contraria ainsi le développement de l'élevage. La base de l'alimentation est le riz, qui remplace le pain, relevé par des morceaux de poissons, des œufs, des légumes. Au lieu de riz, on consomme, dans les districts pauvres, l'orge et le millet. L'usage du thé ne se répandit guère dans le peuple avant le xvii^ siècle, mais il devint alors absolument général; le vin, la bière, le café étaient ignorés avant notre époque. Au début du repas, on sert chaud l'alcool de riz, le saké. Pas de laitages; ni graisse animale, ni huile. Ce régime si sévèrement végétarien, dont le riz et le poisson composent le fond, est pauvre en azote, mais riche en carbone ; il paraît favorable à la santé, mais à la condition que l'on fasse beaucoup d'exercice pour digérer. Chamberlain explique ainsi la vigueur des gens du peuple, par opposition avec la faiblesse corporelle des classes supérieures. Vigueur toute relative d'ailleurs. Le Japonais est d'ordinaire peu musclé et petit; la taille moyenne de l'homme ne dépasse pas 1 m. 59, celle de la femme, 1 m. 47. Les patriotes japonais insistent sur la nécessité de développer la force physique pour la lutte économique et militaire. Ils comptent, pour ce progrès, sur l'adoption d'une alimentation plus substantielle, sur la pratique des sports, grâce auxquels, selon certains observateurs, on rencontrerait déjà bien plus qu'autrefois des jeunes gens vigoureux et de belle taille.
Le vêtement. — Les Japonais n'ont adopté qu'assez récemment le vêtement sous lequel nous nous les représentons. Les sépultures des dolmens renferment une quantité de bracelets, de colliers; or l'on ne porte jamais aujourd'hui un bijou. Le costume montre la même évolution du goût vers la simplicité. Dans les palais de Nara, vers le viii^ siècle, les seigneurs avaient, à l'imitation de la Chine, une sorte de tunique fixée par une ceinture, un pantalon, des souliers de cuir. Dans cette époque de luxe qui suivit l'installation de l'empereur à Kyoto, du viii^ au milieu du xii^ siècle, le costume devint très ample, souvent en soie, avec des manches immenses et de vastes pantalons pour l'homme, avec vingt robes superposées, de couleurs diverses, pour la femme. Il ne faut donc pas regarder comme une adaptation fatale au climat, ni comme un signe ethnique, le kimono de coton aux couleurs sobres qui est, aujourd'hui encore, le vêtement ordinaire des deux sexes. A la campagne, on se protège de la pluie par un manteau de paille; les paysans, les pèlerins ont un large chapeau de paille rond (pl. XLII, B). Aux pieds, on a des chaussons bifides; dehors, on met des sandales ou des
LE JAPON
geia : ce sont des patins montés sur deux pieds hauts de 4 à 12 centimètres; on se déchausse en entrant dans la maison, pour ne pas souiller les nattes toujours propres. La propreté est l'une des plus aimables caractéristiques du Japon et de celles qui l'opposent le plus avantageusement à la Chine. Les plus pauvres économisent sur leur nourriture pour se baigner au moins une fois par jour; il n'est pas de maison qui n'ait son installation de bain.
Richthofen remarquait que, même dans de misérables villages de montagne, les habitants avaient des vêtements décents, usagés, mais soigneusement cousus, qu'ils étaient propres, polis, sans la curiosité gênante des foules sordides des villes chinoises. Il observait partout comme un air de confort. Cependant le Japon venait de traverser plusieurs décades de mauvaise administration et de disette. •Mais, depuis que les shogoun avaient assuré la paix, le goût du bien-être et du beau avait passé de l'aristocratie dans les classes moyennes et même inférieures. Ce qui fait le « miracle japonais », ce n'est pas seulement cet art raffiné, resté profondément original malgré ses perpétuels emprunts; c'est, plus encore, que les élégances de la civilisation étaient devenues un besoin pour le peuple entier et que, sauf dans les périodes de crises, il menait une vie douce, cultivée, vraiment humaine — comme jadis les Grecs.